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De toutes les sorties avec le gouvernement, le Ministre des Comptes Publics Olivier Dussopt vient aussi de renouer samedi avec les estimations chiffrées de la dette publique : 220 milliards d'euros, la plus élevée depuis 1945.

« Quoi qu’il en coûte » : l’histoire sans fin ?

6 min
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Fin des aides d’urgence aux entreprises lundi, mais 15 milliards d’euros supplémentaires dans le Projet de loi de finances rectificative aujourd’hui : c’est le débranchement « progressif » voulu par le gouvernement, la coûteuse sortie du « quoi qu’il en coûte » ?

De toutes les sorties avec le gouvernement, le Ministre des Comptes Publics Olivier Dussopt vient aussi de renouer samedi avec les estimations chiffrées de la dette publique : 220 milliards d'euros, la plus élevée depuis 1945.
De toutes les sorties avec le gouvernement, le Ministre des Comptes Publics Olivier Dussopt vient aussi de renouer samedi avec les estimations chiffrées de la dette publique : 220 milliards d'euros, la plus élevée depuis 1945. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Bruno Le Maire l’annonçait lundi sur France Inter : « Nous sommes arrivés à ce moment de la sortie du quoi qu’il en coûte» ; mais c’est un arrêt coûteux avec 15,5 milliards d'euros de mesures supplémentaires, 43 milliards depuis janvier  – presque autant qu’en 2020. La facture du dispositif a doublé depuis le début de l’année, souligne Renaud Honoré des Echos pour qui l’« arrêt programmé (se fait) au prix fort ».

Cette « sortie prudente et progressive », le gouvernement la détaille dans les médias depuis une semaine. Dans un long entretien aux Echos, mercredi dernier, les Ministres Bruno Le Maire et Olivier Dussopt (Comptes Publics) minimisent les nouvelles dépenses « d’un niveau raisonnable » et rivalisent d’optimisme : ils saluent les « bons chiffres » de la consommation et de l’emploi qui renfloueront le budget, soulignent les bonnes prévisions de croissance : 5,7 % pour la France d'après la Commission Européenne. Cependant, avec une reprise de l’activité encore incomplète, dit l’AFP « le quoi qu’il en coûte est difficile à débrancher ».

Le retour des préoccupations budgétaires classiques ?

Derrière l’optimisme des ministres, une inquiétude : le déficit public à 9 % du PIB, la dette publique – le total des dépenses assurées par l’Etat – à presque 120 % du PIB, 220 milliard d'euros au total. Le chiffre (qui a longtemps été la bête noire des politiques budgétaires) atteint désormais trois fois les seuils européens acceptables avant crise ; on le croyait vaincu avec l’aide de Keynes, il devient le fantôme qui rôde autour de la reprise. 

Le problème, c’est qu’avec la reprise, les taux de remboursement (de la dette) remontent à 0,2 % alors qu’ils étaient encore négatifs en début d’année. Pour Bruno Le Maire, qui a d’emblée exclut toute hausse d’impôts, il faudra « parvenir à une stratégie de désendettement claire » qui passera forcément par une planification sur 5 ans, des réformes structurelles et « de moindres dépenses ailleurs » renchérit son collègue dans Les Echos

« Scandaleux », réplique Christian Chavagneux d’Alternatives Economiques, « l’exécutif commet la même erreur » qu’en 2008, dit-il, furieux de « l’obsession  du Ministre sur le sujet de la dette publique comme moyen de remettre en cause encore et toujours notre modèle de protection sociale » ; à ses yeux le gouvernement risque de suivre une recommandation de la Banque de France de « stabilisation » des dépenses publiques, autrement dit : la formule de l’austérité. 

La fin, ou une mutation du « quoi qu’il en coûte » ?

Dans Le Monde, Elsa Conessa s’étonne du remarquable consensus politique sur les dépenses, consensus ou tabou dit Dominique Seux des Echos, « à ce point étrange que le sujet n'intéresse personne et qu'une annonce de dépense inférieure à 10 milliards d'euros apparaît aujourd'hui comme de la roupie de sansonnet ». 

La « formule (du quoi qu’il en coûte) est devenue un piège », déclare un conseiller du gouvernement au Monde : « Elle a accrédité l’idée que l’argent est là et qu’on peut le dépenser », c'est un « traitement de choc » devenu un « acquis indiscutable face au risque sanitaire » résume Christian Gollier, le directeur général de la TSE.

« Piège », ou politique délibérée de Bercy ? Dominique Seux » regrette une « situation de finances publiques dégradées assumée. Pour lui, l’absence de débat n’est pas une omission mais une stratégie d’évitement, l’aboutissement d’une longue habitude de « glisser sans remords depuis trente ou quarante ans sur la pente fatale de la dérive de ses comptes » qui ne laissera plus rien pour la transition écologique, « défi plus important encore que le Coronavirus ». 

Après son grand retour, où ira Keynes ? 

« Aubaine ou malédiction », ces méga-dépenses ? Pour certains comme l’entrepreneur Fabrice Imbault dans les Echos, c’est le retour de l’Etat interventionniste, qui l’an dernier contrôlait 63 % de la richesse via les dépenses publiques ; et il prédit un « monde d’après pas si nouveau (…) où l’État sera omniprésent et les aides publiques se transformeront en plans de relance comme aux États-Unis. » 

Mesures anti-faillites, anti-chômage, mutations technologiques ou comblement des inégalités… : si le virus a fait « voler en éclat un idéologie budgétaire vieille de plus de 30 ans », poursuit l'entrepreneur, il marque aussi un « retour de l’Etat Nation » très différent de l’esprit de 1789, un « continuum de choix totalitaires » et « une suite de mesures prises au rythme des statiques »… 

Pour Patrick Artus, la « transformation du plan de relance en un mécanisme permanent » est déjà engagée ; mais elle nécessitera aussi une mutation budgétaire : non seulement la charge de la dette continuera d’augmenter lorsque la BCE cessera de racheter les dettes d’Etat « probablement au cours de l’année 2022 », mais aussi parce qu’il est « difficile de croire » que les réformes d’assurance chômage ou retraites suffiront à assainir les finances. Il faudra donc « inévitablement » de nouvelles hausses d’impôts… quoi qu’il en coûte, mais à qui ? 

XM

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