LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
A Kobe, le 26 octobre : le premier terminal opérationnel pour acheminer et stocker l'hydrogène que le Japon utilise pour sa transition énergétique.

Hydrogène : un marché plus lourd qu’il n’en a l’air ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après les annonces de plans en Europe ces derniers mois, le Japon accélère ces derniers jours sa transition vers l’hydrogène. Une certaine effervescence autour de l’élément chimique le plus léger, mais toujours des doutes sur son avenir commercial : un marché plus lourd qu’il n’en a l’air ?

A Kobe, le 26 octobre : le premier terminal opérationnel pour acheminer et stocker l'hydrogène que le Japon utilise pour sa transition énergétique.
A Kobe, le 26 octobre : le premier terminal opérationnel pour acheminer et stocker l'hydrogène que le Japon utilise pour sa transition énergétique. Crédits : Etienne Balmer - AFP

Le Japon confirme sa position de pionnier de l’hydrogène avec la finalisation de deux chaînes d’approvisionnements : l’une pour l’hydrogène opérationnelle dès 2021, l’autre expérimentale pour l’ammoniac, un composé de l’hydrogène. Ce gaz, source d’électricité verte parce qu’il ne rejette pas de dioxyde de carbone en brûlant, suscite autant d’espoirs que de doutes écologiques et économiques.

Il est l’objet d’une attention renouvelée des Etats signataires de l’Accord de Paris qui y voient un outil pour accélérer la transition énergétique en vue d’une neutralité carbone en 2050 - et dans le cas du Japon pour diminuer son ultra-dépendance.

Et en Europe, 14 pays ont inclus l’hydrogène dans leurs plans de relance. L’Allemagne, la France, et l’Union Européenne ont chacune débloqué des milliards d’euros d’investissements pour stimuler la recherche et développement. Un train de retard sur le Japon mais pas moins d’ambitions : l’Allemagne envisage de devenir « le n°1 mondial des technologies de l’hydrogène » déclarait au printemps le Ministre de l'économie allemand Peter Altmeier. 

De la R&D à l’industrialisation et la commercialisation 

Une partie de l’hydrogène est déjà compétitif : 80 millions de tonnes sont produites chaque année pour l’industrie, cette quantité augmente lentement.

Mais le marché des transports reste embryonnaire : trains ou chariots élévateurs ; ou - encore à l’étude : navires, avion à hydrogène d’Airbus. L’automobile - symbolique d'un marché grand public - est loin d’un succès commercial : elle reste très coûteuse, les stations de stockage aussi, et si la Chine en vise un million en 2030, quelques centaines de véhicules circulaient dans le monde il y a deux ans, quelques milliers aujourd’hui. Elon Musk, grand concurrent avec ses Tesla électriques ne perd pas une occasion de railler cette « idée complètement stupide ».

Certains investisseurs prévoient une explosion des différents marchés d’ici 2030, selon un groupe suisse celui du Japon devrait être multiplié par 56, mais il s'agit d'ordres valeurs de quelques milliards d’euros, comparé aux centaines de milliards d’investissements qu’il faudrait.  

L'hydrogène, clef des futurs réseaux énergétiques « verts » ? 

D’un point de vue technologique, les piles à combustible ont un pouvoir de stockage de l’électricité bien supérieur aux batteries lithium et résoudraient donc un problème majeur dans l’électrification verte et de la transition énergétique ; 

Mais pour les investisseurs, son avenir dépendra d’au moins deux facteurs : la différence de coût par rapport aux énergies traditionnelles fossiles (le Japon vise la parité en 2030 dans la production électrique) ; et surtout : sa couleur.

Hydrogène : le prix et la couleur

L’argent n’a pas d’odeur mais il aura la couleur de l’hydrogène : la capacité à produire un hydrogène « vert » compétitif, non pas extrait du pétrole, charbon ("gris") ou gaz ("bleu") comme l'est 95 % de la production actuelle (l’hydrogène Japonais est produit à partir de lignite en Australie), mais uniquement par l’eau et les infrastructures vertes sur lesquelles il serait branché. 

C’est ce rôle d’ « intégrateur » de l'hydrogène qui bouclerait la boucle de l’électricité propre et en ferait une clef de la transition énergétique ; mais l’hydrogène vert reste pour l’instant plus cher que ses homologues « gris » ou « bleu ». 

La stratégie hydrogène française pertinente ? 

Le Plan Hydrogène présenté au début du mois de septembre, un pari à plus de 7 milliards d'euros, est perçu comme une étape importante en regard des 100 millions annoncés par Nicolas Hulot il y a deux ans.

Cependant, si l’hydrogène reste « incontournable » pour verdir l’économie, dit l’expert énergies à l’IFRI Cédric Philibert, il faut en cibler l’usage sur quelques secteurs - transports ou acier verts - et ne pas croire qu’on peut l’étendre à tout… Attention au mirage des « technologies de rupture », renchérit le géoéconomiste Nicolas Mazzuchi qui s’inquiète de ce qu’une puissance industrielle moyenne comme la France, ne s’engage dans « l’enchaînement délétère : absence de choix clair – saupoudrage des investissements – faiblesse des incitations industrielles – retard sur le marché ». 

Au risque d’un échec industriel de l’hydrogène, mieux vaut préférer le nucléaire poursuit-il ; le nucléaire, que le physicien Gérard Bonhomme dans The Conversation considère justement comme l’outil idéal pour faire tourner les énormes électrolyseurs qui produisent l’hydrogène vert… L'uranium : concurrent ou solution à l’hydrogène ?  

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......