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Arrivée lundi au tribunal d'Oakland des milliers de pages de documents et du fondateur d'Epic Games, Tim Sweeney. Signe de l'enjeu, le PDG d'Apple Tim Cook, témoignera également en personne.

Procès Epic Games - Apple : la fin d’un modèle ?

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Début lundi en Californie du procès du développeur de jeux vidéo Epic Games contre Apple, accusé de monopole sur l’économie des applications. C'est probablement le début d’une longue bataille : et le début de la fin, pour le « modèle Apple » ?

Arrivée lundi au tribunal d'Oakland des milliers de pages de documents et du fondateur d'Epic Games, Tim Sweeney. Signe de l'enjeu, le PDG d'Apple Tim Cook, témoignera également en personne.
Arrivée lundi au tribunal d'Oakland des milliers de pages de documents et du fondateur d'Epic Games, Tim Sweeney. Signe de l'enjeu, le PDG d'Apple Tim Cook, témoignera également en personne. Crédits : Justin Sullivan - Getty

La firme à 1900 milliards de dollars contre un simple studio de jeux vidéo qui l’accuse d’abus de position dominante : « Bataille épique », « Battle Royale judiciaire », « procès hors normes », titre la presse qui ne manque pas d’humour ni de superlatifs.

Car ce que vise Epic Games, c’est bien le cœur du modèle : les commissions de 15-30 % que prend la marque à la pomme sur chaque transaction faite sur l’App Store, et la possibilité qu’elle a de fixer elle-même ses guidelines, son code de conduite. Introduit il y a dix ans, ce système de paiements intégré est l’une des vaches à lait d’Apple, rappelle les Echos, il représente 20 % de ses revenus, 17 Mrd $ de profits rien qu’au premier trimestre.

L'App Store : un modèle unique dans l’industrie numérique ?

Apple fournit à la fois les téléphones, le système d’exploitation, les portails pour accéder aux applications et met en avant les siennes. Le problème est de savoir s’il se contente de les fournir comme un « épicier » dit son avocate, où s’il force un peu trop la main aux développeurs, et donc aux utilisateurs.

Son grand concurrent, Android, propose aussi son Play Store, mais il autorise d’autres portails que le sien, et ce système « ouvert » domine 84 % du marché. Beaucoup se plaignent de l’hégémonie de la pomme sur son « jardin fermé » mais le milliard d’utilisateurs d’iOS reste alléchant. 

Depuis des années, le dialogue est pimenté : Apple présente les plaignants, Epic (ou Spotify) comme des ingrats qui veulent le beurre et l’argent du beurre au détriment des usagers ; pour l’avocate d’Epic, « la fleur la plus répandue dans ce jardin fermé c’est la dionée attrape-mouches », cette plante carnivore en forme de palourde avec des dents qui digère les insectes à petit feu. 

Campagne des développeurs d’applications contre le système Apple ?

C'est un « coup de force bien orchestrée » par Epic, souligne Le Parisien comme d’autres observateurs du feuilleton depuis août dernier. Car si le développeur de jeu vidéo met dans la balance son jeu le plus populaire et le plus rentable du moment, Fortnite, et ses 350 M d’utilisateurs, _c_e jeu n’est peut-être que l’appât d’un piège tendu à Apple : une provocation. 

Lorsque Epic a proposé son propre moyen de paiement pour la monnaie virtuelle du jeu avec des commissions à 20 % au lieu de 30 %, il a enfreint le code d’Apple, obligeant la firme à répliquer immédiatement en le bannissant des Iphone et IPads pour rupture de contrat.

Aussitôt, le développeur a enfoncé le coin avec une campagne sur les réseaux sociaux un document de 60 p étayant son point de vue, et une plainte au tribunal d’Oakland. Il s’est entouré d’une « coalition pour l’équité dans les applications » d’une quarantaine d’entreprises, dont celles de France Digitale. Ce n’est pas David contre Goliath, c’est le siège organisé d’une forteresse : l’ « écosystème » d’Apple, où l’App Store joue le rôle de Saint Graal.

La croisade contre la « taxe Apple » peut-elle faire tomber la muraille ? 

Epic doit prouver qu’Apple ne s’applique pas à lui-même les règles qu’il impose aux autres, et qu’il restreint la liberté des utilisateurs : c’est l’unique manière de le faire condamner pour abus de position dominante et créer un précédent qui l’oblige à ouvrir son système.

Apple défend sa position de simple « épicier » et de protecteur de la confidentialité des données, affirme que la commission de 30 % est le prix « standard, qu’elle est bien moindre que les 70 % pratiqués dans les magasins de vente de logiciels physiques, qu’elle ne s’applique pas aux appli de livraison de repas ni à la majorité des développeurs : défense bien « rodée », dit un Pr de Berkeley à l’AFP… 

Et le système n’est pas intangible : avec certains gros clients, Amazon, Altice ou Canal , Apple s’est arrangé l’année dernière pour créer des « passes-droit », dit le site spécialisé Igeneration ; mais cette fois pas d’accord financier possible.  

Quitte ou double pour Apple ?

Selon un spécialiste du marché américain à l’AFP, Apple pourrait gagner et « renforcer son emprise sur son App Store et les paiements » ; mais pour l’enseignant-chercheur Julien Pillot de l’Insec dans Le Parisien, le marché des App Store a changé, il est plus mature ac des plus gros acteurs, et c’est Apple qui a le plus à perdre : avec la possibilité de commissions moindres et de l’ouverture de son système, comme Microsoft dans les années 2000. 

Un coup de pied dans les projets de régulation des applications numériques ?

Coup de pied ou coup de pouce ? plusieurs projets de régulation sont en cours, aux Etats-Unis, Europe ou Corée du Sud. Et ce que les législateurs n’ont pas pu faire pour l’instant, Epic le fera peut-être : mettre fin à l’écosystème d’Apple, et réguler le marché des applications numériques.

Epic et Spotify font feux de tous bois et sur tous les fronts : Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni, Union Européenne. Saisie en début d’année par Spotify, la Comm UE vient d’estimer vendredi dernier qu’Apple exerçait bien un « abus de position dominante ».

Le procès durera trois semaines mais il va perdurer bien au-delà : comme dans le jeu Fortnite, le Battle Royale est lancé.

XM 

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