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Casques de protection jetés à terre, pour ces salariés de Suez opposés à l'OPA de Veolia. Sur près de 90 000 employés, 30 000 travaillent en France.

Fusion Veolia-Suez : un champion de l’environnement, une forêt de problèmes ?

4 min
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Suez finalement vendu à Veolia : Engie vend finalement ses parts, contre l’avis du gouvernement. Au-delà du feuilleton, l’affaire nourrit le débat sur la responsabilité des grandes entreprises.

Casques de protection jetés à terre, pour ces salariés de Suez opposés à l'OPA de Veolia. Sur près de 90 000 employés, 30 000 travaillent en France.
Casques de protection jetés à terre, pour ces salariés de Suez opposés à l'OPA de Veolia. Sur près de 90 000 employés, 30 000 travaillent en France. Crédits : Eric Piermont - AFP

Première victoire pour Veolia : avec une offre portée à 3,4 Mrd €, Engie qui minaudait a fini par accepter de céder ses 30 % de Suez et la mariée est prête ; mais si un géant de l’environnement doit naître de l’accouplement des deux champions mondiaux, c’est toute la phase de séduction qui est à refaire, puisque Suez rejette toujours l’OPA « hostile » de son prétendant désigné.  

L’Etat - actionnaire d’Engie - pose comme condition à la fusion un accord à l’amiable mais c’est désormais la guerre froide entre les dirigeants de Suez et Veolia : après quelques péripéties dignes d’un Largo Winch, le PDG de Veolia Antoine Frérot, visiblement irrité, dénonçait le 24 septembre l’attitude « pitoyable » des dirigeants de Suez et leur « trahison » de la France.  

En rachetant les 30 % de parts de Suez, rappelle Le Point, ce n’est que la première manche qui est gagnée pour Veolia.  

Veolia, Engie, Suez : qui a la responsabilité du blocage ?   

Tout dépend où l’on commence l’affaire : depuis l’offre de Veolia fin août, Suez se pose en défenseur de l’emploi face à un prédateur, mais il n’est que mollement appuyé par Bruno Le Maire qui ne peut maintenant que réclamer moins de « précipitation ». Pour beaucoup, Veolia a été présomptueux. 

L’histoire est différente si on la reprend depuis mars, dit Stéphane Lauer dans Le Monde : car écrit-il, Machiavel à la main, c’est bien la direction de Suez qui a commis les 6 « erreurs » de management que tout Prince qui se respecte doit éviter. Pour résumer, elle s’est non seulement laissée surprendre, malgré les avances explicites de Veolia, mais s’est aussi mal barricadée et en croyant répliquer, s’est « tirée une balle dans le pied », braquant ses sponsors : Engie et l’Etat français. 

Quant à l’Etat co-administrateur d’Engie, il est d’ailleurs depuis ce matin l’objet de soupçons de double jeu et vote de complaisance.   

Le débat sur l’opportunité de la fusion n’est pas terminé   

Il y en a au moins 3 : l’opportunité industrielle et stratégique d’obtenir un géant de l’eau et de l’environnement français, tout a été dit sur l’intérêt ou le « mythe du champion mondial » ; les effets de taille sur la concurrence et l’innovation (permettent-elles d’investir plus ou tuent-elles la dynamique de R&D ?) ; les conséquences managériales et sociales – donc sur l’emploi, « priorité » dit l’Etat…  

Dans la presse, l’opposition des économistes et financiers est forte, longuement argumentée ; et parfois cinglante : « Logique industrielle quasi nulle » et « aberration concurrentielle », lâche l’un deux dans la Tribune qui cache pas sa proximité avec le DG de Suez Bertrand Camus…  

Et si une histoire d’amour est selon l’adage « l’échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes », il s’agit plutôt de la « rencontre d’une double impasse stratégique » dit Elie Cohen : Engie en mal de fonds fait affaire avec Veolia en manque de projets sur le dos de Suez…  

Quand la fusion « faisait sens »  

Jean-Castex le premier s'était prononcé en septembre sur cette fusion, affirmant qu'elle "faisait sens". 

Un « Grand de l’eau » issu de cette fusion marquerait les retrouvailles naturelles de l’ex Lyonnaise des eaux avec l’ex Générale des eaux, affirme dans La Tribune un autre financier, et serait d'autant stratégique que Suez est mal logé chez Engie, que le marché est porteur et la concurrence chinoise féroce : ce sont aussi les arguments d’Antoine Frérot pour créer un « Champion ».  

Argument ultime, en cette période de licenciement économique : il vaut mieux une bonne OPA franco-française qu’un rachat étranger destructeur, du type Alstom - GE ou Lafarge - Holcim.  

Régulation des OPA ou responsabilité sociale ? 

L’acte de prédation « le plus brutal » du capitalisme doit-il être laissé « sauvage » ou domestiqué ? – résume Jean-Marc Vittori dans Les Echos. Tout dépend de la responsabilité des grandes entreprises cotées en bourse.   

Pour le juriste Christophe Clerc, l’affaire est un « test » pour une partie de la politique d’entreprise d’Emmanuel Macron : Loi Florange et Loi Pacte avec notamment pour enjeu le pouvoir au sein des conseils d'administrations et une représentation plus forte des salariés. Antoine Frérot s’en était fait l’ardent promoteur ; mais il a rejeté ce « capitalisme de parties prenantes » pour mener l’OPA directement avec les actionnaires.  

Certains souhaitent des engagements écrits, voire l’interdiction des OPA hostiles ; mais l’économiste et ancien dirigeant d’entreprises publiques Jean Peyrelevade est pessimiste : selon lui Suez reste « l’agneau sacrifié » d’une opération financière et louche, et le PDG de Veolia est qualifié de « Dr Jekyll et Mr Hyde de la gouvernance d’entreprise ». 

L’Etat est peut-être « décisif » mais après avoir d’abord semblé valider la fusion, le gouvernement veut désormais moins de « précipitation ». Hypothèse, donc : si elle avait été incitée à l’offensive, pour la direction de Veolia, le risque est d’être lâchée en rase campagne.

XM

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