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"Concentration des efforts, économie des moyens, rapidité d'action" : l'offensive de juillet 1918 du Maréchal Foch (ici en avril) est l'un des modèles du bon management selon le contre-amiral Loïc Finaz

Guerre et entreprise : quand les managers en prennent pour leur grade

5 min
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La crise bouleverse les pratiques des entreprises ; elle relance aussi la réflexion sur la gestion des hommes : Management d’urgence, management humaniste... Ces derniers temps, c’est l’armée qui tente une percée dans la bibliothèque et les méthodes des managers.

"Concentration des efforts, économie des moyens, rapidité d'action" : l'offensive de juillet 1918 du Maréchal Foch (ici en avril) est l'un des modèles du bon management selon le contre-amiral Loïc Finaz
"Concentration des efforts, économie des moyens, rapidité d'action" : l'offensive de juillet 1918 du Maréchal Foch (ici en avril) est l'un des modèles du bon management selon le contre-amiral Loïc Finaz Crédits : France Presse - AFP

Il y avait déjà les incursions des hauts gradés dans la vie civile et économique, deux anciens chefs d’Etat Major des Armées. D’abord celle du Général Georgelin à la tête du chantier de réhabilitation de Notre Dame : remarquée parce qu’il avait enjoint à l’architecte en chef de « fermer sa gueule » pour « avancer en sagesse », et qu’il résumait ses principes de leadership ainsi : « un chef qui n’est pas craint n’est pas un bon chef », Néron dans Britannicus n’aurait pas dit mieux.  

A l’opposé de cette image autoritaire, c’est le Général Pierre de Villiers qui, après un livre sur la figure du « chef » multiplie les conseils et s’est fait conférencier : « il faut remettre la personne au cœur des préoccupations » disait-il à l’Usine nouvelle cet été.   

Tous deux se répondent presque point par point : si Jean-Louis Georgelin décèle les maux du management dans le tutoiement généralisé, la trop grande proximité hiérarchique et l’effacement du chef, Pierre de Villiers cherche plutôt ses causes dans la numérisation et du télétravail : "Inquiétude, manque de temps, éloignement, individualisme".

L'expérience militaire pour un management de crise  

Tous les ouvrages publiés récenment se fondent sur l’expérience du terrain, des hommes et de l’urgence ; en premier lieu le Colonel Michel Goya qui publie la Voie de l’épée Tome 1 : manager comme un militaire, tiré des analyses de son blog ; et Bonjour mon colonel, trois manuels adaptés des briefings tactiques des militaires :  

Planification avec des Equipes Bleues et Rouges d’attaquants et adversaires comparaison de 2 voies pour un seul but tirée des méthodes du corps des Marines, ou mise en place d’un véritable RETEX : le « Colonel » donne un mode d’emploi d’une collaboration hiérarchique efficace et rapide.  

Et il cite ses sources : une décision rapide à prendre avec des informations lacunaires ? C’est Rommel à la bataille de Gazala en 1942, également la méthode de Jeff Bezos chez Amazon ; une opération lourde à planifier ? C’est l’armée israélienne au Sud-Liban en 1982, qui a eu recours aux historiens pour étudier tous les précédents ; une mission trop importante pour échouer ? Cortès qui brûle ses navires ; une situation inhabituelle à prévoir ? Se fabriquer un « instinct » via un entraînement à la « Top Gun » avec mise en situation et debriefieng vidéo.  

L'entreprise convoite les valeurs qui assurent la cohésion militaire

Ce rapprochement - pas tout à fait nouveau - répond à une certaine crise du management. Si les recruteurs valorisent déjà les anciens militaires et que les écoles proposent depuis des années des stages de leadership à Saint-Cyr, sur un navire ou au PC de l’armée de l’air, le management effectif reste « englué » dans ses apories et ses innovations, dit le sociologue Julien Damon dans les Echos ;  et s’il y a une chose qu’il n’arrive plus à créer, c’est bien la confiance. 

D’où l’intérêt des entreprises aujourd’hui, explique le chef d’Escadron Eric Morgand du CDEC (Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement), rappelant au passage les 3 milliards d'euro an de coût des 1/5 arrêts de travail dus au stress, liés à « une organisation du travail défaillante » et, surtout, « des défauts de management de proximité ». Face à cette « crise relationnelle », l’armée apparaît plus saine psychologiquement (un taux de suicide de 20 % inférieur) et porteuse de valeurs de cohésion perdues : l’humain comme « potentiel » et non comme une charge inerte à conduire, le chef comme garant d’une capacité de décision rapide et du moral des troupes.  

La méthode militaire : une plus-value de confiance ?  

Cette nouvelle sagesse du management, c’est « l’esprit d’équipage », décrit par l’ancien Directeur de l’Ecole de Guerre et Vice-Amiral Loïc Finaz dans son dernier livre : La liberté de commander, un ouvrage qui distille autant les poèmes que les conseils de bonne gestion humaine : « La confiance est fondamentale pour toute organisation et croire qu’un système hiérarchique la crée automatiquement est une erreur »  

Le navire est le socle, l’équipage le modèle. Selon lui, la confiance des marins émane directement des conditions d’opération en mer : une « dignité de vie » qui requiert du chef à la fois « exigence et bienveillance » ;  un système qui culmine dans le couple Commandant-Matelot barreur, dont les tâches sur la passerelle sont d’importance égale.

L'armée adaptable à l’entreprise ?

Plusieurs différences les séparent à jamais : d’abord la mort « comme hypothèse de travail » selon l’expression fameuse de Michel Goya, ou l’attention donnée aux compétences : « 22 ans pour former un Commandant de bateau, plus que pour construire un navire » souligne l’ex chef d’Etat Major de la Marine Christophe Prazuck. 

Enfin, ce qui manque disent tous les militaires c’est la même proximité de codes, langages et valeurs entre chefs et exécutants ; là encore, la formation joue beaucoup.  

On le voit, le modèle militaire porte en lui une critique de l’entreprise contemporaine : l’individualisme, la dureté et l’isolement du chef qui en résulte, souvent contre-productifs dans la perspective de la mission…  

XM

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