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La manifestation du 6 février 2020 à Paris. Pour l'exécutif, c'est le dilemme : risquer un conflit social avant la présidentielle ou manquer une "grande réforme" du quinquennat ?

Réforme des retraites : que reste-t-il de l’équation économique ?

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« Priorité » et « nécessité absolue » dit le gouvernement : c’est le grand retour de la réforme des retraites dans l’agenda politique. Une réforme toujours aussi controversée, et toujours pas fixée ?

La manifestation du 6 février 2020 à Paris. Pour l'exécutif, c'est le dilemme : risquer un conflit social avant la présidentielle ou manquer une "grande réforme" du quinquennat ?
La manifestation du 6 février 2020 à Paris. Pour l'exécutif, c'est le dilemme : risquer un conflit social avant la présidentielle ou manquer une "grande réforme" du quinquennat ? Crédits : Thomas Samson - AFP

C’est « le dossier à haut risque de Macron » titre Les Echos, le dilemme du président : risquer des troubles sociaux comme lors de la Loi travail à la fin du mandat de François Hollande, ou manquer de remplir une des principales promesses de campagne avec une « grande réforme », explique l’un des conseillers de l’exécutif au journal. 

L’un des projets les plus controversés de quinquennat et reporté in extremis pour cause de Covid revient au plus mauvais moment, dans une France « lessivée par plusieurs conflits sociaux et une épidémie ». Et comme l’an dernier, les syndicats font front commun : « Folie ! » lance la CFDT, « une très grosse bêtise » pour FO qui menace d’un « conflit social majeur » ; même la CGT et le Medef s’accordent pour déclarer la réforme de 2020 « morte et enterrée ».

E. Macron : des « décisions difficiles » avant 2022, mais pas de reprise « en l’état »

Deux grandes mesures avaient été adoptées en 2020 : un système unique à points et l’impératif d’équilibre financier sous 5 ans ; c’est ce mélange entre changement de système (avec la suppression des 42 régimes spéciaux) et objectifs financiers qui avait provoqué une si vive opposition. Mais l'on se dirige vers un semi-abandon :   

Dans le Grand Rendez-vous Europe 1/CNews /Les Echos, le MinEco ne parle plus de système unique, mais évoque cependant le coût des pensions (14 % du PIB) et la faiblesse du volume de travail, des adaptations sur la pénibilité, ou la possibilité de faire évoluer le régime selon la croissance comme ou Portugal. 

Mais pendant que le gouvernement joue « la fanfare » dans tous les médias écrit le Monde, et Bruno le Maire « de la grosse caisse » en répétant attendre un « rebond de croissance », la majorité reste divisée sur le calendrier : avant ou après 2022 dans un hypothétique second quinquennat ? L’équation politico-sociale est compliquée : un « poids lourd »  résume la situation à l’AFP « nous devons tous savoir qu’il nous faudra travailler plus » mais « on ne peut pas faire ça maintenant ».

Réformer dès maintenant ou plus tard : que devient l’équation économique ?

Il y a toujours la recherche de l’équilibre financier : le déficit est certes deux fois moins grand que prévu mais se chiffre encore à 18 Mrd € cette année dit le dernier rapport du COR (Conseil d'Orientation des Retraites), et le système actuel ne retrouverait pas l’équilibre avant mi 2035 au mieux. C'est une question de crédibilité, dit au Monde le rapporteur Guillaume Gouffier Cha qui plaide pour un système « budgétairement fiable ». 

Retrouver une crédibilité budgétaire, c’est aussi l’avis de Vincent Touzé de l’OFCE ; mais à quel horizon, demande-t-il ? Dans Capital Michaël Zemmour de Sciences Po et Henri Sterdyniak des Economistes Atterrés estiment que tant que la dette est soutenable, « pas d’urgence à prendre des mesures fortes pour réduire le déficit ». 

Reste la question démographique, le jeu du chat et de la souris entre les revenus du travail et les actifs en âge de travailler, le risque qui pèse sur la solidarité entre générations : car l’essentiel de l’amélioration des prévisions à court terme sont liée à la baisse de l’espérance de vie en 2020 explique Les Echos. D’ailleurs en novembre 2020, le CSR (Comité de Suivi des Retraites) considérait le système « sous financé sur les 25 prochaines années »  rappelle Marie-Cécile Renault du Figaro. Pour l’économiste Maxime Sbaihi Dr Gén du think tank libéral Génération Libre, « le déséquilibre démographique va déséquilibrer tout notre système social et mieux vaut anticiper plutôt qu’attendre. »  

Réforme « systémique » ou « paramétrique » : les pistes du gouvernement  

Dans Les Echos, Solveig Godeluck détaille les trois pistes du Secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski : une accélération de la réforme Touraine de 2014 qui allonge légèrement la durée de cotisation et pourrait rapporter 500 M € d’ici 2025 ; la suppression des régimes spéciaux du public pour les nouveaux entrants, mais pas les régimes libéraux ; et « beaucoup d’autres mesures chocs » comme le relèvement de l’âge légal de 62 à 64 ans qui économiserait selon la vitesse 20 à 25 milliards d'euros par an : 

Mesure « politiquement explosive mais qui a le mérite d’être efficace sur le plan budgétaire », confirme Le Monde. Le recul de l’âge de départ serait le plus facile à « écrire » confie « un acteur au cœur du dossier », elle pourrait être adoptée d’ici l’automne.

Deuxième quasi-certitude : la revalorisation des petites pensions pour garantir un minimum de 1000 € nets, puis 85 % du SMIC brut, explique Barbara Vacher des Echos / Investir : c’est l’enjeu d’un rapport parlementaire remis le mois dernier, et une promesse de campagne présidentielle. Les agriculteurs en bénéficieront dès novembre, le dispositif pourrait être étendu à tous les travailleurs. 

La grande réforme de « justice » et de « simplification » est-elle en marche ?

S’il y a suppression des régimes spéciaux, elle sera forcément coûteuse, avance Elsa Conesa du Monde, à cause des mesures transitoires pour les salariés actuels : c'est le prix à payer par les anciens aux plus jeunes pour avoir le droit de réformer, disaient en 2014 les économistes Touria Jaaidane et Robert Garry-Bobo cités dans le journal. 

Et s’il y a réforme cette année, elle se fera a minima poursuit Solveig Gedoluck : la fenêtre législative est courte, le projet sera forcément amoindri, on verra « peut-être quelques articles dans le prochain budget de la sécurité sociale ». 

Enfin, cette réforme des retraites ne serait sans doute pas moins complexe : car le gouvernement pourrait aussi s’en servir de la réforme pour financer la loi sur la dépendance à l’automne, mais aussi d’autres mesures comme la garantie jeune ; ce qui irrite Laurent Sève de la CFDT, déclarant que « les retraites, ce n’est pas un puits de pétrole ».  

XM

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