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Jean Castex et Elisabeth Borne, lors de la présentation du plan pauvreté dans un centre Emmaüs à Epinay-sur-Orge.  Pour les associations et créer 60 centres de santé, le gouvernement a alloué 100 millions d'euros.

Protection sociale : vers une population "en K" ?

4 min
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Avec l'examen du budget révisé et de la loi sur la sécurité sociale, la protection sociale est au programme de l’Assemblée cette semaine : financements et déficits hors-norme, pour une situation sociale préoccupante. Il y avait déjà la reprise inégale "en K" : évitera-t-on une population en K ?

Jean Castex et Elisabeth Borne, lors de la présentation du plan pauvreté dans un centre Emmaüs à Epinay-sur-Orge.  Pour les associations et créer 60 centres de santé, le gouvernement a alloué 100 millions d'euros.
Jean Castex et Elisabeth Borne, lors de la présentation du plan pauvreté dans un centre Emmaüs à Epinay-sur-Orge. Pour les associations et créer 60 centres de santé, le gouvernement a alloué 100 millions d'euros. Crédits : Alain Jocard - AFP

Encore une fois, à crise inédite, réponse inédite : 86 milliards d’euros de dépenses liées au Covid et un déficit de 49 milliards d’euros pour la Sécurité Sociale ; signe que les mécanismes de protection sont durement sollicités.  

C’est la réponse du gouvernement à la dégradation sociale : 1 million de personnes de plus dans la pauvreté (vivant avec moins de 1000 € par mois) selon les principales associations, et tous les autres indicateurs qui s’allument : hausse de 50 % des demandes d’aide alimentaire, de 10 % des inscriptions au RSA, et bien sûr du chômage avec peut-être là aussi un million d’emplois perdus à la fin de l’année.

Face à cela, il n'est pas étonnant que le plan pauvreté d’1,8 milliard d'euos annoncé fin octobre par Jean Castex déçoive les associations. Les critiques envers l'absence de revalorisation des minima sociaux et les aides sous condition d'insertion sont acerbes : « mesures pansements déconnectées de la vie des gens » dit ATD Quart Monde, voire « position idéologique » dénonce un collectif de 35 d’entre elles.  

Une adaptation du filet de protection sociale ? 

Les réflexions sont de deux ordres : Celles du type « trous dans la raquette » - ou dans l’épuisette sociale, qui déplorent plus de 4 millions de travailleurs laissés sans protection : auto-entrepreneurs « premières victimes de la crise sanitaire » selon l’économiste Philippe Askenazy, « extras » en CDDU qui eux aussi « paient le prix fort » regrette le sénateur Patrick Kanner qui demande pour eux une année blanche comme pour les intermittents. 

Les interrogations portent aussi sur l’épuisement du système de protection sociale lui-même, incapable, malgré une inflation d’aides ciblées, d’assurer des revenus « décents » à ceux qui en ont besoin, écrit le sociologue Jean-Claude Barbier dans Le Monde. Décence des revenus, mais aussi cohérence du tissu social, dont s’inquiètent sa collègue Johanna Dagorn et la géographe Corinne Luxembourg, remarquant que le déclassement des classes moyennes s’accompagne d’un déchirement social : 70 % de l’épargne - le fameux "bas de laine" du Covid - est détenue par 1/5 des français seulement. Le risque : une population en K : l’explosion sociale.  

Quelle protection sur un marché du travail "flexible" ? 

C’est même la pire crise de « l’accès à l’emploi » depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, dit encore Jean-Claude Barbier. Le Covid l’a révélée mais elle était latente depuis des années, expliquent les spécialistes du sujet Olivier Giraud et Nadège Vézinat dans The Conversation : au marché du travail flexibilisé, correspond dans la vie quotidienne un monde de « l’emploi incertain » qui toucherait en réalité 20 % des travailleurs. 

De ce point de vue, les choix de l’Etat n’ont pas contrebalancé la tendance, parfois au contraire : pour adapter la protection sociale à un marché plus précaire, il a « déconnecté » les droits sociaux de l’emploi pour les rendre plus individuels ; pente dangereuse, qui a tendance à « répliquer les inégalités du marché du travail ». En outre, concluent les chercheurs, comme les droits sont accordés sur demande et de plus en plus sous condition, elle conduit insidieusement à « glisser d’un régime de droit à un régime de la faveur ».  

Etat techniquement désengagé, ou trop idéologiquement engagé ? Ce sont deux manières de voir le même mouvement : pour Johanna  Dagorn, c’est aussi bien « la lecture néolibérale » du problème qui considère l’individu comme un entrepreneur et le chômage comme une faute, que l’effet des lois de décentralisation qui laissent à la charge des départements 3 prestations sociales importantes dont le RSA. Le gouvernement vient d’ailleurs de conclure un accord avec la Seine St-Denis pour reprendre le financement du RSA en 2022.    

Une nouvelle protection sociale est-elle possible ? 

Certains le souhaitent et il y a plusieurs approches : La CFDT réclame une franche extension du droit à la protection aux travailleurs indépendants, avec une assurance perte d’activité, un contrôle des délais de paiement, des plateformes et du droit syndical.  

Quant au revenu universel, défendue par certains comme la clef du problème et envisagée par Emmanuel Macron, Jean-Claude Barbier est sévère : toutes les expériences ont échoué à assurer un revenu « décent » et il faut en finir une fois pour toute avec cette « chimère principale ». C’est déjà un autre débat.

XM

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