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Achevé en 2008 (ici en photo), le site de Goro dans le Sud devait trouver la rentabilité en ce début d'année avec un nouvel alliage nickel-cobalt pour les batteries. Ses changements de propriétaire et les blocages politiques retardent ce nouvel élan.

Industrie : la Nouvelle Nickelédonie est-elle un rêve ?

6 min
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Suspens pour l’industrie minière en Nouvelle Calédonie : alors qu’un long conflit paralyse la production, l’Etat intervient. Et dans la flambée des cours actuels, le dilemme du nickel brille plus vivement : or gris ou "métal du diable" ?

Achevé en 2008 (ici en photo), le site de Goro dans le Sud devait trouver la rentabilité en ce début d'année avec un nouvel alliage nickel-cobalt pour les batteries. Ses changements de propriétaire et les blocages politiques retardent ce nouvel élan.
Achevé en 2008 (ici en photo), le site de Goro dans le Sud devait trouver la rentabilité en ce début d'année avec un nouvel alliage nickel-cobalt pour les batteries. Ses changements de propriétaire et les blocages politiques retardent ce nouvel élan. Crédits : Marc Le Chelard - AFP

Métal indispensable de l’inox et des batteries, pour l’instant avec les manifestations et blocages, le nickel est plutôt un minerai inutile pour le cinquième producteur mondial : sur les trois usines de l’île du Pacifique, la plus grande, celle du brésilien Vale au centre du conflit, est à l’arrêt depuis un mois sans repreneur ; la 2ème vient de se déclarer hier au bord de la faillite ; et la troisième lancée en 2008 n’est toujours pas rentable. 

Ces "trois petits cochons" de la mine qu’on assimile à 10 % du PIB de la Nouvelle Calédonie se retrouvent face au grand méchant loup : dettes colossales, concurrence prédatrice et, pour les 10 000 emplois directs et indirects qu'elles induisent, le chômage.  

Les usines de Nickel « ne sont pas une industrie immortelle », prévenait sur La 1ère le journaliste Alain Jeanin en décembre : outre les dégâts matériels, 5000 tonnes de minerai, soit 100 millions d'euros ont été perdus depuis décembre ; même les actionnaires de ces usines sont écartés des bénéfices de la flambée des cours actuelle (supérieurs à $ 17 000 par tonne ) remarque un expert des marchés dépité : « Le London Metal Exchange n’a jamais été aussi haut depuis 2019, cela aurait dû porter les usines calédoniennes et surtout [l’usine de Vale] qui était sur la voie d’un coût de production positif…Sans commentaire. »  

L’Etat au capital : pour sauver la principale usine ou la paix sur l’île ?  

Pour autant qu’on comprenne, le blocage politique s'ajoute aux difficultés économiques : cette usine du Sud fait travailler 3000 personnes et sa reprise par un consortium impliquant le géant suisse Trafigura, des actionnaires locaux et  des investisseurs étrangers que soutient le gouvernement français est bloquée depuis son annonce l’année dernière : un collectif « Usine du Sud-Usine Pays » allié aux représentants Kanaks et aux indépendantistes le rejette, dénonçant « un projet de spéculation et de prédation des ressources ». Depuis un mois, ils bloquent les deux usines qu’ils ne possèdent pas pour le faire échouer. 

Lundi, le Ministre des Outre-Mer a finalement proposé que l’Etat « s’implique plus fortement », c’est-à-dire entre au capital pour débloquer la vente. En jeu désormais selon Patrick Roger du Monde : les 51 % de la majorité au CA, prise de contrôle transitoire par l’Etat, ou pérenne par les calédoniens comme le propose la présidente de la Province Sud, en tous cas une baisse des 25 % initiaux du suisse Trafigura. 

Après le référendum perdu, les indépendantistes gagneraient une bataille symbolique sur un thème majeur – car les ressources en Nickel font partie des Accords de Nouméa et de Matignon, l’Etat réussirait à conserver l’outil stratégique, et tout le monde comme dit le ministre pourrait « sortir par le haut ».    

Une « main tendue » suffira-t-elle à sortir l’industrie calédonienne du « bourbier du Nickel » ?  

L’Etat intervient pour au moins deux raisons : d’abord rappelle Le Monde, il est financièrement exposé sur chacun des sites : le nickel des usines du Sud et du Nord indépendantiste est défiscalisé, dans celle du Sud il a réinjecté 500 M € et garanti des prêts pour des mises aux normes environnementales ; et il est actionnaire du français Eramet qui possède la deuxième usine de l’île, l’historique SLN (Société Le Nickel). 

Ensuite, derrière la reprise de Vale, c’est toute l’industrie minière calédonienne en sursis qu’il faut relancer rapidement, dans un marché mondial où se battent les géants Indonésiens, Philippins, Canadiens, Chinois ou Finlandais, seuls en Europe à posséder une filière complète.  

L'extraction du nickel : un "Rhinocéros Gris" ?   

L'industrie minière calédonienne pourrait se trouver face à un "rhinocéros gris", explique dans Asialyst Sandrine Teysonneyre. L'expression renvoie au livre de l’américaine Michele Wucker sur ces « crises prévisibles que les décisionnaires choisissent d’éviter ». Le problème serait inévitable : « une équation économique délicate où les coûts élevés de la main-d’œuvre impliquent une âpre lutte pour la compétitivité. Le pays qui produit le nickel le plus cher du monde est confronté à une crise prévisible, et prévue. » 

Pour l’ex financière, la Nouvelle Calédonie serait victime d’une « malédiction du nickel » comme il y a des malédictions du pétrole : faible rentabilité, mauvaise redistribution, faible croissance. D’ailleurs précise La 1ère, l'usine de Vale n’aurait du être rentable que cette année avec un nouvel alliage pour les batteries, celle de la SLN ne l’était que depuis septembre ; mais le redécollage est interrompu et pour Sandrine Teyssonneyre, c’est le moment de retomber sur ses pieds en sortant de la dépendance au Nickel et en diversifiant l’économie…    

Diversifier l’économie, ou intensifier la production de nickel : le dilemme calédonien ?  

Les cours s’envolent et avec 1/5 des ressources et la capacité de produire pour les batteries, l’île peut-être une place forte dans la filière des téléphones portables ou celle des véhicules électriques qui va faire quintupler la demande de Nickel calédonien d’ici 2025, assurait le directeur général de SLN il y a un peu plus d’un an.  

La France et l’UE qui vise 25 % de parts de marché en 2025 ont besoin de ressources pour l’ « Airbus des batteries » lancé l’année dernière ; mais la concurrence est vive : la Chine, premier destinataire des exportations de nickel calédonien en 2018, la Corée du Sud qui aurait fait une offre alternative avec les indépendantistes pour reprendre l’usine du Sud, ou l’Australie dont un premier groupe minier s’était aussi placé avant de se désister subitement.  

Or gris ou « métal du diable », le nickel est rare et cher à extraire, mais aussi rappelait le spécialiste des matières premières Philippe Chalmain dans Le Monde en 2005, « un condensé de nombre de problèmes géopolitiques de la planète » : de la grande concurrence mondiale aux problèlemes non réglés des peuples autochtones…  Entre le serpent de mer de la diversification, ou une hésitante Nouvelle "Nickelédonie", où est le mirage ?

XM

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