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Le 7 mai en Baie de Saint-Brieuc : les pêcheurs manifestent contre les forages du futur champ d'éoliennes, cernant la plateforme néerlandaise "Aeolus" : celle qui a perdu 100 litres d'huile hydraulique lundi.

Eolien offshore : comment combler le retard ?

8 min
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Nouvel accroc pour l’éolien maritime en France, avec la pollution due à un navire de forage en baie de St Brieuc : un projet qui concentre tous les débats sur les ambitions et difficultés de l’électricité éolienne offshore. Le France peut-elle encore combler son retard ?

Le 7 mai en Baie de Saint-Brieuc : les pêcheurs manifestent contre les forages du futur champ d'éoliennes, cernant la plateforme néerlandaise "Aeolus" : celle qui a perdu 100 litres d'huile hydraulique lundi.
Le 7 mai en Baie de Saint-Brieuc : les pêcheurs manifestent contre les forages du futur champ d'éoliennes, cernant la plateforme néerlandaise "Aeolus" : celle qui a perdu 100 litres d'huile hydraulique lundi. Crédits : Fred Tanneau - AFP

La pollution à l’huile hydraulique survenue lundi en Normandie est le premier événement de ce genre d’une « ampleur significative » dit la préfecture, et l’incident arrive au mauvais endroit au mauvais moment pour les ambitions éoliennes françaises : 

Mauvais endroit, car la baie de Saint-Brieuc est une zone de pêche privilégiée pour les coquilles Saint-Jacques et que la Normandie est une région-clef de la stratégie éolienne maritime du gouvernement, avec 4 des 8 projets de parc validés ; et mauvais moment car l’installation de ces Tour Eiffel à hélices sur terre ou mer suscite une forte contestation, renouvelée avec les échéances électorales. 

L’épisode a d’ailleurs ravivé le débat, explique Perrine Mouterde dans le Monde : le comité départemental des pêches de Côte d’Armor porte plainte et dénonce « un laboratoire à ciel ouvert où les industriels viendraient tester des outils et polluer l’environnement marin », le président PS de région favorable au parc se demande « comment fait-on alors ? » ; même le candidat LREM à la présidence et Pdt de l’office français de la biodiversité Thierry Burlot parle désormais du projet comme d’un « naufrage. » 

En pleine accélération, les éoliennes dans le filet des campagnes politiques ?

Le gouvernement met un point d’honneur à rendre opérationnel le premier parc à St-Nazaire avant la présidentielle en 2022 pour témoigner de son ambition écologique ; mais ces 8 projets de fermes offshore menés via débats publics contestés font face à des blocages récurrents de la société civile. 

Et au niveau national, qu'elles soient terrestres ou maritimes, les éoliennes sont désormais prises dans le filet des campagnes politiques : Marine le Pen dénonçant au grand jury RTL le « saccage environnemental, écologique, financier et de notre indépendance », trois élus Républicains préférant dans Le Monde le terme « aberration », tous promettant un moratoire en cas d’élection.

« Campagnes de désinformation » menées par « quelques opportunistes politiques », déclarait il y a deux semaines Barbara Pompili, répétant que l’électricité éolienne offshore est un besoin « vital pour la massification des énergies renouvelables dans notre pays» ; mais plus le gouvernement augmente sa voilure, plus il prend le risque de se heurter à ces « vents contraires » dit Les Echos.

Les éoliennes offshore, parents pauvres de la transition énergétique ? 

L'électricité maritime est à la fois le parent pauvre face aux 8000 éoliennes terrestres et le fils prodigue car les investissements sont importants. La loi fixe un objectif de 2,4 GW d’électricité renouvelables maritimes en 2023, plus du double d’ici 2028 : la puissance de plusieurs petites centrales nucléaires ; mais sur les 8 projets, aucun n'a abouti : l’unique éolienne en service, de 2 MW, est un projet pilote de 2018, seule au large du Croisic comme le mât du navire à la fin de Moby Dick. 

Dans la Tribune le président du Syndicat des Energies Renouvelables (SER) s’inquiète du « retard abyssal » pris par la France sur ses concurrents ; car la comparaison internationale fait mal : 2 MW en France pourtant deuxième gisement Européen, contre 1000 fois plus en Belgique, et plus de 18 GW au Royaume-Uni, le leader mondial. Sur Radio Classique, David Barroux des Echos est pessimiste : « Des projets lancés il y a dix ans n’ont toujours pas abouti et on va devoir poser des éoliennes dont les technologies sont désormais dépassées ! »

L’éolien maritime a-t-il vraiment un avenir en France ? 

Sur le papier, les prix annoncés commencent à être compétitifs, dans la pratique, il faudra voire naître le réseau ; car pour rendre l’électricité offshore massive et donc compétitive « on doit passer à l’échelle industrielle en imposant des compromis qui ne feront pas que des gagnants mais qui profiteront à la collectivité », dit encore David Barroux. En attendant les leaders industriels Danois, Canadiens, Néerlandais ou Norvégiens raflent une partie des appels d’offre. 

Car outre les oppositions, les freins internes sont nombreux expliquait dans The Conversation en 2019, l’économiste des énergies marines Sylvain Roche : le poids du nucléaire, qui entraîne moins de contrainte pour décarboner et induit un débat « historiquement construit » face aux éoliennes, mais aussi des lenteurs dans le raccordement au réseau, et finalement, une longue histoire « d’opportunités industrielles manquées » depuis les années 90. Tout devait changer avec le parc de Dunkerque annoncé en juin 2019, « vitrine low-cost de l’éolien marin français » annonçant un KWh à 50 € pour 500 000 foyers ; deux ans après tout juste, aucune éolienne n'est apparue.  

D'où viendra le vent du changement ? 

Certains sont optimistes : Dans La Tribune, décrit « l’alignement des planètes » en train de s’opérer : réglementaire, avec des parc libérés des recours administratifs et des procédures plus rapides ; industriel, avec quatre usines opérationnelles ; et financier avec un « changement de paradigme » car les projets peuvent désormais être financés par la dette : signe de confiance. 

Pour beaucoup aussi, la France a une carte à jouer dans l’éolien flottant qui permettent l'accès aux vents du grand large ; quatre parcs pilotes sont prévus  ; et « la majorité des flotteurs » dans le monde est construite par des entreprises françaises souligne le Syndicat des énergies renouvelables. D’ailleurs l’éolienne du Croisic est flottante : reste à voir si elle sera un point de départ ou si elle restera, comme dans le poème de Verhaeren « sur un ciel de tristesse et de mélancolie (…) / Le vieux moulin qui tourne, et las, qui tourne et meurt. »

XM

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