LE DIRECT
La Maison de la Radio, le premier février : le groupe occupe-t-il 3 % ou 8 % du marché publicitaire radio ? Au-delà du débat sur le partage du marché, la hausse des audiences du groupe pourrait renchérir le prix des spots publicitaires.

Publicité : Radio France concurrente des radios privées ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Les radios privées en colère contre Radio France ; ou plutôt contre son actionnaire l’Etat, qui vient d’autoriser le groupe public à vendre plus de publicité. Service public contre radios privées : y a-t-il une nouvelle guerre des ondes ?

La Maison de la Radio, le premier février : le groupe occupe-t-il 3 % ou 8 % du marché publicitaire radio ? Au-delà du débat sur le partage du marché, la hausse des audiences du groupe pourrait renchérir le prix des spots publicitaires.
La Maison de la Radio, le premier février : le groupe occupe-t-il 3 % ou 8 % du marché publicitaire radio ? Au-delà du débat sur le partage du marché, la hausse des audiences du groupe pourrait renchérir le prix des spots publicitaires. Crédits : Martin Bureau - AFP

Que l’Etat organise une « concurrence déloyale » entre les ondes publiques et privées : c’est ce que dénoncent depuis le début du mois les plus de 300 radios privées, les indépendantes et celles des quatre grands groupes (M6, NRJ, NextRadioTV et Lagardère News) qui enfoncent encore le clou hier dans Les Echos, dénonçant un « affaiblissement méthodique » du secteur qui risquerait de s’achever dans un paysage semblable à celui « d’avant la fin du monopole d’Etat » : sans plus de radio privées qu’il n’y avait de radios libres.

En cause : la décision du gouvernement de déplafonner les revenus publicitaires de Radio France dans ses prochains engagements jusqu’à fin 2022. Cette limite de 42 millions d'euros pourrait être légalement dépassée, ce qui permettrait au groupe public dont les audiences sont en hausse, de faire payer plus chers ses espaces publicitaires. « Pourrait » car la mesure très controversée a été passée « discrètement » indiquait déjà Les Echos en janvier, et que ce document qui fixe la stratégie et les finances du groupe n’est pas encore rendu public.  

Dommage pour la discrétion : dès fin janvier le CSA a mis en garde contre la rupture des « équilibres concurrentiels » et le Sénat s’est bruyamment opposé à la mesure, les élus LR poussant même la fronde jusqu’à refuser de valider le contrat entre Radio France et l’Etat (le COM 2020-2022) – une première note Le Figaro : en faisant sauter le plafond des revenus publicitaires, le gouvernement influence les prix et fait aussi sortir le diable de la concurrence de sa boîte.

Litige ancien et contexte plus difficile pour le média radio

L’irritation des radios privées a grandi ces dernières années car le groupe public cherche à doper ses revenus et n’a pas toujours joué franc-jeu : condamné en 2015 pour la diffusion de publicités en faveur d'opticiens ou de cuisines, alors que seuls les messages d’intérêt général étaient autorisés. A l’époque, les indépendants déclaraient ne pas vouloir être la « variable d'ajustement du marché publicitaire de Radio France ».  

La situation s’est tendue après 2016, lors de l’autorisation de la publicité « de marques » sur 3 chaînes de Radio France (France Inter, France Info et France Bleu), malgré des limites strictes : pas plus de 17 mn par jour en moyenne, pas plus de 42 millions d'euros de recettes annuelles, soit 6 % du budget de l’époque. Ce montant n’a cessé d’être dépassé et les ambiguïtés du décompte des spots, entre « intérêt général » et publicité de « marques » ont nourri l’inquiétude des privés.

Finalement, le statu quo de la répartition des revenus s’est rompu, sur fond de lent désintérêt pour le média radio, d’affaissement des audiences privées et d’essor continu de celles de Radio France et de ses revenus publicitaires : France Inter est passée première devant RTL fin 2020 et en 15 ans, les recettes publicitaires de Radio France ont augmenté d’1/4, celles des radios privées ont baissé d’1/3 : danger sur les 8000 emplois du secteur et sur la diversité médiatique, disent les radios privées.  

Pour Radio France, un plafonnement des revenus publicitaires "obsolète" ?

La présidente du groupe, Sibyl Veil, a rejeté devant l’Assemblée un plafond devenu « obsolète » face à la hausse des audiences et réfutait dans le Parisien des « chiffres et des arguments erronés » de la part des radios privées ; le groupe minimise, insiste sur le volume de publicité qui reste limité, affirme que 44 % des annonceurs sont bannis des antennes (dont la grande distribution) et conteste le calcul des radios privées qui affirment que le groupe prend désormais 8 % du marché publicitaire, ce ne serait que 3 % en parts de marché réelles ; les recettes de Radio France sont d'environ 48 millions d'euros pour une marché total de 540 millions environ.

Mais pour les privés le déplafonnement des revenus décidé « sans concertation » est la goutte de trop : en retour, ils réclament l’abolition de la publicité sur Radio France : œil pour œil, dent pour dent, et chacun appelle l’autre à plus de « solidarité ». 

Un groupe public « enfant gâté » face à des radios privées déshéritées ?

« Gabegie d’Etat » affirme Valeurs Actuelles, est-ce que Radio France « se gave » ? demande Libération : avec cette affaire, l’éternel débat sur les finances et la gestion de la radio publique ressurgit. D’après les radio privées, son budget d’environ 600 millions d'euros dépasse celui de toutes leurs antennes, le groupe qui dispose des meilleures fréquences se paie le luxe d’un coût à l’auditeur deux fois et demi plus élevé qu’elles et le gouvernement donne l’impression de déshabiller Pierre qui a froid pour habiller Paul qui troue ses habits, à 90 % payés par la redevance.

Pourtant le groupe est en plein redressement financier : après des années de déficit, 2020 devait être celle de l’équilibre budgétaire mais la pandémie a tout décalé. Vingt millions d'euros d’économies sont toujours prévus d’ici 2022 et le gouvernement semble hésiter à poursuivre la réforme de l’Audiovisuel, suspendue l’année dernière. 

Compensation temporaire ou stratégie financière de plus long terme ? On est encore loin d’un « BBC à la française » comme l'ancien Ministre de la culture Franck Riester, avec des dizaines de millions d’euros de ressources commerciales propres et sur laquelle la publicité est interdite.

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......