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Déchargement des pêches dans le port d'Ostende le 12 octobre. Plus de 50 % des prises des pêcheurs belges sont faites dans les eaux britanniques.

Brexit : où se joue la « guerre de la pêche » ?

4 min
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Alors que la date-butoir du Brexit se rapproche, Britanniques et Européens s’arque-boutent autour des poissons et des crustacés : l’UE veut conserver un libre accès aux eaux britanniques, Londres veut les contrôler. La « guerre de la pêche » est-elle un paravent ou une clef des négociations ?

Déchargement des pêches dans le port d'Ostende le 12 octobre. Plus de 50 % des prises des pêcheurs belges sont faites dans les eaux britanniques.
Déchargement des pêches dans le port d'Ostende le 12 octobre. Plus de 50 % des prises des pêcheurs belges sont faites dans les eaux britanniques. Crédits : John Thys - AFP

Alors qu'un accord sur la pêche avec le Royaume-Uni a déjà été repoussé deux fois, ces derniers jours c’est la France qui pince le plus fort : « Guerre de la pêche », prédisait lundi le Pdt de la région Haut de France Xavier Bertrand en cas de « No Deal » ; reflet des prises de position françaises ces derniers jours : de la Ministre Annick Girardin déclarant que « le Brexit, en France, ce sera le visage de la pêche » à Emmanuel Macron promettant lors du Sommet Européen il y a 15 jours que les pêcheurs ne seront pas les « sacrifiés du Brexit ». 

Même s’ils se disent prêts à un « non-accord », Européens et Français sont inquiets des dommages sur les flottes - car 30 % de la pêche française se fait dans les eaux britanniques- et sur l’économie littorale : à Boulogne sur Mer particulièrement, 65-70 % du poisson transformé est passé par le Royaume-Uni. 

Quant aux restrictions sur le fret, elles affecteraient aussi les commerces qui ne pourraient plus se fournir en poissons frais « J 1 », prévient le maire de Boulogne et ancien MinPêche Frédéric Cuvillier : avis aux gastronomes.  

Le front européen de la pêche fissuré ?

Paris craint que la pêche ne soit la « variable d’ajustement » (dit Le Point) d’une concession in extremis de la Commission ; car depuis le sommet du 15 octobre, les britanniques ont fait des propositions sur d’autres dossiers et le front de la pêche européen se fissure : 

Après l’accord inédit avec la Norvège (même si non membre de l’UE), la Belgique qui réalise 70-80 % de ses prises dans les eaux britanniques souhaiterait aussi obtenir sa dérogation en réactivant un privilège du XVIIè s., acte original. Plus classique, certains pays comme les Pays-Bas déjà gros acheteurs de quotas de pêche britanniques, pourraient se passer d’un accord en investissant plus encore dans les flottes britanniques. 

Or, sans accord avec Londres, Paris reste toujours dans l’UE et les 6 pays pêcheurs restant pourraient bien - en vertu des accords européens - se rabattre voracement sur ses eaux poissonneuses. 

0,1 % seulement des PIB respectifs : un point de blocage majeur des négociations ?

La pêche ne représente que 0,1 % à 0,5 % des PIB, c’est vrai ; mais ce qui compte économiquement dans ces négociations, c’est l’Atlantique Nord-Est où travaillent les 2/3 des marins pêcheurs français et la quasi-totalité des britanniques. 

De plus les pêcheurs britanniques qui ont dénoncé « l’injustice » de leur situation ne l’ont pas fait sans raisons, car le Royaume-Uni qui a les eaux parmi les plus poissonneuses du monde (40 espèces) attire l’Europe entière et tous les chiffres semblent montrer une vraie inégalité : la pêche UE est plus de huit fois plus importante dans les eaux britanniques que la réciproque, les navires britanniques ne possèdent qu’1,5 % des quotas de pêche dans leurs eaux, 53 % sont détenus par les 3 plus grandes compagnies européennes. 

Ces derniers mois une campagne assez vive a eu lieu dans la presse contre les bateaux-usine (dont l’immense Margiris sous pavillon lituanien) qui viennent dans leurs eaux, et jugés responsables de la surpêche.  

Londres pourrait-elle négocier avec chacun ses propres quotas ? 

Les pêcheurs sont un problème mais ce qu’il faut comprendre, c’est l’intrication presque indissoluble des industries de la pêche, usines comprises, et là, « l’inégalité » constatée se renverse : car plus de 40 % des prises européennes dans les eaux britanniques sont transformées au Royaume-Uni et ¾ des exportations de l’industrie de la pêche britannique vont vers l’UE. Autrement dit, ce que les britanniques autorisent aux européens de pêcher, ils le transforment et leur revendent, tel est le deal qui les lie à l’Europe ; et tel est celui qu’ils pourraient perpétuer, voire étendre en cas de non-accord. 

En d’autres termes, ce sont les pêcheurs britanniques dont le nombre a été réduit de moitié depuis 1983 qui sont déjà les sacrifiés de l’industrie de la pêche britannique !

Le Brexit pourrait-il peser sur la politique commune de la pêche européenne ? 

Les nouveaux quotas de pêche pour 2021 seront décidés en décembre et la révision décennale de la Politique Commune de la Pêche (PCP) doit intervenir en 2023.

Or, sans accord avec le Royaume-Uni, la concurrence accrue sur une zone de pêche amoindrie pourrait faire « voler en éclat » la PCP, avertit le président du Comité National des pêches interviewé dans La Croix : pression supplémentaire… Pince-mi et pince-moi sont dans un bateau : pince-mi et pince-moi tombent à l’eau. Qui reste-t-il ? La PCP à réformer… 

XM

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