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Profitant d'une image écornée des "Routes de la soie" chinoises (ici la portion d'autoroute à 1 Mrd $ qui fait scandale au Monténégro), les USA et le G7 ont lancé le 12 juin leur propre projet d'investissement dans les infrastructures, le "B3W"..

Guerre commerciale : à l’Ouest, du nouveau ?

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Trêve avec les Etats-Unis, fermeté envers la Chine : l’Union Européenne cherche depuis quelques mois une troisième voie pour sortir de la guerre commerciale. D’un front à l’autre, est-ce payant ?

Profitant d'une image écornée des "Routes de la soie" chinoises (ici la portion d'autoroute à 1 Mrd $ qui fait scandale au Monténégro), les USA et le G7 ont lancé le 12 juin leur propre projet d'investissement dans les infrastructures, le "B3W"..
Profitant d'une image écornée des "Routes de la soie" chinoises (ici la portion d'autoroute à 1 Mrd $ qui fait scandale au Monténégro), les USA et le G7 ont lancé le 12 juin leur propre projet d'investissement dans les infrastructures, le "B3W".. Crédits : Savo Prelevic - AFP

A l’Ouest, voilà du nouveau : une trêve dans la guerre des taxes entre les Etats-Unis et l’UE conclue le 15 juin juste après le G7. Cette « percée majeure » selon Joe Biden est marquée par la fin d’un litige de 17 ans entre Airbus et Boeing qui s’accusaient mutuellement de subventions illicites, « l’un des plus anciens et des plus coûteux conflits dans l’histoire de l’OMC » dit sa présidente Ngozi Okonjo-Iweala ; et la suppression de 4 milliards de dollars de taxes européennes additionnelles prises en décembre sur divers produits américains.

Après un premier accord provisoire en mars, ce nouvel accord pour 5 ans soulage les deux constructeurs aéronautiques fragilisés par la crise.  

Mais le rapprochement a des limites : cinq ans, ce n’est qu’un sursis souligne Euronews, et reste pour les Etats-Unis à lever les taxes sur l’acier et l’aluminium prises en 2019 comme le réclame la fédération Eurofer. Or c’est incertain explique à l’AFP Eric Maurice de la Fondation Robert Schuman car les Etats-Unis s’en servent aussi contre la Chine et le industriels américains poussent pour les maintenir. Ce sera un test : récemment, le vice-président de la Commission Européenne appelait à « passer de la parole aux actes » avant le premier décembre.

Faire front face à la Chine ? 

Joe Biden ne s’en est pas caché : l'apaisement entre Airbus et Boeing permet de « contester et contrer les pratiques non commerciales de la Chine dans le secteur aéronautique » : selon le CSIS, la Chine aurait versé 49 à 72 milliards de dollars de subventions à la Comac (Commercial Aircraft Corp. of China) qui doit certifier cette année son premier appareil, le C919 pour concurrencer les A320 et B737 MAX. 

Le jeu est subtil, précise à l’AFP l'expert aéronautique Richard Aboulafia : « le vrai problème est que la Chine manipule le marché en jouant Airbus et Boeing l’un contre l’autre et conditionne ses commandes à des transferts de technologie. »  

Plutôt qu’une guerre frontale, la bataille pourrait mener à l’émergence d’un « modèle ABC » dit un autre expert chinois de l’Université de Pékin Huang Jun, un « triopole » au lieu du duopole actuel qui contrôle encore 90 % du marché. 

Projet de « routes de la soie » occidentales 

Ce projet d’infrastructures annoncé par le G7 pour les pays à revenus faibles et moyens, avec un chiffrement pharaonique des besoins à 40 000 milliards de dollars d’ici 2035, porte la marque du président Biden. Avec ce  "B3W" Build Back Better World, le nouveau dirigeant veut promouvoir des investissement de « qualité », « démocratiques » ; ce serait une « voie alternative positive reflétant nos valeurs, nos normes et notre conception des relations économiques » dit un responsable de la Maison Blanche : des anti-routes de la soie, en somme.

Pour Washington, ces projets doivent être le vecteur d’investissements dans la santé, l’égalité des sexes… Et la fenêtre est opportune dit l’AGEFI car les routes de la soie chinoises (BRI Belt and Road Initiative)auxquelles plus de 100 pays adhèrent souffrent d’une image dégradée, les partenariats présentant des conditions « faustiennes » et des clauses « léonines ».  

Les routes occidentales iront-elles plus loin que le slogan ? 

Pour la BBC, les USA restent « vague quant aux contributions occidentales » et aux « délais » ; il faudra convaincre les pays en développement d’accepter des coûts et délais plus élevés dit un expert du CSIS, mais aussi l’Allemagne et le Japon, importants partenaires de la Chine ; et pour Eswar Prasad de l’Université de Cornell, la Banque Mondiale et le FMI  pourraient devenir « un champ de bataille d’influence », G7 et Chine « tentant de façonner les modèles de prêts de ces institutions en fonction de leurs propres intérêts économiques et géopolitiques »… 

Assumer la rivalité ou tenter la réciprocité : l'Union Européenne entre deux feux

Bruxelles tente aussi un rapprochement avec son « rival systémique », via un accord d’investissement arraché en décembre dernier. Déjà controversé pour sa faible portée éthique et technique explique le spécialiste de la Chine François Godement, il est maintenant au point mort le parlement européen ayant suspendu sa ratification il y a un mois sur fonds de dispute sur les droits de l’homme au Xinjiang. 

Pour l’économiste et président de l’Inalco Jean-François Huchet interrogé par Ouest France, « il était temps que l’Europe durcisse le ton vis-à-vis d’une Chine » dont la montée en puissance technologique et commerciale « n’a d’équivalent que l’essor des Etats-Unis » dans les années 20, souligne-t-il comme Nicolas Baverez dans Les Echos : finie l’époque de la « naïveté », et de « l’angélisme risible », dit J.F. Huchet, appelant à la « réciprocité » dans les pratiques commerciales. 

Mais l’UE doit marcher sur des œufs : d’abord ses entreprises profitent des routes de la Soie ; ensuite Pékin vient d’adopter une « Loi contre les sanctions étrangères » qui autorise des représailles contre les entreprises opérant en Chine, les plaçant « entre le marteau et l’enclume » déplore la Chambre de Commerce européenne. 

Dans Les Echos, le spécialiste du développement international Laurent Malvezin donne un dernier conseil aux entreprises : réinstaller au plus vite les dirigeants rapatriés pendant la pandémie ; car le PC est présent dans les directions et avec la crise et la suspension de l’accord, il y a un risque de perte de contrôle : « Penser que la Chine n’exploite pas ce vide crée par la crise actuelle relèverait d’un déni de réalité. »

XM

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