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Joe Biden ce lundi 22 février, lors d'un discours sur le plan de sauvetage de 1900 milliards de dollars, dont 440 milliards pour les entreprises. Les Républicains proposent un plan trois fois moins élevé.

Etats-Unis : danser sur le volcan de l’inflation ou de l’explosion sociale ?

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C’est le débat qui monte : le plan de sauvetage de Joe Biden de 1900 milliards de dollars est-il trop gros pour l’économie américaine ? Certains craignent une surchauffe : trop d’argent pourrait tuer la croissance.

Joe Biden ce lundi 22 février, lors d'un discours sur le plan de sauvetage de 1900 milliards de dollars, dont 440 milliards pour les entreprises. Les Républicains proposent un plan trois fois moins élevé.
Joe Biden ce lundi 22 février, lors d'un discours sur le plan de sauvetage de 1900 milliards de dollars, dont 440 milliards pour les entreprises. Les Républicains proposent un plan trois fois moins élevé. Crédits : Saul Laub - AFP

Un afflux trop massif de monnaie, une reprise trop forte de la consommation et une hausse trop rapide des prix quand l’épidémie s’atténuera vers l’été : c’est le scénario sur lequel alertent plusieurs économistes américains, alors que le nouveau « stimulus budgétaire » de Joe Biden est en négociations au Congrès. 

Avec 1900 milliards de dollars, ajoutés aux 900 milliards déjà votés en décembre, ce plan de soutien de Joe Biden sera le plus grand de l’histoire américaine. Supérieur de 600 milliards de dollars supérieur à celui de Donald Trump en mars 2020, il est censé relancer l’économie vers la consommation et le plein emploi, notamment via des chèques de 1400 dollars aux ménages et des aides aux entreprises. 

La nouvelle administration veut réduire les inégalités démultipliées par la crise et éviter « l’erreur d’Obama » de 2009, comme le déclarait Joe Biden lui-même au début du mois : un plan de relance sous-dimensionné et une reprise lente. 

Pour les Républicains, c’est beaucoup trop pour une sortie de crise : ils proposent un plan trois fois moins élevé à 618 Mrd $ ; mais la Secrétaire au Trésor, Janet Yellen soutenue par 120 économistes répète qu’il faut frapper « vite et fort ».

2800 milliards de dollar peuvent-ils déstabiliser l’économie américaine ? 

Le problème de ce plan, c’est un peu comme le dernier voyage du Titanic : le plus gros et le plus vite possible et, sur le trajet tapis dans la nuit, l’iceberg de l’inflation. C’est ce qu’affirment des économistes, pour certains proches des Démocrates, en particulier l’ancien Secrétaire au Trésor de Bill Clinton Larry Summers qui dans le Washington Post parle d’un « pas en avant vital mais dangereux pour la stabilité économique ». 

Alors que les Etats-Unis connaissent toujours 10 millions de chômeurs de plus qu’avant la crise, des inégalités économico-raciales qui explosent et 37 % des américains qui ne peuvent faire face à une dépense imprévue selon la FED, une relance massive par la consommation est une priorité. Mais « la question », écrit sur twitter l’ancien directeur du FMI Olivier Blanchard, n’est pas de savoir si « trop est mieux que trop peu ; mais trop de combien ? Beaucoup trop serait dommageable » et entraînerait une « surchauffe inflationniste ». 

C’est la disproportion qui provoquerait l’emballement : par rapport au plan d’Obama qui couvrait la moitié des pertes de production de l’époque, ceux cumulés de Trump et Biden correspondraient à 3 fois celles de la crise du Covid. Selon Nicolas Baverez dans _Le Figaro, c_et afflux énorme de liquidité conduirait à une hausse de la demande, puis des prix, comme c’est déjà le cas pour les matières premières : « la relance tue la relance ».  

Que peut la Maison Blanche face au scénario noir ? 

Elle peut en théorie le prévenir car une partie de la « spirale inflationniste » dépend de la Banque Centrale, la FED qui peut choisir ou non d’augmenter ses taux pour freiner l’emballement ; et l’un des points forts de la stratégie de Biden est jusqu'ici sa cohérence inédite entre politique budgétaire et monétaire, souligne pour Reuters le chef économiste de BNP Paribas William de Viljder. 

Plus que cela, affirmait lundi dans Entendez-vous l'éco le président de l’OFCE Xavier Ragot, c’est même « le choix de Joe Biden » que de mettre délibérément l’économie américaine en surchauffe, pour obtenir une baisse du chômage et une hausse des salaires : « Pari incroyable », dit-il ; mais pari dangereux et gaspillage, rétorque Arnaud Leparmentier dans Le Monde : en dépensant trop et à contretemps contre le Covid alors que la crise s’atténue, Biden évite l’erreur d’Obama mais réitère celle de Lyndon Johnson après 1963, qui avait poursuivi « la ruineuse guerre du Vietnam» en faisant apparaître l’inflation. 

Une crise des prix américaine qui pourrait contaminer le monde entier ? 

Après le budget et la stabilité financière, c'est le troisième débat : Pour N. Baverez du Figaro et A. Leparmentier du Monde, ce plan est plus politique qu’économique, et le retour américain au multilatéralisme est un moyen d’associer les partenaires économiques à l’inflation et aux dévaluations potentielles du dollar, autrement dit de garantir l’avantage commercial des Etats-Unis.  

Au contraire, disent le professeur d’Economie Internationale Laurent Ferrara et ses collègues dans une note pour la Banque de France (et The Conversation) : les dépenses budgétaires feront grimper le dollar et doperont le commerce mondial. 

Dans cette guerre économico-sanitaire, les fronts sont nombreux. Joe Biden veut combattre le virus de la paupérisation, d'autres celui de l’inflation : « Gardez-vous à gauche, gardez-vous à droite !»… Et finalement, le problème posé par l’inflation ressemble à celui de la dette : à quel moment est-il opportun de s’en inquiéter publiquement ?

XM

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