LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Lundi, dans un supermarché d'Amman en Jordanie : Kiri et Vache qui Rit retirés sans ménagement des rayons. Ces actions restent rares au Moyen-orient, sauf au Qatar et au Koweït.

Boycott des produits français : qui risque le plus ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Des « pratiques inacceptables », a déclaré lundi Bruno le Maire en réponse au boycott des produits français au Moyen-Orient. Malgré des appels dans plusieurs pays et des échanges diplomatiques tendus, le mouvement semble peu suivi. L’impact économique est-il si négligeable ?

Lundi, dans un supermarché d'Amman en Jordanie : Kiri et Vache qui Rit retirés sans ménagement des rayons. Ces actions restent rares au Moyen-orient, sauf au Qatar et au Koweït.
Lundi, dans un supermarché d'Amman en Jordanie : Kiri et Vache qui Rit retirés sans ménagement des rayons. Ces actions restent rares au Moyen-orient, sauf au Qatar et au Koweït. Crédits : Khalil Mazraawi - AFP

Depuis ce lundi, la menace est tonitruante : "De même qu’en France certains incitent à ne pas acheter pas les produits turcs - je vous le dis en tant que chef de la nation : surtout détournez-vous des marques françaises ! Ne les achetez-pas !" 

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan vient appuyer de sa verve les appels au boycott des produits français dans les pays arabo-musulmans lancés la semaine dernière : premier soutien politique de haut niveau après une campagne sur les réseaux sociaux.  

Adieu déjà, Babybel, Bonne Maman et Vache qui ne rit plus ? Tout les analystes ont mis en avant la faible exposition du commerce extérieur français au Moyen-Orient : 3 % et 3 % de plus si l’on compte le Maghreb.  

Et dans les faits, si certaines manifestations sont importantes, le boycott est plutôt sporadique : « Très circonscrit », affirmait hier le ministre délégué chargé du Commerce Extérieur Franck Riester, puisque sur une dizaine de pays concernés, seuls la distribution et le tourisme du Qatar (proche d’Anakara) et du Koweït semblent s’être réellement organisés pour retirer les produits ou limiter les voyages. Les autres qui l’ont fait en Jordanie, Egypte ou Yémen sont des supermarchés isolés recensés par l’AFP.  

Menace sur l'agroalimentaire ? 

Les premiers groupes français concernés sont les grands laitiers : Bel, Lactalis ou Danone pour qui le Moyen-Orient est le deuxième ou troisième marché ; à une moindre échelle quelques marques de luxe comme L'Oréal sont également présentes mais le faible pouvoir d'achat des populations limite de toutes façons les volumes.  

Un cas préoccupant est peut-être celui de Carrefour, en pleine expansion avec plus de 285 magasins dans le Golfe sous la franchise du gigantesque groupe émirati Majid Al Futtaim. En 2006, ce groupe avait forcé ses franchises à boycotter les produits Danois, justement après la première publication des caricatures.   

Dans L’Express, l’économiste des pays émergents Lizu Paez Cortez prévient « il faut surveiller que l’appel ne soit pas étendu à des secteurs plus stratégiques et qui pèsent un peu plus » : infrastructures, transport, industrie chimique et pharmaceutique. Alstom, EDF ou Veolia renforçaient tous leur présence il y a un an encore. Tant qu’il s’agit d’un boycott populaire, on n’en est cependant pas là. 

Un conflit commercial avec la Turquie improbable ?  

Ce qui est en jeu, c'est la relation commerciale d'un peu plus de 15 milliards d'euros en 2019 ; mais aussi et surtout, l’imbrication des économies soulignée par maints spécialistes et acteurs : dans un sens comme dans l’autre, on s’échange surtout des produits industriels ou chimiques, précise sur France Info Olivier Babeau, particulièrement dans l’aviation et l’automobile. 

Leur position privilégiée place les industriels français relativement à l’abri : La majorité de la flotte de la compagnie nationale Turkish Airlines est composée d’Airbus ; quant à Renault et PSA - gros vendeurs et pour Renault 2ème constructeur – le risque d’une identification à la France est plus faible que pour les marques de luxe explique La Croix. 

Ankara prend-elle vraiment un risque ?   

La Turquie engrange 2,7 milliards d'euros d’excédents commerciaux avec la France et s’engager au-delà de l’appel à la population serait risqué. Des sanctions économiques européennes - autorisées dans cette éventualité - seraient « catastrophiques », rappelle Frédéric Encel sur France Info ; et c’est avec l'UE que la Turquie fait la plus grande part de son commerce extérieur : ses exportations automobiles ont bondi de plus de 68 % d’août à septembre. 

Les premiers menacés sont donc d’abord les emplois turcs, explique l’économiste Deniz Ünal du CEPII Dans La Croix ; même si elle précise que dans le cas de l’Arabie Saoudite et d’Israël, la mauvaise qualité des relations politiques n’empêche pas un commerce florissant. D’ailleurs depuis jeudi dernier, Ankara aussi est aussi l’objet d’un boycott semi-officiel de ses produits alimentaires en Arabie Saoudite alors que les exportateurs turcs se plaignaient récemment de retard aux douanes…  

Dans l’histoire, le boycott a ses heures glorieuses : la Tea Party de Boston prélude à l’indépendance, le boycott fiscal de Gandhi ou celui des bus non mixtes à l’appel de Martin Luther King. Il a été une arme économique et symbolique efficace. Cependant en rejouant l’appel au peuple sans moyen de pression réel, le président turc ne tire pas seulement le tapis sur la dégradation de l’économie turque depuis son arrivée : il risque aussi d'en retirer la nappe. 

XM

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......