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Le Ministre Bruno le Maire, lors de la présentation du budget lundi : "Nous ne referons pas les erreurs des plans de relance de 1974 et 1981 axés sur la demande qui ont échoué. Il faut anticiper la transformation de l'outil de production."

Budget : ressort de la relance ou bombe à retardement ?

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Une certaine perplexité, après la présentation lundi du budget 2020-2021... Budget de crise, marqué par le plan de relance à 100 milliards et qui brise tous les standards de l’orthodoxie : la machinerie du « quoi qu’il en coûte » est-elle bien réglée ?

Le Ministre Bruno le Maire, lors de la présentation du budget lundi : "Nous ne referons pas les erreurs des plans de relance de 1974 et 1981 axés sur la demande qui ont échoué. Il faut anticiper la transformation de l'outil de production."
Le Ministre Bruno le Maire, lors de la présentation du budget lundi : "Nous ne referons pas les erreurs des plans de relance de 1974 et 1981 axés sur la demande qui ont échoué. Il faut anticiper la transformation de l'outil de production." Crédits : Bertrand Guay - AFP

C'est d’abord une question de stratégie car un budget est une sorte de plan de bataille. Celui-ci « répond à l’urgence et prépare l’avenir » a déclaré lundi Bruno Le Maire (lui-même convalescent) ; et l’urgence, dictée par le plan de relance, c’est d’abord le rebond : 

Alors que la croissance rampe au fond du gouffre - une baisse de 10 % du PIB, 200 Mrd € de richesses en moins que l’année dernière, le budget doit aider l’économie à atteindre le firmament : 8 % de croissance fin 2021, soit 18 points à regagner. Toutes les cibles budgétaires de début de mandat d’Emmanuel Macron se sont volatilisées : l’équilibre en 2022, les 50 000 réductions de fonctionnaires, et la règle des 3 % de déficit repoussée à 2025 : autrement dit aux calendes grecques politiques... 

Epopée en perspective et presse lyrique : « Autre monde budgétaire », « budget trampoline », ou « licence to kill budgétaire », écrit Dominique Seux dans Les Echos : Bienvenu sur Mars ou dans le NY 1997 des finances publiques. 

Bruno Le Maire veut éviter les « erreurs » de 1974 et 1981

Deux plans de relance « repoussoir » dans l’histoire politique : celui de Jacques Chirac après le choc pétrolier, et le plan Mauroy de 1981 dans le style keynésien ; les deux s’étant terminés dans la rigueur forcée.  

D’où cette fois une politique d’offre assumée : 1/3 des crédits en direction des entreprises ; et entre les baisses d’impôts à la production et les décaissements d’urgence, 42 milliards € sur 100 doivent être dépensées avant fin 2021. C'est la stratégie du « vite et fort », commente La croix : tel est le pari du Ministre de l’Economie. 

Un retour à la croissance après 2021 incertain ?

Après trois budgets rectificatifs, beaucoup d’éditorialistes et économistes s’interrogent sur la fiabilité des prévisions : en témoigne le calcul du déficit passé de 225 à  195 Mrd après reprise et rentrées fiscales de l’été. 

D’ailleurs lundi encore, Bruno Le Maire se disait « prudent » quant à l’estimation de 10 % de pertes de PIB, estimant être « dans la fourchette » des prévisionnistes ; mais il ne donne pas d’hypothèse de croissance après 2022. 

Plus encore, pour le directeur de l’OFCE Xavier Timbaud, il faut lire entre les lignes : la perte de deux années de PIB signifierait un chômage à 11-12 % en 2022. L’affaiblissement du tissu social et productif et le manque à gagner fiscal risquent de rendre la relance inefficace, voire « suicidaire » : « Plan de relance sans relance » conclut-il, et voilà une chose de lancée. 

Dernier problème, et peut-être le principal, c’est que le budget ne tient pas compte de l’évolution incertaine de la crise sanitaire : il n’y a pas de scénario alternatif à ce plan, alors même qu’il est « déjà menacé par l’accélération de l’épidémie » actuelle souligne Etienne Lefebvre des Echos. 

Le gouvernement trop optimiste ? 

Même si le Haut Conseil des Finances Publiques juge la plupart des prévisions « plausibles », son avis du 21 septembre réfute l’hypothèse unique de croissance forte à 8 % qu’il qualifie de « volontariste » : ce qui à en croire les  spécialistes de ce genre de diplomatie, équivaut à un véritable désaveu. 

Le scénario unique passe mal et met les commentateurs en verve : « Un édifice intellectuel qui souffre d’apesanteur », écrit le spécialiste du sujet Jean-Yves Archer dans Les Echos ou un « budget-montgolfière » renchérit l’ancien Ministre du Budget Eric Woerth qui voit dans le projet de Loi « beaucoup de politique ».

« Apesanteur », parce que le gouvernement sous-estime certains dommages à l’économie et surestime certaines performances ; mais aussi parce qu’il survole l’ « enjeu central » pour un budget selon le HCFP : la soutenabilité de la dette – la possibilité de la rembourser - puisque avec un déficit record 152 Mr € et une croissance plus faible, le ratio de la dette explose mécaniquement, et il reste peu de marge pour la résorber. 

Du budget de crise à la crise budgétaire ? 

Si et quand, c’est la question… Le HCFP veut une nouvelle loi de programmation avant le printemps 2021, ce qui serait « un progrès de l’économie politique », espère Jean-Yves Archer.

Mais - même si la croissance reprend - la relance prépare de longues années de rédemption budgétaire. Symbolique : la Sécurité Sociale, en déficit jamais vu de 44 milliarqs d'euros, alors qu’elle atteignait péniblement l’équilibre en début d’année. 

Pendant ce temps il faudra payer la facture globale : la dette qui, à défaut d’être allégée par la croissance et les rentrées fiscales, pourrait l’être par les épargnants affirme François Lenglet dans son dernier livre, c’est-à-dire par la baisse des taux. Pour que l’Etat se refinance moins cher, il faut que l’épargne rémunère moins bien. 

Pour faire une « bombe à retardement » budgétaire comme l’appelle Eric Woerth dans le JDD, il faut deux ingrédients : beaucoup de dette, beaucoup d’incertitude. Ce budget a les deux dans la même boîte, ce n’est peut-être pas le seul.  

XM

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