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Assassinat de Monseigneur Carboy, évêque de Paris, et d'autres prélats, 24 mai 1871, gravure. France, XIXe siècle. Paris, Hôtel Carnavalet, Cabinet Des Arts Graphiques. Photo : De Agostini

On a rejoué aux Communards et aux Versaillais le 29 mai

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Samedi 29 mai 2021 à Paris, une marche en mémoire des religieux assassinés par la Commune à fini en confrontation entre catholiques et d'autres participants venus rendre hommage aux martyrs de la Commune.

Assassinat de Monseigneur Carboy, évêque de Paris, et d'autres prélats, 24 mai 1871, gravure. France, XIXe siècle. Paris, Hôtel Carnavalet, Cabinet Des Arts Graphiques. Photo : De Agostini
Assassinat de Monseigneur Carboy, évêque de Paris, et d'autres prélats, 24 mai 1871, gravure. France, XIXe siècle. Paris, Hôtel Carnavalet, Cabinet Des Arts Graphiques. Photo : De Agostini Crédits : Getty

Le 150e anniversaire de la Commune de Paris continue à faire parler de lui, même après sa fin officielle. Le 29 mai, on commémorait la dernière journée de la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871, et avec elle la fin de la Commune, plus exactement l’écrasement militaire de la Commune par l’armée du gouvernement national installé à Versailles. Comme chaque année à cette date une « montée au mur des fédérés » du Père Lachaise était organisée, à l’endroit où 147 des 6500 communards morts en 1871 avaient été fusillés. Le point final des célébrations était organisé dans l’Est parisien avec une effervescence liée au succès de cet anniversaire : l’expérience de démocratie et d’autogestion de la Commune de Paris intéressait sans conteste celles et ceux, qui interrogent non pas la démocratie mais son organisation aujourd’hui. Le même jour, ce 29 mai, une autre manifestation était organisée par l’évêché de Paris à la mémoire d’une cinquantaine de personnes, prêtres et gardes républicains, abattus en tant qu’otages par la Commune de Paris avec un parcours lui aussi tracé dans l’est parisien entre les deux sites de leur exécution en 1871 : l’ancienne prison de la Roquette dans le 11e arrondissement et la rue Haxo dans le 20e arrondissement. Vous voyez le tableau : les uns n’ont pas manqué de croiser les autres, les manifestants venus célébrer la mémoire de la Commune de Paris et ceux venus la condamner en pleurant leurs martyrs.  

Le cortège à l’initiative de l’évêché a essuyé quelques « A bas la calotte !», et quelques jets d’objets aussi, sur son parcours, les forces de l’ordre sont intervenues sans trop savoir qui manifestait pour et contre, qui était les protestataires dans cette histoire, une confusion qui a mené à nasser les participants d’une lecture devant une librairie par des CRS qui ne savaient toujours pas vraiment pourquoi ils étaient là.  Le diocèse a exprimé son intention de porter plainte. A vrai dire le débat le plus intéressant autour de ce 29 mai qui rejouait la traditionnelle opposition entre Communards et Versaillais se passe surtout du côté des catholiques.  Dans une tribune publiée dans les pages du quotidien La Croix, quinze personnalités catholiques soulignent l’aberration d’avoir organisé une marche des martyrs de la Commune en ignorant la dimension politique du conflit de 1871. Si les Communards et Communardes étaient en général hostiles au clergé, les morts auxquels ont rendait hommage le 29 des deux côtés n’ont pas été tués au nom de leur foi religieuse mais pour des motifs politiques, partisans de la Commune de Paris contre partisans du gouvernement national versaillais. La Commune était un affrontement éminemment politique, non pas contre la république mais qui mettait en cause la nature de la république proclamée en France depuis quelques mois seulement. Sans légitimer les assassinats d’un côté comme de l’autre, loin de là, les signataires de la tribune appellent à remettre l’évènement en perspective et demandent aux organisateurs et à leurs soutiens « de cesser de prendre les catholiques en otage de (leurs) affects et réflexes politiques », fin de citation.  

Rêvons encore un peu plus loin, et imaginons pour les prochains anniversaires de la Commune de Paris que l’évêché prennent part aux commémorations collectives, pour rendre hommage à tous les morts de la Commune de Paris, et pourquoi pas prendre part aux échanges de grande qualité, comme ceux qu’on a pu voir cette année, sur la portée de l’évènement et ce qu’il travaille aujourd’hui encore dans l’imaginaire politique et historique français.  

Liens :

Tribune, « La marche des martyrs, une aberration spirituelle et politique », La Croix, 02/06/2021. 

Anaïs Condomines et Jacques Pezet, Est-il vrai que la police a «nassé» une librairie qui organisait un débat sur la Commune ?, Libération, 31/05/2021. 

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