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Photo non datée de l'avocat algérien Me Ali Boumendjel et de sa femme Malika. HO, Eric Feferberg / AFP

Ali Boumendjel, une reconnaissance d’État mais une histoire déjà bien là

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Emmanuel Macron a reconnu que l’avocat Ali Boumendjel a bien été "torturé et assassiné" par l’armée française pendant la guerre d'Algérie. Un premier pas vers une réconciliation mémorielle sur les conseils de Benjamin Stora qui préconise une politique "des petits pas" "sur des sujets sensibles" ?

Photo non datée de l'avocat algérien Me Ali Boumendjel et de sa femme Malika. HO, Eric Feferberg / AFP
Photo non datée de l'avocat algérien Me Ali Boumendjel et de sa femme Malika. HO, Eric Feferberg / AFP Crédits : AFP

Dans un communiqué, publié le 2 mars, l’Élysée a reconnu que l’avocat Ali Boumendjel avait été « torturé et assassiné » par l’armée française pendant la bataille d’Alger en 1957. Une reconnaissance recommandée par le rapport de l’historien Benjamin Stora.  

Pourtant on le savait déjà. Cette reconnaissance officielle en finit tardivement avec un secret qui n’en était plus un depuis longtemps. Le général Aussaresses avait déjà révélé cette exécution dans ses mémoires en 2000, un témoignage dont la tonalité lui avait valu une condamnation pour apologie de crimes de guerre.  La véracité des détails qu’Aussaresses livrait au lecteur nourrit les doutes légitimes des historiennes et historiens qui travaillent sur la guerre d’Algérie depuis la publication de l’ouvrage.  

Écueils biographiques

En 2015, l’historienne Malika Rahal revenait sur son travail biographique consacré à Ali Boumendjel et à la délicatesse qu’avait exigé cet exercice. Dans son carnet de recherche en ligne Textures du temps, elle nous racontait en 2015, le jour où, cinq ans après la publication de son livre, elle avait enfin retrouvé le bâtiment des parachutistes français dans le quartier d’El-Biar à Alger, d’où Ali Boumendjel avait été précipité en 1957.  

Dans ce texte intitulé « La terrasse », l’historienne racontait ses frustrations, confrontée à l’absence de ceux qui auraient pu lui donner les informations nécessaires pour comprendre Boumendjel et les ressorts de son engagement en tant que militant pour l’indépendance algérienne. Je la cite : « En politique comme entre les mains des parachutistes, dans la clandestinité, des épisodes entiers pouvaient m’échapper. Je risquais de faire passer Boumendjel – d’une phrase – pour un doux humaniste poussé au FLN par les événements de la guerre. D’une phrase aussi, j’avais le pouvoir de le rendre plus révolutionnaire ». Malika Rahal évoque la responsabilité de son travail de biographe qui la questionne : il y a plus de dix ans Boumendjel est considéré comme un personnage secondaire sur lequel peu de chercheurs se pencheront après elle, elle sera donc probablement la seule à produire un récit de cette vie sans autres hypothèses disponibles pour mettre en doute les siennes. On voit apparaitre le risque des interprétations maladroites ou des effets d’écriture qui donneraient un sens définitif à la trajectoire d’un homme.  

Une histoire qui s'écrit depuis 50 ans

Ce carnet de recherche, c’est aussi une histoire des générations qui se sont emparées de cette histoire. Benjamin Stora y apparait déjà en tant que directeur de recherche dans les années 1990, Pierre-Vidal Naquet, aussi, cofondateur du Comité Audin pour la dénonciation de la torture et des crimes français en Algérie, qui lui avait dessiné un plan pour retrouver le bâtiment des parachutistes, sans succès, et Henri Alleg, lui-même détenu et torturé à El-Biar, qui lui avait accordé un entretien précieux sur Boumendjel.  Le texte de Malika Rahal, c’est l’histoire de l’histoire de la guerre d’Algérie, celle des chercheuses et des chercheurs qui ont écrit depuis cinquante ans malgré tous les écueils, les archives classées, les pertes et les oublis de la clandestinité des militants algériens et de leurs alliés, la confusion ou les dissimulations des témoignages et les secrets d’État.  

Des secrets d’État qui tombent lentement aujourd’hui. La mort d’Ali Boumendjel n’est pas une exception, ils sont encore nombreux les cas de morts douteuses ou de disparition au cours de la guerre d’Algérie.  Si Emmanuel Macron a déclaré vouloir prolonger cet exercice de vérité en collaboration avec l’État algérien pour « regarder l’Histoire en face » « pour la réconciliation des mémoires », l’élaboration de l’histoire est toujours en cours et ne s’est jamais arrêtée.  

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