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©La Boîte Noire - Joris Clerté - Doncvoilà Productions/Lardux Films/Origine Films

Animer la Commune de Paris

3 min
À retrouver dans l'émission

Un film d'animation réactive avec brio la mémoire de la Commune de Paris. Loin de disparaître, les idéaux portés par les révolutionnaires parisiens nourrissent encore le débat d’idées sur la République en France. Le cinéma permet d'illustrer cette pertinence.

©La Boîte Noire - Joris Clerté - Doncvoilà Productions/Lardux Films/Origine Films
©La Boîte Noire - Joris Clerté - Doncvoilà Productions/Lardux Films/Origine Films

Alors que l’on s’écharpe au Conseil de Paris sur l’ampleur des célébrations du 150e anniversaire  de la Commune de Paris, que certains célèbrent sans modération, alors que d’autres l’estiment négligeable au regard de l’histoire nationale, difficile de ne pas constater que cette commémoration n’est pas froide et que la mémoire de l’évènement est bien active. 

C’est l’objet du film d’animation de Joris Clerté et Laure Godineau, La boîte noire, diffusé ce soir sur France 3. Un court métrage poétique et cruel mais lumineux sur les spectres de cette révolution balayée qui ne cessent de vouloir sortir du placard. Cette boîte noire c’est le point de départ d’une enquête. Après la mort de son père, Jules Etienne, trouve un projecteur parmi les objets accumulés tout au long de cette vie qui a pris fin. Un projecteur et un film qui font apparaître à l’écran un certain Maxime Lisbonne sur une barricade brandissant un drapeau de la Commune de Paris. 

Nous sommes maintenant dans un cabaret parisien, au nom tout à fait sinistre : « La taverne du bagne », où ce fils endeuillé suit la piste du passé de son père. Le décor est déconcertant. Alors que ce Maxime Lisbonne semble avoir vécu au premier plan la révolution parisienne de 1871, le décor de sa taverne exploite tous les stéréotypes de sa légende noire, des caricatures aux drapeaux rouge-sang, pour le plus grand plaisir des hauts-de-forme qui s’empressent à prendre part à un curieux divertissement : la cérémonie du ferrement ou comment vivre  l’expérience, pour jouer, des Communeux et des communeuses condamnés au bagne.   

Armer le présent des idées du passé

Maxime Lisbonne a inventé à partir de sa propre défaite un spectacle comique pour divertir les bourgeois venus se rappeler la grande victoire du Parti de l’Ordre sur le rêve d’une république sociale. 

Les spectateurs jouent des coudes dans l’espoir d’être pris comme cobaye par Lisbonne qui s’apprête à élire l’un d’entre eux, digne de recevoir ce soir-là le boulet du bagnard à la cheville. Dans le public, Jules Etienne rencontre une galerie de personnages revenus de leur aventure révolutionnaire, quatorze ans plus tôt : une femme amère qui se contente de survivre dans la vie d’après, un serveur à bonnet qui ricane de faire cracher ses anciens ennemis au bassinet de leur alcoolisme mondain, mais c’est Nadar, le photographe qui nous donne la clé de cette "boîte noire" et du passé du père de Jules Etienne. 

Sans vous raconter le dévoilement de la fin, Joris Clerté et Laure Godineau nous rappellent à quel point les idées portées par la Commune frappées d’ostracisme ont continué malgré tout à nourrir le débat d’idées sur la République en France et sur la puissance du cinéma, "une machine à faire danser les morts" et une arme politique. 

La Boîte noire est un film pour faire circuler les idées, pour qu’elles dépassent l’enceinte parisienne et l’ostracisme qui a longtemps frappé le souvenir de la Commune. Alors que même parmi ceux qui l’avaient combattue le souvenir en restait bien vivant. 

La conclusion : la Commune et, peut-être aussi le cinéma, il faut "en faire quelque chose de neuf", c’est le conseil de Nadar. Ne pas remâcher les évènements du passé mais armer le présent de leurs idées.

Liens :

La Boîte noire de Joris Clerté (2020)

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