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Après le départ du Royaume Uni le débat sur la langue commune européenne fait son grand retour

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Le français, langue de la diplomatie jusqu'à son récent détrônement par la langue anglaise, doit-il reprendre sa place dans nos institutions européennes ? Le Brexit relance la question des langues et de leurs représentativités au sein de l'Union.

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Photo d'illustration. Crédits : Getty

Le français doit-il remplacer l’anglais comme langue de communication européenne après le Brexit ? C’est en tout cas la ferme proposition de Camillo Langone traduit dans Courrier international. « Après l’“Euro English”, place au “français d’Europe” ». Avec l’argument historique de l’antériorité : « Le français était la langue des élites et de la diplomatie du XVIIIe siècle, du XIXe et du début du XXe siècle, avant qu’il ne soit relégué au second plan par la victoire militaire anglo-américaine en 1945 » mais aussi l’argument du prestige : notre langue nationale resterait celle des œuvres les plus talentueuses de notre époque. Un hommage peut-être excessif et une francophilie assumée.  

Le Français a eu les faveurs des échanges européens pourtant l’histoire linguistique de l’Europe avant l’Union européenne a suivi des chemins plus complexes que le choix d’une langue unique pour se comprendre. Jürgen Trabant dans la somme collective Europa, notre histoire rappelait récemment que la diversité linguistique s’accordait bien à la citation d’Umberto Ecco : « la langue de l’Europe est la traduction ». Jürgen Trabant retrace la circulation linguistique de la culture commune européenne : si les textes de ce « socle commun », grecs, hébraïques ou arabes, ont d’abord été traduits en latin, ils ont poursuivi leur chemin dans les langues nationales. Contre la tentation d’uniformisation, la richesse de « la pluralité des langues » est un des « grands acquis de la modernité européenne ».   

Tension vers la rencontre de l’autre, la maîtrise des langues étrangères ne se résume pas à un moyen de communication mais englobe une manière de s’approprier le monde pour se comprendre au mieux, un précipité du pari européen.  

Si l’antériorité est un argument dans le choix du français comme langue européenne, pourquoi ne pas reprendre la lingua franca qui, comme son nom ne le dit pas, n’était pas une dégradation du français mais une langue syncrétique rudimentaire, utilisée du Moyen Age au XIXe siècle, une longévité à faire pâlir l’hégémonie de l’anglais. Tant qu’à choisir un nouveau « globish », la lingua franca empruntait à toutes les langues qu’elle côtoyait autour de la Méditerranée : l’italien, l’arabe, le grec, le turc. Une langue commerciale de « première nécessité », considérée comme secondaire mais bien utile, qui n’a jamais fait l’objet d’une politique de supériorité culturelle ou de l’expression d’un prestige culturel lié à sa pratique.  

Malgré le militantisme francophile, le Brexit n'aura sans doute aucun impact sur les langues officielles de l'UE. Pour changer les règles, il faudrait un vote unanime du Conseil européen, il y a d’autres urgences.  

Si « l'anglais est devenu la matrice intellectuelle de la Commission européenne », selon le linguiste Bernard Cerquiglini, imposant ses valeurs et sa culture juridique, c’est une nouvelle relation à cette culture de l’institution européenne qui reste à inventer après ce départ britannique. Pourquoi ne pas garder l’anglais comme butin de cette rupture historique ?  

Liens

  • Camillo Langone, Le français doit devenir la langue de l’Europe post-Brexit, Le Courrier International, 09/01/2021. 
  • Pierre Desorgues, Brexit : le français peut-il redevenir la langue de travail de l'Union européenne ?, TV5 Monde, 11/08/2018. 
  • Collectif, Europa notre histoire, Les Arènes, 2017. 
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