LE DIRECT
GGraffiti à l'entrée du mémorial d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne)

Après les inscriptions négationnistes à Oradour-sur-Glane

4 min
À retrouver dans l'émission

Vendredi 21 août, des inscriptions révisionnistes ont été découvertes sur le centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane.

GGraffiti à l'entrée du mémorial d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne)
GGraffiti à l'entrée du mémorial d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) Crédits : PASCAL LACHENAUD / AFP - AFP

Sur le mur du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, le mot « martyrs » a été rayé à la peinture blanche et le mot « menteur » a été ajouté avec la mention « Reynouard a raison », du nom d’un défenseur notoire des thèses nazies mâtinées du catholicisme le plus réactionnaire. Un homme déjà condamné pour avoir contester la réalité de la Shoah pendant la Deuxième guerre mondiale.

Ce Centre de la mémoire, c’est un bâtiment-musée qui constitue le passage obligé de la visite, un sas pédagogique nécessaire pour préparer les visiteurs à leur confrontation avec ce village décimé, où 642 de ses habitants avaient été abattus et leurs corps brûlés dans les granges et l’église par la division SS « Das Reich », un village fantôme conservé en l’état depuis la Libération.

Philippe Lacroix, le maire d’Oradour-sur-Glane a annoncé le dépôt d’une plainte par la mairie et les descendants des victimes, tandis qu’une enquête a été ouverte au parquet de Limoges 

Cet acte, dont les auteurs restent encore inconnus à ce jour, a immédiatement été condamné par les membres du gouvernement.  

Le Ministre de l'Intérieur a immédiatement réagi, "C'est un crachat sur la mémoire de nos martyrs" a t-il écrit sur Twitter. Le Premier ministre Jean Castex assure lui que tout sera fait pour que les auteurs soient traduits en justice.

Avec cet évènement, le négationnisme se rappelle à nous, c’est navrant, et même désespérant, si l’on considère la bibliothèque infiniment vivante et fournie des recherches sur les violences nazies.   

L’histoire du négationnisme français remonte aux années 1970 avec la médiatisation des thèses de Robert Faurisson, qui utilise la presse et les procès qui lui sont intentés comme tribunes pour faire rayonner ses idées. Au-delà du scandale, le négationnisme a fait évoluer la manière d’écrire, de parler, de filmer, sur le génocide des juifs d’Europe et sur les massacres de la Deuxième guerre mondiale, sans désarmer ni les historiens ni les témoins.  

En 2013, Marcel Dathout, rescapé d’Oradour, racontait cette journée du 10 juin 1944, il avait alors 20 ans : 

Oradour-sur-Glane : "Les copains morts qui me sont tombés dessus m’ont sauvé la vie"

L’émotion est immense sur les réseaux sociaux face à ces tags négationnistes et certains sont tentés de comparer ces dégradations aux déboulonnages de statues intervenus dans l’espace public depuis le printemps. Impossible pourtant de se permettre ce raccourci. S’il s’agit bien de contester la mémoire d’une histoire exposée dans l’espace public, d’un côté nous avons des civils attaqués dans leur quotidien, regroupés et exécutés par une armée, de l’autre des statues inertes d’hommes politiques, de militaires, en responsabilité, avec leur part dans la traite négrière ou l’exploitation des colonies françaises érigées en politique d’Etat.  

Ne nous y trompons pas : les déboulonnages demandent davantage de conscience du passé et de son empreinte dans notre monde contemporain, le négationnisme veut effacer l’histoire.  

Tous les désaccords avec l’histoire telle qu’elle apparait dans l’espace public ne se valent pas. 

Par Anaïs Kien

Pour plus d'informations : 

Valérie Igounet, Le Négationnisme en France, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », no 4178, 2020

Centre de la mémoire à Oradour-sur-Glane

France Info - Dégradations révisionnistes à Oradour-sur-Glane

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......