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 Illustration du livre "What happened then stories" (1918) , Dyer, Ruth O Young, Florence Liley. Source : New York Public Library. (Wikipédia)

Gavés d’icônes, quand nous dégustions les images

3 min
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Manger des images ? Oui, depuis l'Antiquité on trouve des traces de cette pratique aux fonctions thérapeutiques, religieuses, symboliques ou sociales. Le pouvoir de l'image prend ici tout son sens !

 Illustration du livre "What happened then stories" (1918) , Dyer, Ruth O Young, Florence Liley. Source : New York Public Library. (Wikipédia)
Illustration du livre "What happened then stories" (1918) , Dyer, Ruth O Young, Florence Liley. Source : New York Public Library. (Wikipédia)

D’après les chiffres d’audience connues des chaînes de télé et des plateformes, de la vidéo à la demande et des librairies, des images, on en a consommées énormément ces derniers mois, peut-être jusqu’à la nausée. Alors que nous avons été des dévoreurs d’images au sens figuré au cours de ces mois sans extérieur, Jerémie Koering, dans son ouvrage Les iconophages, nous apprend que, par le passé, on mangeait parfois des images au sens propre du terme, on les ingérait, les digérait, pour se les approprier, pour en profiter pleinement, une fringale d’images dans la plus grande intimité de son être. Un rapport un peu différent aux images. 

Manger des images pour s’approprier leur magie

Ingérer des images c’est en profiter avec les dents plutôt qu’avec les yeux. Dans l’Égypte pharaonienne de l’époque ptolémaïque, on mange des images pour s’approprier leur magie. Les peintures corporelles sont léchées, difficile de comprendre aujourd’hui avec précision ce qu’on attendait alors de ce rituel, s’il s’agissait de la main d’un mort ou d’un vivant, dans ce cas-là l’image est mise en mouvement par le corps où elle se trouve, l’image devient vivante et d’autant plus puissante. Plus tard dans le monde chrétien ce sont les saints que l’on dévore. Les pèlerins établissent un lien entre le terrestre et le céleste en consommant des jetons de Saint Siméon rapportés de Syrie entre les VIe et VIIIe siècle. Ils sont ronds et gravés, fabriqués à partir d’un ingrédient unique : la terre du monastère réputée pour avoir été foulée par le saint lui-même. Ils sont surtout considérés comme guérisseurs. On les ingère dissous dans l’eau pour profiter de leurs bienfaits supposés. L’image soigne, en tout cas on y croit durablement puisqu’au XVe siècle, on consomme des figures saintes sous la forme de petites estampes à l’effigie de Marie, pour la fertilité, ou encore de Bruno, qui éloigne la peste. Les images réparent mais elles tiennent aussi à distance les coups du sort et les fléaux du temps.

Manger des images pour s’impliquer dans une communauté

 Probablement plus agréable, on produit aussi des images vraiment comestibles : en Italie, du XVe au XVIIIe siècle, on cuisine des gaufres porteuses de blasons, de symboles familiaux, la pratique est prestigieuse, une version profane de l’ostie chrétienne, que l’on consomme lors de grandes occasions comme lors d’un mariage. Chaque famille désormais liée est représentée sur une face du gâteau, pour célébrer non pas l’union de deux individus mais de leurs lignées, une union qui se tisse par le ventre de toutes les forces en présence. On mange des images pour s’impliquer dans une communauté. Encore récemment l’ingestion d’images a pu servir à consolider des communautés politiques aussi, de manière symbolique. En 1971, le collectif Haus-Rucker and Co met en œuvre son projet Food City I à Minneapolis pour attirer l’attention sur la dégradation de la ville et la nécessité d’y remédier dans une campagne citoyenne. Les habitants sont invités à prendre part à cette reconstruction lors d’un banquet un peu particulier : des architectures comestibles faites de pain, de beurre, de concombre et de jambon leur sont proposées à la dégustation dans une communion citoyenne d’intérêt pour les affaires publiques de leur ville. La citoyenneté se vit collectivement et par le ventre, encore une fois.  

Jérémie Koening, Iconophages, Actes sud, 2021. 

JEP 2018 | Conférence de Jérémie Koering - Images mangées :

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