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Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu pendant l'épidémie de choléra en 1832. Alfred Johannot. 1932. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Heureusement le monde a bien changé !

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Le choléra quitte le delta du Gange en 1817, traverse l’Asie, passe par la Russie et l’Europe centrale, gagne l’Allemagne et l’Angleterre et arrive à Paris en mars 1832. Il répand la terreur, marque les esprits et de son pas tranquille et meurtrier, il reviendra souvent hanter le XIXe siècle.

Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu pendant l'épidémie de choléra en 1832. Alfred Johannot. 1932. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.
Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu pendant l'épidémie de choléra en 1832. Alfred Johannot. 1932. Musée Carnavalet, Histoire de Paris. Crédits : Getty

Un contexte social conflictuel, des partis déboussolés par un gouvernement qui affirme vouloir dépasser les clivages politiques traditionnels et une épidémie qui s’invite, pour achever d’ébranler les certitudes d’un ancien monde qui cherche, sans la trouver, une nouvelle voie. Nous ne sommes pas en 2020, nous sommes en 1832. Nicolas Delalande signe dans l’Histoire mondiale de la France une notice qui pourrait nous rattraper par le col pas si poussiéreux de l’histoire.  

Une visite aux malades qui sera fatale à Casimir Perier

Au matin du 16 mai 1832, on annonce la mort de Casimir Perrier, chef du gouvernement du régime en place, la monarchie de Juillet, une monarchie parlementaire issue de la révolution de 1830. Le roi Louis Philippe ne règne pas sur une nation sereine, loin de là. Les Républicains sont frustrés par le maintien de la monarchie, les dynasties royales concurrentes complotent de leur côté tandis que la révolte sociale gronde à Lyon par la voix des Canuts qui revendiquent une rétribution à la hauteur de leur travail. Les espoirs étaient pourtant grands mais deux ans après le nouveau régime ne contente pas grand monde. Et pour achever ce sinistre tableau, en mars « un mal asiatique » fait son apparition et frappe la capitale. 100 000 personnes en meurent en quelques semaines, une mort foudroyante avec les caractéristiques séduisantes d’une super gastroentérite. C’est pour faire la preuve de son empathie face aux tourments d’un peuple qui a déjà peu d’affection pour lui que Louis Philippe envoie le prince-son-fils et Casimir Perier, visiter quelques malades à l’Hôtel Dieu dans une opération de représentation publique du pouvoir au chevet de la nation affaiblie. Une opération caritative fatale à Casimir, malgré les médecins réputés qui s’affairent autour de son cas. Le choléra, puisqu’il s’agit bien de ça, est contagieux, et ne fait pas de distinction de classe parmi ses victimes.  

Le choléra ignore les frontières

Cette maladie toute neuve avait bien touché l’Inde et Java, en y causant des ravages, mais si lointains que l’on s’était contenté de renforcer les contrôles sanitaires avant de passer à autre chose. C’était avant de constater que le virus ne s’embarrassait pas des frontières politiques ou naturelles si l’on en croyait son parcours et sa présence bientôt signalée aux États-Unis. Si le cholera tuait, il aggravait aussi les tensions politiques dont les ressemblances frappantes démontraient l’avènement d’un monde connecté et des États aux fragilités contagieuses. Une « interdépendance politique et biologique » dont les foyers révolutionnaires étaient les symptômes aussi bien en France qu’en Belgique, en Italie ou en Grèce. 

Le fléau était bien plus grave qu’une maladie tueuse de pauvres, le choléra et sa cousine « la question sociale » ne pouvaient plus être ignorés, semblait-il. Les miasmes de virus apparaissaient dans une analogie monstrueuse avec l’épidémie révolutionnaire du temps et détourner le regard n’était plus la solution habituellement si pratique.   

Le choléra a fait son apparition encore cinq fois jusqu’au début du XXe siècle s’installant confortablement au cœur du moteur « des tensions sociales, des affrontements scientifiques et des stratégies internationales ».  

Un monde d’avant qui n’a vraiment rien à voir avec le nôtre.

Collectif, Histoire mondiale de la France, Seuil, 2017. 

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