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Couverture du catalogue de l'exposition The Family of Man (Wikipédia)

Histoires de l’humanité, une affaire politique

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Est-il possible d'écrire une Histoire de l’humanité ? Plusieurs ouvrages ou événements, comme l’exposition The Family of Man en 1955, ont tenté l'expérience... Une expérience largement critiquée.

Couverture du catalogue de l'exposition The Family of Man (Wikipédia)
Couverture du catalogue de l'exposition The Family of Man (Wikipédia) Crédits : Dinales/CC BY-SA 3.0

L’histoire de l’humanité est devenue une tendance. Dans le souffle du succès planétaire de Sapiens: une brève histoire de l'humanité, le best-seller de Yuval Noah Harari, ils sont nombreux à donner leur version d’une histoire de l’humanité au service d’une action possible sur l’état du monde, parmi lesquels Fabian Scheidler avec La fin de la mégamachine et Rutger Bregman avec Humanité, une histoire optimiste. Mais de quelle humanité est-il question ? Pas facile d’échapper à sa propre expérience pour celui qui nomme cette humanité et c’est une humanité qui bien souvent lui ressemble un peu trop, un air de famille qui repli la totalité de la vie humaine sur une culture, à un moment et à un endroit donné de son histoire. Une tentative en images éreintée par la critique s’est proposé de parcourir l’humanité à partir de 1955, avec l’exposition The Family of Man.

L’exposition The Family of Man est créée au Musée d’art moderne de New York en 1955 avant de faire le tour du monde. Son commissaire Edward Steichen y propose un parcours à travers l’humanité en plus de 500 photographies de professionnels ou d’amateurs. Un récit en images de l’expérience de la vie, de la naissance à la mort, et une exposition américaine devenue patrimoine mondiale par son inscription au “Registre de la Mémoire du Monde” de l’UNESCO. Cette postérité planétaire inédite d’une exposition de photographie a laissé quelques compte-rendus indignés sur son passage avec peut-être le plus célèbre d’entre eux, celui de Roland Barthes publié en 1957 parmi ses Mythologies. On y trouve une critique acerbe de ce discours sur la nature humaine.  

Roland Barthes y souligne l’asphyxie provoquée par une description unifiante de l’expérience humaine établie en solution pour célébrer l’humanité, mission délicate au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. C’est la naturalisation outrancière du discours que malmène Barthes avant tout : un universalisme de l’humain, imprégné de christianisme, qui nie l’évolution, réduit son histoire à une part négligeable, et met en avant une nature commune à tous les peuples, qui retient le visiteur « à la surface d’une identité » au profit d’ « une matrice commune», scandée en séquences inamovibles : on vit, on meurt et on travaille.

Barthes s’indigne de la représentation esthétisante du geste laborieux en proposant dans une parenthèse perfide de comparer les motivations, les fins et les profits de l’ouvrier colonial et de l’ouvrier occidental. Nous sommes en 1957, les empires coloniaux vacillent mais régissent encore une large partie du globe. Le critique malmène la manière dont l’exposition relativise la diversité de l’expérience humaine, un universalisme qui intime au silence n’est pas une solution pour faire un récit de l’humanité, bien au contraire, et il appelle à rendre le langage qui la définit à cette humanité en images. C’est en regardant comment l’homme, et la femme, questionnent cette nature et la transforment que l’histoire commence, dès la naissance et jusqu’au combat contre une mort inéluctable mais sans cesse négociée, une négociation caractéristique de l’humain. 

Barthes appelle à rétablir le pouvoir de transformation de l’humanité sur elle-même, contre le fil narratif photographique de The Family of Man qui désarme l’humanité qu’elle prétendait célébrer en l’enfermant dans une stabilité prétendument porteuse d'un message de sagesse.

Armer l’humanité contre elle-même, c’est ce que propose les histoires contemporaines de l’humanité dans le sillage de Barthes pour interroger l’histoire de ces piliers de civilisation qui semblent indéboulonnables : le capitalisme, les hiérarchies sociales, l’oubli de notre relation perpétuelle à la nature non-humaine, un bouleversement moral qui s’inscrit lui aussi dans l’histoire, une histoire plus ouvertement politique et critique que ne l’était The Family of Man

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