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 Soeur Tina Bernal, religieuse catholique et ancienne ballerine, le 8 mai 1968

La Belle époque d’Eugénie

4 min
À retrouver dans l'émission

Il sera ici question d’une inconnue des archives qui déchaîne les passions. Cette jeune femme de la Belle Epoque a fait l’objet en quelques années d’un livre, d’un film d’animation, d’une BD et même d’un documentaire sur France Culture ! Son nom : Eugénie Guillou.

 Soeur Tina Bernal, religieuse catholique et ancienne ballerine, le 8 mai 1968
Soeur Tina Bernal, religieuse catholique et ancienne ballerine, le 8 mai 1968 Crédits : Photo : Keystone/Hulton Archiv - Getty

Pourquoi cette femme anonyme de la Belle Epoque fascine-t-elle autant ? D’abord, parce qu’Eugénie est sulfureuse. Commençons par le début avec Manon Bril, auteure d’un court film d’animation sur notre héroïne sur sa chaîne Youtube, C’est une autre Histoire. Il était une fois une jeune fille instruite et bien née : Eugénie Guillou, née à Paris en 1861.

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- Sa famille est ruinée, elle ne peut pas avoir de dot et espérer épouser un mari à la hauteur de ses ambitions.   
- Mais comment on sait tout ça ?   
- Grâce aux archives de la police mais aussi aux lettres qu'elle a laissées. Donc Eugénie, qui ne veut pas d'un mari moyen, décide de se tourner vers "la grandeur de la vie spirituelle" et entre au couvent.

Eugénie déchante bien vite... Les raisons restent floues mais après une dizaine d’années de noviciat, elle est brutalement congédiée et se retrouve à 30 ans - c’est à dire vieille fille - sans situation et sans argent. Son seul trésor : l’habit de nonne qu’elle va mettre à profit dans les maisons de rendez-vous parisiennes, une variante un peu plus chic des maisons closes, en proposant des séances de flagellation en costume.

De la fessée...

Ensuite, on aime Eugénie parce qu’on la connaît ! Le premier à avoir débusqué son dossier aux archives de la police, Daniel Grojnovski, a eu le bon goût de publier ses correspondances avec la police. Elle y répond aux accusations de ses rivales sur le marché parisien, en dénonce certaines pour leurs mauvaises pratiques et devient bientôt un des indics privilégiés de la Brigade des mœurs. Dans ce dossier on trouve aussi tous ses alias, les petites annonces qu’elle publiait dans la presse pour se faire connaître en tant que spécialiste ès fessées, et une carte de visite :

Madame Lucie Raymond, élégant pied à terre, appartement meublé, chambre au mois et à la journée. Visible de 2 heures à 7 heures, semaine, dimanche et fêtes. English spoken. 54 rue de la Victoire, 2ème étage, maison bourgeoise. Au dos de la carte : Une chambre bien garnie sera mise à titre gracieux à la disposition de M. Lépine toutes les fois que la chose lui sera agréable.

Enfin, pour Christophe Dabitch et Jorge Gonzalez, auteur du roman graphique Mécaniques du fouet. Vies de Saintes Eugénie (Futuropolis), c’est le mystère d’Eugénie qui nous lie à son histoire. Elle se réinvente toujours avec le souci de bien faire. Après son déclassement social, après sa vocation contrariée dans les ordres, elle devient fille de joie, puis proxénète, et tente même de se faire enrôlée officiellement en tant qu’informatrice par les forces de l’ordre. Sa candidature n’aboutit pas mais Eugénie a plus d’un tour dans son sac et semble s’être mariée à 50 ans à un jeune soldat écossais de 25 ans, blessé pendant la Première Guerre mondiale. Dabitch et Gonzalez tentent d’entrevoir une vérité d’Eugénie, jusqu’à l’obsession, mais sans jamais parvenir à la saisir. 

à la résilience...

Eugénie Guillou est étonnante de résilience : humiliée à plusieurs reprises, elle ne semble pourtant jamais éprouver de honte et défend même une certaine morale dans l’organisation de ses différentes entreprises, comme en témoigne le règlement intérieur de son éphémère maison close : "Les dames ont la permission de donner leur adresse aux visiteurs et de les recevoir chez elles sans que la directrice puisse s’en formalisée ou réclamer la moindre commission à ce sujet. Le soleil luit pour tout le monde, chacun a le droit d’en profiter." Soucieuse d’être reconnue quelle que soit sa place dans la société, je suis certaine que cette notoriété posthume lui aurait apporter une belle satisfaction. 

Sons diffusés : 

  • Extrait de la web série C'est une autre histoire de Manon Bril – YouTube
  • Extrait du documentaire La belle époque d’Engénie, d’Anais Kien diffusé dans « la fabrique de l’histoire » le 03/07/2018 – France Culture
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