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Le 24 avril dernier, à Los Angeles, des arméniens se sont félicités de la reconnaissance du génocide par Joe Biden.

La lente reconnaissance du génocide arménien

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Dans une déclaration solennelle, pour la première fois, le président des États-Unis a qualifié de "génocide" les massacres des populations arméniennes par les Ottomans entre 1915 et 1923. En reconnaissant le "Medz Yeghern", "grand crime" en arménien, Joe Biden accentue la pression sur l’État turc.

Le 24 avril dernier, à Los Angeles, des arméniens se sont félicités de la reconnaissance du génocide par Joe Biden.
Le 24 avril dernier, à Los Angeles, des arméniens se sont félicités de la reconnaissance du génocide par Joe Biden. Crédits : MARIO TAMA/GETTY IMAGES - AFP

Joe Biden a reconnu le génocide des Arméniens perpétré entre 1915 et 1923. 

Une déclaration annoncée et attendue qui rompt avec une tradition politique : invariablement les candidats à la présidence des États-Unis promettaient cette reconnaissance, ou au moins d’en faire avancer la cause, pendant les campagnes électorales pour ensuite abandonner l’idée au profit des relations diplomatiques avec la Turquie. À une exception près : Ronald Reagan est le seul président à avoir utilisé le terme «  génocide » dans un discours en 1981, sans pour autant officialiser cette position. 

Dernièrement le dossier avait malgré tout avancé, le Congrès avait reconnu le génocide en 2019 alors que le président Trump s’était refusé à utiliser ce terme au cours de son mandat.

Si aujourd’hui plus d’une trentaine de pays ont reconnu ce génocide, parmi lesquels la France en 2001, l’État turc actuel qui inscrit avec application l’empire Ottoman dans sa généalogie nationale, refuse toujours l’utilisation de cette qualification et évoque des massacres réciproques dans les deux camps liés à la guerre civile sur fond de  Première guerre mondiale. 

Pourtant l’inventeur du terme même de génocide en 1943, Raphaël Lemkin, juriste américain d’origine biélorusse, avait fondé sa réflexion sur trois cas : le génocide des juifs par les Nazis, le génocide des Ukrainiens en Union soviétique et le génocide des Arméniens par les Turcs. 

"On doit mettre fin à leur existence"

Un évènement l’avait interpellé sur le cas particulier des Arméniens : le procès de Soghomon Tehlirian à Berlin en 1921 pour l’assassinat de Talaat Pacha, ancien ministre de l’intérieur turc. Un procès qui s’était achevé de manière inattendue par l’acquittement de l’accusé et la démonstration des crimes de la victime. Talaat Pacha est d’ailleurs toujours central dans les enquêtes des  historiennes et des historiens sur le génocide arménien. Ce sont ses télégrammes qui ont achevé de démontrer l’ordre direct d’extermination des Arméniens de l’empire ottoman, des archives retrouvées et publiées par Taner Akçam dans son ouvrage Ordres de tuer, publié en France en 2020

On peut y lire dans un message du 29 septembre 1915 au gouverneur général d’Alep : "Il a déjà été annoncé que le gouvernement […] a décidé d’annihiler tous les Arméniens vivant en Turquie. […] On doit mettre fin à leur existence, sans prêter une attention particulière à la femme et à l’enfant et à l’impotent, sans se préoccuper du tragique des méthodes d’élimination et sans écouter sa conscience".  

Le "Medz Yeghern", "grand crime" en arménien, reste un dossier lourd de conséquences pour l’État turc actuel, qui a protesté contre l’initiative de Joe Biden : devoir réviser son roman national en y incluant ce génocide inaugural de la nation turque contemporaine et s’affronter à la question des dédommagements et des demandes de  réparations pour l’assassinat d’un million et demi d’Arméniens et d’Arméniennes, il y a aujourd’hui plus d’un siècle. Un crime dont le gouvernement turc n’est pas coupable mais qui s’inscrit indéniablement dans son héritage historique.  

Liens :

Taner Akçam, Ordres de tuer. Arménie 1915, CNRS Éditions (2020).

"Joe Biden reconnaît le génocide arménien, une première pour un président américain" par Arnaud Leparmentier, Le Monde, 24/04/2021.

"Génocide arménien : une si lente reconnaissance" par Leila Marchand, Le Monde, 13/04/2015.

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