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 Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la "Ovaherero Genocide Foundation" en Namibie, et des membres de la délégation namibienne posent le 27 août 2018 devant le ministère de la Justice de Berlin

La Namibie, histoire d’une colonie allemande

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Dans le Journal de l’histoire ce matin, un documentaire qui revient sur une histoire oubliée, celle de l’empire colonial allemand.

 Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la "Ovaherero Genocide Foundation" en Namibie, et des membres de la délégation namibienne posent le 27 août 2018 devant le ministère de la Justice de Berlin
Esther Utjiua Muinjangue, présidente de la "Ovaherero Genocide Foundation" en Namibie, et des membres de la délégation namibienne posent le 27 août 2018 devant le ministère de la Justice de Berlin Crédits : Kay Nietfeld - AFP

Si l’on cite abondamment pour leur histoire coloniale la France et la Grande-Bretagne, les deux anciens grands empires coloniaux encore aux prises avec les suites de cette histoire, on oublie souvent d'évoquer l’Allemagne, privée de ses colonies après sa défaite lors de la Première guerre mondiale. 

1884-1915 : une colonisation courte mais violente

Pas facile de revendiquer son histoire coloniale quand ses voisins sont régulièrement sommés de s’en expliquer, de s’en excuser, de faire leur examen de conscience, de réparer, ou tout simplement d’avoir la politesse d’en tenir compte dans leurs politiques contemporaines. L’Allemagne a été une puissance coloniale et son empire s’étendait de l’Afrique au Pacifique en passant par la Chine. Le documentaire de Christel Fomm, La Namibie, histoire d’une colonie allemande nous plonge dans cette histoire courte, de 1884 à 1915, qui atteint pourtant un paroxysme de violence contre les Herreros, considéré comme le premier génocide du XXe siècle. Jouant sur les rivalités tribales entre Manas et Herreros, l’appétit des colons allemands se trouve bientôt face aux Namibiens coalisés et l’Allemagne impériale organisent la destruction systématique des Herreros qui représentent alors 40% de la population, une guerre coloniale qui devient une guerre raciale en 1904.

... et qui a laissé des traces

Les premiers missionnaires arrivent en Namibie dans les années 1830, bientôt suivis par les colons allemands, mais c’est la conférence de Berlin de 1884 qui fait de l’Allemagne une puissance coloniale et partage l’Afrique - et ses ressources - entre les états d’Europe occidentale. Après la perte de la Namibie en 1915, les colons allemands choisissent de rester sur place, 25 000 Namibiens sont aujourd’hui d’origine allemande.  Au cours de la guerre coloniale, 80% des Herreros sont massacrés ou mortellement affamés. Les Herreros, qui représentaient 40% de la population du pays à la fin du XIXe siècle, ne représentent plus que 8% du peuple namibien aujourd’hui. "Un effacement réussi" selon les mots de l’historien Joël Kotek et une reconnaissance qui tarde du fait de la part minoritaire des Herreros en Namibie, mais aussi parce qu’une fois soustrait à l’autorité allemande, le pays est dirigé par l’Afrique du Sud et par conséquent soumis au régime de l’apartheid jusqu’en 1990. 

Les traces de la colonisation allemande sont toujours visibles à travers le patrimoine architectural et le site de l’île aux requins où l’armée impériale avait construit un camp de concentration destiné aux sujets récalcitrants, ou encore à Swakopmund, petite station balnéaire de la côte, où trône encore, en bonne place, un monument aux morts en hommage aux soldats allemands tombés au cours de la guerre coloniale. 

En 2015, devant son Parlement, l’Allemagne fédérale a reconnu les exactions commises mais pas le génocide des Herreros. Les descendants des victimes réclament toujours des réparations qui n’ont pas été accordées à ce jour. 

par Anaïs Kien

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