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 Vue générale extérieure du siège de la banque LGT et du château du Liechtenstein, vue le 16 février 2008 à Vaduz, au Liechtenstein.

La Treuhand ou la réunification économique de l’Allemagne

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Nous sommes aujourd'hui dans un des grands centres commerciaux de Berlin, Anaïs Kien en profite pour nous parler de l’effacement d’une autre dimension de la RDA, celle de son économie.

 Vue générale extérieure du siège de la banque LGT et du château du Liechtenstein, vue le 16 février 2008 à Vaduz, au Liechtenstein.
Vue générale extérieure du siège de la banque LGT et du château du Liechtenstein, vue le 16 février 2008 à Vaduz, au Liechtenstein. Crédits : Johannes Simon - Getty

Après la chute du Mur, la plupart des Allemands de l’Est trépignent à l’idée de profiter des avantages, réels et fantasmés, de l’économie de marché. D’ailleurs, le vote de mars 1990 est sans appel : la réunification des deux Allemagne doit être rapide. 

Le dernier gouvernement socialiste crée la Treuhand, une société publique, pour, dans un premier temps, sauver le patrimoine est-allemand. Il s’agit d’assainir les entreprises pour leur permettre d’affronter les nouveaux marchés. On parle déjà de privatisation mais le premier programme de la Treuhand prétend sauver au moins en partie les entreprises et les industries. La Réunification est effective le 3 octobre 1990 et c’est Detlev Rohwedder, figure politique mais également homme d’affaires, qui est nommé à la tête de la Treuhand... pour défendre cet équilibre entre assainissement et privatisation.

Mais les choses ne se passent pas toujours comme on l’espère. Malgré l’enthousiasme des premiers temps, on ferme des usines, on liquide certaines entreprises, et les Allemands de l’Est découvrent le chômage. Les protestations se multiplient, on manifeste, la déception est immense. Mais les habitants de l’ex-RDA eux-mêmes n’achètent plus les produits est-allemands. La parenthèse enchantée des premiers mois a fait long feu. Et pour parfaire ce tableau cauchemardesque, Detlev Rohwedder, qui tenait à une transition douce, est assassiné chez lui, en 1991, par la Fraction Armée Rouge qui l’accuse de liquider la RDA. Evidemment, les candidats à sa succession ne se bousculent pas : subir le mécontentement social et risquer sa vie, on comprend leur hésitation ! 

Anaïs Kien et Xavier Mauduit, durant le Journal de l'histoire,  le 30 août 2019, à Berlin
Anaïs Kien et Xavier Mauduit, durant le Journal de l'histoire, le 30 août 2019, à Berlin Crédits : Marion Dupont - Radio France

Mais on ne va pas arrêter cette réunification économique pour autant. C’est Birgit Breuel, première femme a avoir été Ministre de l’Economie en Allemagne,  qui accepte de reprendre la direction de la Treuhand. Farouche partisane d’une méthode rapide, elle devient rapidement l’Ennemi public Numéro Un. A partir de ce moment-là, près de 13 000 entreprises de RDA sont vendues en à peine trois ans. 

Ce sont des firmes étrangères qui achètent ces entreprises - des groupes français notamment - mais également des firmes d’Allemagne de l’Ouest qui trouvent là un moyen de se débarrasser de potentiels concurrents. On rachète et on démantèle pour s’assurer de garder la meilleure part du marché. Des régions entières de l'ex-RDA perdent leurs industries et leurs emplois et les industriels de l’ancienne république socialiste ne parviennent que très rarement à reprendre leurs usines ou leurs entreprises. 

On comprend comment la Treuhand a pu devenir le symbole du traumatisme de la Réunification pour de nombreux Est-Allemands même si la société publique a agi au nom du gouvernement. 

Terrrrible Treuhand qui disparaît pourtant bien vite : elle est démantelée en 1994, une fois sa mission accomplie. La Treuhand reste un objet de mémoire, mais de la mémoire sombre de la Réunification, bientôt vécue comme une absorption sans ménagement des Länder d’Allemagne de l’Est, puisque liquider leurs outils de travail achevait de dévaloriser leur histoire en en effaçant les traces. C’est d’ailleurs dans ces zones désertifiées - le Brandebourg ou la Saxe - que l’extrême-droite fait aujourd’hui d’excellents scores auprès de ceux qui se perçoivent comme des citoyens de second rang.  

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