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Dans une usine de globe terrestre, Illinois.

L'américanisation n’a pas eu lieu, pour en finir avec une obsession historique

3 min
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L'Amérique est devenue un modèle mondialisé. Partout le monde est marqué de son empreinte. Mais cette diffusion à grande échelle de la culture et des valeurs américaines a-t-elle toujours existé et a-t-elle vocation à perdurer ?

Dans une usine de globe terrestre, Illinois.
Dans une usine de globe terrestre, Illinois. Crédits : Andy Sacks - Getty

Quoi qu’on en dise, les présidentielles américaines nous intéressent. On se lasse parfois des sautes d’humeur du candidat en poste sur les réseaux sociaux, on s’indigne de la rupture de ton qu’a imposer le style Trump depuis quatre ans, mais voilà on attend les résultats du vote du 3 novembre avec fébrilité, notre regard porté de l’autre côté de l’Atlantique, même si cette attention indomptable nous agace parfois. Ludovic Tournès consacre un livre à ce phénomène de l’américanisation de notre attention et de bien d’autres choses : du sport, aux modes en passant par la culture matérielle et les idées politiques. Comment les États-Unis nés au XVIIIe siècle ont-ils pris une telle importance à l’échelle de la planète ? Ce rayonnement, c’est avant tout le fruit d’une ambition affichée, avec les moyens de le faire et la volonté de modeler le monde selon le projet américain. Mais Ludovic Tournès, dans son ouvrage Américanisation, une histoire mondiale, va bien au-delà en envisageant cette posture comme un projet visant à construire une nation aux dimensions de la planète, de grandes ambitions et leur échec actuel. 

La démocratisation a déserté la pratique et les discours de politiques étrangères états-uniennes

L’histoire américaine connait autant de soubresauts qu’ailleurs et n’est pas porteuse d’une modèle historique immuable et prêt à l’usage. Si entre 1917 et la chute du Mur de Berlin, les États-Unis « ont identifié leur destin national et celui du monde entier, en affirmant que la mondialisation de la démocratie constituait leur mission historique », Ludovic Tournès identifie une séquence historique désormais achevée. La démocratisation a déserté la pratique et les discours de politiques étrangères états-uniennes depuis non pas l’élection de Donald Trump mais depuis le mandat de Barack Obama, un processus de désengagement des affaires du monde amorcé sous la présidence de Bill Clinton. 

L’abandon de la « destinée manifeste »

Cette posture solitaire, le désinvestissement au sein des grandes institutions et l’abandon des grands traités, ne démontrerait pas l’affaiblissement américain mais le déclin de la volonté originelle « d’englober le destin du monde dans le sien propre », une volonté affirmée dans l’expression de « destinée manifeste » apparue au milieu du XIXe siècle pour nommer une mission d’expansion de son modèle de civilisation à l’échelle du monde. L’abandon de la « destinée manifeste » : un processus discret enclenché depuis la fin de la guerre froide, masqué par l’effondrement du modèle soviétique et l’apparente victoire du modèle américain. On ne s’en était pas aperçu mais c’est un fait : l’américanisation du monde n’a donc pas eu lieu, aussi parce qu’elle n’a plus la volonté d’être.  

Ludovic Tournès, Américanisation, Une histoire mondiale XVIIIe-XXIe siècles, Fayard, 2020. 

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