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Visuel extrait de "Sengo Tome 1 - Retrouvailles" de Sansuke Yamada

L’après-guerre japonais en manga : "Sengo" de Sansuke Yamada

3 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin dans le Journal de l’Histoire, un manga et la Deuxième Guerre mondiale au Japon

Visuel extrait de "Sengo Tome 1 - Retrouvailles" de Sansuke Yamada
Visuel extrait de "Sengo Tome 1 - Retrouvailles" de Sansuke Yamada Crédits : Casterman

Sengo de Sansuke Yamada commence comme un grand classique qui s’apprête à dérouler les aventures tragi-comiques de deux soldats démobilisés en quête d’idées pour se reconstruire. Kadomatsu et Toku se retrouvent dans un Tokyo en ruines après la défaite japonaise face aux Alliés, et le discours de reddition de l’empereur Hiro Ito qui a mis fin aux rêves de grandeur. Les deux ex-compagnons de guerre s’adonnent à quelques classiques du genre, entre bitures plus ou moins poétiques et bagarres, autour d’une baraque à soupe où viennent deviser les travailleurs du quartier. 

L'immédiat après-guerre dans un Tokyo en ruines

Au lendemain d'une guerre perdue, chacun se débrouille avec ses deuils, la culpabilité d’avoir mené des hommes au combat et à leur mort, ou l’incertitude de l’avenir - quand la seule activité immédiatement disponible se résume à la survie, au coup de poing et à l’épuisement. Mais dans le contexte japonais, Les lendemains d’une guerre perdue, c’est aussi revoir le modèle social et le projet de société obsolète qui promettaient à ses hommes une gloire immémoriale à la seule condition de mourir pour leur patrie. Toku, l’officier alcoolique, ne sort pas de sa sidération d’avoir nourri le projet d'avoir pour seul destin une mort flamboyante, tandis que Kadomatsu, le gaillard sans famille ni fortune, ne cherche qu’à retrouver l’affection d’une famille de circonstances, sans jamais avoir eu la sensation d’un avenir confiant. 

Mais les deux premiers tomes de Sengo rompent avec le genre manga : les femmes aussi sont vétéranes, celles qui ont perdu leur famille, ou celles qui ont été contraintes à la prostitution dans les centres de "réconfort" mis en place par le gouvernement pour l’armée d’occupation américaine. 

Blessures de guerre

"Sengo" raconte les marques de la violence sur tous les corps. Ceux qui ont décidé d’en garder la marque à jamais, comme cette prostituée qui choisit de se faire tatouer après son premier viol, ou ses hommes hantés par leurs blessures, leur propre violence en caserne ou au combat. Cette solidarité de survie - entre le récit de la guerre qu’on se remémore dans cet après-guerre crasseux et le quotidien d’un champ de ruines social et politique - fait le récit de ceux qui n’y croient plus et pourtant. Dans un quotidien marqué par la recherche de subsistance, le marché noir et les combines lamentables, un quotidien qui se résume à la quête d’une boîte de conserve. Un graal symbolique qui, malgré sa banalité, apporte l’amour ou la mort. Un univers où le propriétaire de la baraque à soupe offre des pêches au sirop et des cahiers d’écolier pour faire la cour, et où une conserve piégée peut tuer un enfant qui vient de redécouvrir le plaisir d’écouter de la musique. 

par Anaïs Kien 

Pour plus d'informations : Les deux premiers tomes de Sengo de Sansuke Yamada sont édités chez Casterman

Sons diffusés : 

  • Discours officiel : Abdication de l’empereur Hiroito, source inconnue, 1945
  • Bande originale du film Shoplifters par Haruomi Hosono 
  • Extrait du film Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
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