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Statue d'Hans Egede, Nuuk, Groenland. (Wikipédia)

Le casse tête de l'après déboulonnage

4 min
À retrouver dans l'émission

Mémoire controversée de nos espaces publiques, la tendance est à leur déboulonnage. Mais que faire de toutes ces statues déchues ? Chacun y va de sa propre lecture de l'histoire coloniale et les avis divergent.

Statue d'Hans Egede, Nuuk, Groenland. (Wikipédia)
Statue d'Hans Egede, Nuuk, Groenland. (Wikipédia) Crédits : David Stanley

L’épidémie de déboulonnages de statues controversées a touché le Groenland aussi. Le débat a fait rage dans la ville de Nuuk, autour de Hans Egede, considéré comme le père de la colonisation danoise du Groenland au XVIIIe siècle, dont l’effigie a finalement été sauvée par un vote numérique après une bataille intergénérationnelle. Elles sont pourtant nombreuses à avoir disparu de leur socle depuis le printemps, ces statues d’hommes jusqu’ici illustres, aussi bien aux États-Unis que dans les anciennes métropoles coloniales.  

Mais que faire de toutes ces statues déchues, ces reliques d’un passé répudié ? Certains proposent de les accompagner d’un cartel mentionnant la complexité de leur histoire, un cartel qui ne sera jamais aussi grand que le monument qu’il commente, d’autres proposent plutôt de les rétablir à leur emplacement et d'en édifier d'autres, en lien avec les célébrations désirables aujourd’hui, avec la perspective de nous retrouver dans une forêt de statues, une bataille de mémoires de granite, de marbre et de calcaire dans l’espace public. On pourrait imaginer d'ailleurs changer nos adresses, je n'habite plus au 57, rue des Acacias mais entre Colbert et Frantz Fanon juste derrière Churchill et Gandhi. Autrement dit, une transposition in situ de notre intersectionnalité historique.

William Dalrymple, historien écossais, a émis l'idée, relayée dans Courrier international, de créer un musée du colonialisme destiné à sensibiliser les Britanniques au racisme structurel de l’Empire, un lieu qui « permettrait de contextualiser certaines figures éminentes dans un but éducatif : informer une population assez ignorante de son histoire ». Une idée qui intervient à pic, quelques mois après la publication d'un sondage qui fait mal, publié au Royaume-Uni en mars dernier par le quotidien The Guardian et par Le Point de notre côté de la Manche. Les Britanniques y apparaissent comme les plus nostalgiques de leur passé colonial : ils sont 27 % des sondés à déclarer vouloir à nouveau posséder un empire, viennent ensuite les Néerlandais du même avis à 26 %, les Belges à 21 % puis les Français, pas si loin, avec 17 % d’avis convergents. Au Royaume-Uni, ce regard porté vers un passé dominateur trouve quelques indices d’explication dans la promesse de Boris Johnson que le Commonwealth est la clé de la réussite pour se sortir de l’Union européenne avec succès, mais il n’y a pas de Brexit prévu pour la France, les Pays-Bas ou la Belgique.

Au-delà de cette nostalgie, les sondés sont nombreux à considérer que les anciennes colonies se portent mieux aujourd’hui grâce au legs colonial de leur ancienne métropole. Un dernier élément commenté par Jon Wilson, professeur d'histoire moderne au King's College de Londres qui constate les carences dans les connaissances historiques de la colonisation vécues et la nécessité d’ouvrir un débat sur le sujet dans son pays en précisant que si « [Certains] ont parlé de la violence de l'empire – la Belgique au Congo, la France en Algérie, l'Italie en Éthiopie. Les Pays-Bas, comme la Grande-Bretagne, n'ont pas (encore) eu ce débat ».

Au-delà des cimetières de statues, il nous reste donc à s’intéresser à leur histoire pour se défaire de cette nostalgie d’un passé impérial fantasmé dont les charniers restent nombreux sous nos pieds.

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