LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
28/11/26, course des catherinettes, l'équipe gagnante, Paris. Gallica, Domaine public, BNF. (Photo : Agence Rol)

Le célibat une histoire et une actualité

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans notre société où tout est focalisé sur la sacro-sainte famille, peu de place est faite à la réflexion du statut des célibataires. Pourtant, il sont nombreux, de plus en plus, et fragiles aussi. Il serait peut-être temps de leur rendre justice.

28/11/26, course des catherinettes, l'équipe gagnante, Paris. Gallica, Domaine public, BNF. (Photo : Agence Rol)
28/11/26, course des catherinettes, l'équipe gagnante, Paris. Gallica, Domaine public, BNF. (Photo : Agence Rol)

« Restez avec les siens », « Noël en famille », en France aujourd’hui il y a pourtant plus de 10 millions de célibataires et les politiques publiques restent entièrement tournées vers un familialisme entêtant.  

Les célibataires, vulnérables et discriminés

L’historien Romain Huret, spécialiste des États-Unis publie de curieuses archives sur son fil twitter. Elles ne sont pas étranges parce qu’elles montrent de l’extraordinaire, du bizarre, de l’indécent, quoi que, mais parce qu’elles montrent une réalité qui fait craquer les coutures du discours quotidien sur ce peuple à gouverner, celui qu’on invite à rester en famille en période de crise, ce repli élémentaire avec ceux qui partagent votre vie. Sur la première image, horrifiante, on voit une manifestation de célibataires demandant le licenciement des femmes mariées en 1933 à Boston. La deuxième image est une planche de photos qui montrent non pas l'idéal américain d'une famille unie face à l’adversité mais une série du photographe Russell Lee dans le Michigan sur la misère des anciens mineurs en 1936, « célibataires pour la plupart, vivant dans des « shacks », des habitations de fortunes, « loin du modèle familial promu par les New Dealers » qui promettaient une sortie de la Grande Dépression, « ces photos ne seront jamais publiées ». Que le célibat soit choisi ou pas, le mariage reste la norme d’évaluation de toute expérience sociale, et pas seulement pour le mythique cow-boy américain solitaire que l’on pourrait retrouver sans forcer dans l’enquête de Pierre Bourdieu sur les agriculteurs du Béarn depuis les années 1960, Le bal des célibataires.  

Selon Romain Huret, depuis quarante ans le nombre de célibataires n’a cessé d’augmenter. En France comme aux États-Unis, ils sont « les principales victimes des vulnérabilités contemporaines en raison de la primauté accordée aux familles traditionnelles ».  

La puissance de l’ordre matrimonial

« Par un faisceau de discriminations discrètes », de l’accès au logement en passant par les contrats d’assurance ou les frais de transport, l’accès à la contraception, le bénéfice des droits sociaux, « il existe une prime invisible pour les familles traditionnelles, légitimant ainsi l’ordre matrimonial. Et ces dispositifs sociaux ne doivent rien au hasard ; ils sont ancrés dans des pratiques anciennes, profondément enracinées dans l’ordre matrimonial construit tout au long du XXe siècle. » 

Dans une tribune publiée dans Libération lors du Grand Débat, organisé par le gouvernement en 2019, l’historien appelait à prendre en compte cette catégorie des célibataires dans une réflexion sur la force de l’ordre matrimonial et « son inadéquation avec les nouvelles configurations sociales pour poser les bases d’une société plus égalitaire", bref pour enregistrer le changement dans le logiciel du bon gouvernement. 

Ce qui frappe ce n’est pas la nouveauté des faits mais leur accumulation et leur convergence avec les indices de précarisation sociale, économique, et pourquoi pas, affective. La grande nouveauté du deuxième confinement, signalée par Courrier International au titre de la reconnaissance des besoins essentiels : les Belges reconfinés peuvent déclarer un knuffelcontact, littéralement leur “contact câlins”, c’est-à-dire une seule personne qu’ils ou elles ont « le droit de fréquenter en dehors de leurs cohabitants ». Les personnes vivant seules ont droit à deux knuffelcontacten. Une mesure initiée aux Pays-Bas et au Danemark qui indiquaient même dès le printemps que les relations sexuelles, dans ces cas déclarés, étaient autorisées. Un progrès timide mais certainement bienvenu en attendant mieux.  

Liens :

  • Romain Huret, Les célibataires au cœur du grand débat ?, Libération, 25/03/2019. 
  • Distanciation. Ce que la pandémie fait à notre sexualité, Le Courrier International, 27/11/2020.
  • Conférence - Romain Huret - Les Oubliés de la Saint-Valentin: regards sur les célibataires du monde contemporain :
Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......