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Les danses sont encore synchronisées ce 25 mai 1978 à Belgrade.

Le dernier anniversaire de Tito en Yougoslavie ou comment se séparer en dansant

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Une chorégraphie qui déraille, le 25 mai 1987, symbolise et prédit à elle seule l'avenir de la la fédération yougoslave : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine du Nord, et Kosovo ne comptent plus danser ensemble.

Les danses sont encore synchronisées ce 25 mai 1978 à Belgrade.
Les danses sont encore synchronisées ce 25 mai 1978 à Belgrade. Crédits : Getty

Pour le pays qui les accueille, les Jeux Olympiques constituent une vitrine qui permet une belle promotion nationale grâce à la couverture mondiale de l’évènement, un reflet politique de la vitalité d’une nation, il est donc difficile d’y renoncer mais un échec reste cuisant dans la mémoire de cet évènement planétaire. Les tergiversations du Japon liées au contexte sanitaire l’ont bien montré ces dernières semaines alors que les premiers sportifs peuplent progressivement le village olympique de Tokyo. Le sport c’est très politique et notamment lorsque le spectacle est investi d’une portée symbolique aussi lourdement chargée en enjeux extérieurs mais aussi intérieurs. Les citoyens du pays-hôte en sont les premiers voisins de proximité, juges et spectateurs. C’est justement à l’occasion d’un évènement à la croisée du sport et de la politique que les divisions éclatent au grand jour en 1987 en Yougoslavie pour ne plus jamais se taire. Une rencontre sportive est organisée pour célébrer l’anniversaire de Tito qui avait gouverné la fédération depuis la Deuxième guerre mondiale d’une main de fer. Tito est pourtant bien mort depuis sept ans, mais la fédération yougoslave ne manquait pas de continuer à le célébrer chaque année pour se rappeler, peut-être, que malgré les coups de canif fréquents infligés à l’union des  républiques et des provinces qui la constituaient encore, elle était bien là, solide et sans doutes sur elle-même, en tout cas suffisamment jusque-là, avant l’éclatement fratricide de la Yougoslavie qui se prépare pour les dix années à venir. En Yougoslavie, c’est dans un stade que les dissensions entre ses nations constituantes éclatent au grand jour. Le culte de la personnalité voué à Tito restait jusque-là un ciment efficace entre la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine du Nord, et le Kosovo qui composent la Yougoslavie. Efficace jusqu’à ce 25 mai 1987 : comme chaque année une course de relai sur plusieurs milliers de kilomètres est organisée. Les coureurs et les coureuses rapprochent progressivement des stafetas, des bâtons ornés de vœux d’anniversaire jusqu’à leur destination finale : Belgrade. Mais cette fois-ci, la cérémonie déraille et laisse exprimer les dissensions qui ne peuvent plus se taire. 

Dans le stade de Belgrade, ce 25 mai, les danseurs et les athlètes sautillants évoluent en groupes géométriques dans une chorégraphie parfaitement réglée pour composer une étoile soviétique humaine aux couleurs de la Yougoslavie. Mais tout à coup la commentatrice de la télévision s’étonne ; il se passe quelque chose : chaque groupe danse désormais de son côté, brisant l’harmonie savamment élaborée entre toutes les composantes de la Yougoslavie. La Serbie d’abord puis c’est au tour de la Croatie et enfin de le Bosnie Herzégovine. Progressivement le collectif se désintègre, « les républiques et les provinces se détachent » de l’ensemble. Chacun danse désormais au rythme de son propre hymne national et c’est bien ce qui se prépare : l’explosion des nationalismes exaspérés qui s’apprête à mettre un point final à l’histoire de la Yougoslavie. La commentatrice met en garde : « il s’agit d’un avertissement ». Devant ses yeux un chaos aux couleurs de la Yougoslavie continue sa danse de la rupture.  

Ce jour-là dans le stade de Belgrade, on s’était mis d’accord pour ne plus l’être, d’accord, et pour le montrer, la consécration d’une séparation entamée dans un geste chorégraphié, un ensemble qui se désarticule et qui le revendique pour la dernière fois collectivement.  

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