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Oppburg, vue sur le jardin d'enfants, 02/09/1980. (Wikipédia)

Ce que l'on fête le 3 octobre en Allemagne

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À retrouver dans l'émission

Après la chute du mur de Berlin, la RDA est absorbée par la RFA. Les conséquences sont lourdes pour les anciens Allemands de l’Est qui vivent alors et encore cette rupture comme un déchirement. Un sentiment d'effacement, d'engloutissement, d'un passé, d'un état d'esprit, d'une nationalité.

Oppburg, vue sur le jardin d'enfants, 02/09/1980. (Wikipédia)
Oppburg, vue sur le jardin d'enfants, 02/09/1980. (Wikipédia) Crédits : Link, Hubert/Bundesarchiv, Bild 183-W0902-0020 / CC-BY-SA 3.0

Si la chute du Mur a bien eu lieu le 9 novembre 1989, l’Allemagne célèbre sa fête nationale le 3 octobre, jour du trentième anniversaire de ce qu’on appelle généralement sa « réunification ».  Mais, si l’on veut décrire avec fidélité ce qui s’est passé le 3 octobre 1990, il faudrait parler d’unification ou de tournant. En effet, les Allemagnes de l’Ouest et de l’Est ne se sont pas retrouvées dans une même entité politique entièrement inventée pour l’occasion, la RDA a accepté d’être absorbée par la RFA. Avec quelques douleurs d’ailleurs, car si la majorité des Allemands de l’Est se sont réjouis de la chute du Mur, les années suivantes ont été marquées par le démantèlement systématique de ce qui faisait la RDA : ses entreprises, ses emplois et son modèle sociale. Une dévalorisation brutale et un choc au contact des réalités de cette intégration des Länder de l’Est.

Mais à l’heure des crises économiques à répétition, de la remise en question d’un mode de vie qui consume au-delà de ce qu’il consomme, le souvenir de la RDA agit comme un précédent, un autre possible stoppé net en 1989 avec ses mauvais, mais aussi ses bons côtés. Ce fantôme relégué au tréfonds de ceux qui partagent avec lui leur souvenir d’enfance, de jeunesse ou la majeure partie de leur vie, semble s’agiter d’autant plus que les valeurs attachées au souvenir de la RDA semblent rejoindre aisément les questionnements actuelles posées au modèle social et au logique du développement des sociétés occidentales. Ce sont ces mémoires intimes, la brume de ces souvenirs de l’ordinaire en Allemagne de l’Est, qu’Agnès Arp et Élisa Goudin-Steinmann ont voulu retrouver dans leur ouvrage La RDA après la RDA. Il ne s’agit pas ici d’interroger l’histoire de la police politique ou de l’appareil d’Etat est-allemand et sa tutelle soviétique mais de comprendre ce qu’est devenu ce pays après sa disparition car la RDA a persisté dans les têtes, à l’état de souvenir oppressant mais aussi à l’état de modèle, voire de fantasme. 

Dans les nombreux entretiens qui composent La RDA après la RDA, l’idée n’est pas de poursuivre « l’ostalgie », cette nostalgie du passé est-allemand, largement exploitée par le tourisme national et international, avec ses safaris en Trabant dans les rues de Berlin, mais de comprendre ce qui reste de ce pays disparu dans les comportements sociaux et électoraux des Allemands, comment ce qui leur est arrivé agit encore aujourd’hui. Pourtant ce passé monumental a été remisé au titre des mauvais souvenirs à oublier après 1990 pour « construire ensemble » une Allemagne tournée vers le futur et un futur plus conforme au destin occidental de la RFA, parfois jusqu’à l’absurde :  Agnès Arp et Élisa Goudin-Steinmann citent une anecdote extraite de La fille qui venait d’un pays disparu. Son autrice Saskia Hellmund raconte comment sur son passeport allemand, il n’était pas possible d’écrire son lieu de naissance exact, à savoir la RDA, car cela n’existe pas dans les registres administratifs. Elle doit donc écrire « née en RFA », ce qui est faux, l’endroit où elle est née en 1974, la Thuringe, était bien en Allemagne de l’Est. Plus tard, elle acquiert la nationalité française, et constate qu’en France, il était possible, sans aucun problème, d’inscrire son véritable lieu de naissance : « née en RDA ». Cette Allemagne de l’Est oblitérée est pourtant restée là, elle se raconte et devient pour certains ouvertement désirable. 

Si personne ne souhaite voir réapparaître le Rideau de fer, l’expérience de la rupture brutale d’avec cet autre monde possible devient en soi une survivance de la RDA. Un épisode de rupture et d’adaptation qui n’est pas une expérience commune mais une caractéristique singulière du parcours des Allemands de l’Est. Aujourd’hui la RDA, en partie dédiabolisée, se fait patrimoine. Au-delà de son régime politique, ce sont les expériences accumulées après la chute du Mur, l’expérience d’un changement brutale de société, qui lui rendent sa vitalité. La RDA après la RDA se trouve à cet endroit-là.  

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