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Image issue du livre "Brouillards Toxiques" d'Alexis Zimmer

La faute à la météo

3 min
À retrouver dans l'émission

Donald Trump s’est fait spécialiste météo ces derniers jours, en affirmant que l’ouragan Dorian passerait par l’Alabama. On imagine la panique...

Image issue du livre "Brouillards Toxiques" d'Alexis Zimmer
Image issue du livre "Brouillards Toxiques" d'Alexis Zimmer Crédits : © Zones sensibles 2019

Finalement l’ouragan n’a jamais touché le continent, au grand soulagement des habitants et sous le regard médusé des fonctionnaires de la météo américaine qui n’avaient jamais évoqué cette possibilité. La météo devient aussi objet à interprétation, un outil supplémentaire dans la boîte à fake news du président des Etats-Unis. 

Le biologiste et philosophe, Alexis Zimmer, dans son essai intitulé Brouillards toxiques, a enquêté sur une catastrophe survenue il y a près d’un siècle en Belgique, dans une des régions les plus industrialisées du monde à cette date. 

Le 3 décembre 1930, le ciel se voile d’un épais brouillard de Varsovie à Dublin :

Quelques cargos se vautrent en mer du Nord. La visibilité est nulle. On arrête les bus et les tramways qui commencent à tuer les piétons passant par là et on allume les lampadaires en plein jour en attendant un coup de vent salutaire qui dégagera ce ciel plombé. Dans la vallée de la Meuse, à Engis, on suffoque. Au bout de trois jours on compte 64 morts. Les rumeurs vont bon train, on évoque pêle-mêle : le retour de la peste noire, la préparation d’un attentat qui aurait mal tourné, la libération de gaz abandonnés depuis la guerre de 14 voire, pourquoi pas, une pluie cosmique. De son côté, le docteur Lacombe, éminence scientifique locale, conclut à une mort de cause naturelle liée à ce brouillard glacé et aux prédispositions des victimes, coupables donc de leur faible constitution. Toutefois, par prudence, décision est prise d’inhumer les cadavres au plus vite, et sans autopsie, pour contenir une possible contamination. 

On commissionne, on enquête, on analyse...

Et un an plus tard on arrive à enfin à une explication plus ou moins satisfaisante ! Les experts ont découvert avec un peu d’étonnement, malgré tout, que le jour de la catastrophe les particules industrielles étaient en quantité normale dans l’atmosphère, normale pour la région. C’est-à-dire que dans l’air de la vallée se trouvaient habituellement toutes les composantes de l’acide sulfurique. Ce cocktail toxique coutumier est dispersé par les vents sauf dans quelques cas très exceptionnels comme ce jour de décembre 1930. Le récit officiel de la catastrophe est enfin établi : tout était ordinaire ce jour-là à l’exception du hasard du temps qu’il faisait. La nature a tué au moyen de la pollution. Une nature perverse qui transforme les activités humaines innocentes en armes de destruction massive. 

Autrement dit, la faute à la météo ! 

Mais tout le monde n’est pas bien convaincu. Alexis Zimmer exhume les tergiversations des notables, médecins et capitaines d’industrie qui s’inquiètent d’une catastrophe bien plus effrayante à leurs yeux : la crise ! Cette crise économique, ce virus américain, qui gronde depuis 1929 et menace la bonne santé de l’économie européenne. Concurrence des catastrophes, chacun la sienne. Et puis d’habitude ça n’arrive pas, alors quoi ? Fi des rumeurs populaires sur les odeurs nauséabondes quotidiennes ou sur les oui-dires de dégazage de nuit qui abîment les champs. L’industrie ne peut être mise en cause, on n’arrêtera pas les usines. 

Par contre, on concède à partir de ce jour-là une alerte météo, une alerte pour nous dire que la nature s’apprête à sévir. 

Bibliographie

Brouillards Toxiques

Brouillards ToxiquesZones Sensibles, 2016

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