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17 octobre 1967. A la demande du FLN, les Algériens ont protesté pacifiquement contre le couvre-feu imposé. La manifestation étant interdite, les forces de l'ordre sont intervenues.

Le couvre-feu, une histoire jamais joyeuse

4 min
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Mais pourquoi diable le simple mot de couvre-feu éveille en nous un imaginaire historique déplaisant ?

17 octobre 1967. A la demande du FLN, les Algériens ont protesté pacifiquement contre le couvre-feu imposé. La manifestation étant interdite, les forces de l'ordre sont intervenues.
17 octobre 1967. A la demande du FLN, les Algériens ont protesté pacifiquement contre le couvre-feu imposé. La manifestation étant interdite, les forces de l'ordre sont intervenues. Crédits : Keystone-France / Gamma-Keystone via Getty Images - Getty

Après les nombreuses allusions à une ambiance de guerre pendant le confinement, difficile de ne pas verser à nouveau dans ce travers historique depuis que le mot « couvre-feu » a été lâché dans la sphère publique comme solution pour enrayer la flambée actuelle de la deuxième vague d’épidémie de Covid-19 dans les grandes villes. 

Notre imaginaire historique nous porte vers d’autres références nettement moins altruistes

L’interdiction de circuler pendant la durée d’une plage horaire donnée, un merveilleux moyen de s’assurer que la vie sociale se résume à la vie au boulot ? Pas seulement.  Au cours de l’histoire, les usages du couvre-feu en France ont surtout porté sur la répression de groupes d’opposants et c’est là que l’imaginaire soutient l’indignation, les protestations d’ores et déjà exprimées. Pourquoi cette idée nous est si désagréable ? L’intention est ici tout à fait louable : permettre de freiner la propagation d’un virus qui tue. Mais notre imaginaire historique nous porte vers d’autres références, nettement moins altruistes et la restriction de nos libertés en des temps plus menaçants. On songe d’abord à la deuxième guerre mondiale avec ses black-outs pour rendre difficiles les bombardements en limitant les repères lumineux. Ensuite à l’Occupation bien sûr et ses Ausweis nocturnes. Alya Aglan et Johann Chapoutot dans l’ouvrage collectif La guerre-mode évoquent une nuit « par essence élément protecteur dans lequel se meuvent les clandestins, saboteurs ou écrivains », en référence aux 26 titres des Editions de Minuit, de Jean Bruller et Pierre de Lescure fondées en 1941.

Supprimer un temps l’espace public

Le couvre-feu sert à séparer les populations, à supprimer un temps l’espace public en en interdisant l’accès et la possibilité de s’y déplacer. C’est aussi une arme caractéristique des guerres non conventionnelles entre Etats et rébellions, entre armées constituées et dissidence politique, avec l’objectif de compliquer les déplacements de la masse pour gêner les groupes armés qui s’y dissimuleraient. En 1958, pour décourager les attentats du FLN qui se déroulent désormais aussi sur le sol métropolitain, une note de service de la préfecture conseille aux « Français musulmans d’Algérie » de ne pas circuler dans la ville « plus particulièrement entre 21h30 et 5h30 du matin » mais un conseil légal n’est pas une loi. Ce « conseil » discriminatoire n’est pas vraiment appliqué jusqu’à sa réactivation progressive, et s’accompagne de la fermeture des « débits de boissons tenus et fréquentés (toujours) par des Français musulmans d’Algérie » à 19 heures.

C’est pour protester contre ce couvre-feu qui leur interdisait la convivialité ordinaire et l’exercice de leur métier pour d’autres, qu’une manifestation pacifique est organisée le 17 octobre 1961, une manifestation lourdement réprimée avec un bilan de 150 à 300 morts, ce jour-là et les suivants, et  la décapitation du FLN sur le territoire métropolitain. Un des épisodes de la guerre d’Algérie les plus sanglants sur le sol français.

Si le couvre-feu est une arme d’intervention dans l’espace public, c’est aussi une atteinte directe à la vie privée, qui rebat les cartes du temps public et intime, remodèle la journée et rend peut-être à la nuit ses mystères et ses passagers clandestins. Aujourd’hui nous ne sommes pas en guerre, le couvre-feu n’est pas discriminatoire mais la fête est finie pour un bon moment et pour environ trente pour cent des habitants de notre territoire

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