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Rue vide la nuit à Paris.

Histoire et nostalgie de la nuit

4 min
À retrouver dans l'émission

La nuit telle que nous la connaissons, lieu de festivité, de regroupement social, est née au XIXe siècle. Cette nuit est un monde en soi que les menaces pandémiques pourraient bien conjuguer au passé....

Rue vide la nuit à Paris.
Rue vide la nuit à Paris. Crédits : Cedric Kerjan / EyeEm - Getty

Couvre-feu, confinement, l’actualité percute de plein fouet notre rapport au temps. S’il est un temps bousculé ou plus exactement bouleversé aujourd’hui, c’est celui de la nuit. Avec la suspension de notre fréquentation de cet espace-temps, difficile de ne pas avoir l’impression qu’une partie de notre expérience vécue se trouve suspendue. Dans son livre monument Les douze heures noires, La nuit à Paris au XIXe siècle, Simone Delattre s’est penchée sur cette histoire nocturne, sur notre manière de l’arpenter avec nos pieds ou avec nos têtes parce que ce qui change radicalement au XIXe siècle, ce siècle qui invente nos manières d’habiter l’espace et peut-être aussi le temps, c’est le regard sur la nuit et les imaginaires prolixes qui y trouvent leur motif.  

Ceux qui ne dorment pas

Habiter la nuit c’est d’abord pouvoir s’y déplacer et, si possible, en voyant où l’on met les pieds. L’arrivée de l’éclairage public au gaz à partir de 1829 fait à la fois scandale et sensation tout en rendant peut-être encore plus sombre les espaces qui y échappent. Une lumière artificielle, apanage de la civilisation, qui permet aux travailleurs qui s’activent la nuit d’œuvrer au bon fonctionnement de la ville : balayeurs, vidangeurs, chiffonniers, marchands et marchandes des Halles, tout un peuple qui ne dort pas, en tout cas pas à la même heure que les autres. Mais l’appropriation de la nuit c’est aussi l’apparition d’un “nouvel individu nocturne”, avec l’invention d’un nouveau temps de vie, d’un rapport transformé à la ville souvent romantisé voire franchement érotisé dans une volonté d’en partager l’intimité et ses sensations. 

La nuit de démocratise

Entre 1830 et 1860, la nuit prend corps, les sensibilités adeptes de ses heures s’en délectent avec un enthousiasme débordant. Cette “façon inédite d’user de son temps”, n’est pourtant réservée qu’à une élite, en quête de divertissement, voire de franche débauche. Un nouveau temps de l’expérience réservée à ceux qui en ont les moyens. Traîner dans les rues à la nuit tombée reste toujours suspect de la part de celui ou de celle qui, sans avoir le statut social requis, passe pour un « rôdeur de nuit », figure anxiogène inventée pour l’occasion. Mais la conquête de la nuit plaît, et les ouvriers eux aussi revendiquent de pouvoir en profiter après leur journée laborieuse. La vie la nuit se démocratise et fait pleinement partie de l’explosion de la société des loisirs.  

Si certains se délectent de cette nouvelle identité possible de noctambule, la nuit reste le royaume de la méfiance et de toutes les risques, le contrôle de l’ordre public nocturne s’invente au même rythme que ses divertissements.  Les imaginaires de la nuit se nourrissent des faits divers, d’une criminalité qui serait devenue d’autant plus sauvage qu’elle surgit dans les replis complices de l’obscurité. La nuit festive voisine avec « la nuit de tous les dangers » et l’affirmation du droit au repos. L’histoire de la nuit c’est aussi l’histoire de notre sensibilité au bruit.  

Alors célébrons la nuit en attendant qu’elle nous revienne en préparant notre devenir noctambule pour les années à venir, en attendant que prenne fin un mal tapis dans l’ombre : la nostalgie de la nuit.

Les douze heures noires, La nuit à Paris au XIXe siècle,,Les douze heures noires, La nuit à Paris au XIXe siècle, Albin Michel, 2004.

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