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Le petit chaperon rouge au loup, gravure de Gustave Doré. Les Contes de Perrault

Faut-il avoir peur du loup ?

4 min
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Alors que le débat entre éleveurs, chasseurs et écologistes se poursuit sur sa présence dans nos contrées, bref aperçu historique de siècles de peurs - réelles ou fantasmées - autour du loup.

Le petit chaperon rouge au loup, gravure de Gustave Doré. Les Contes de Perrault
Le petit chaperon rouge au loup, gravure de Gustave Doré. Les Contes de Perrault Crédits : Photo de Culture Club - Getty

Un loup argenté a été aperçu à 85 km de Bordeaux, pour la première fois. La nouvelle fait événement parce que cette présence est inédite et relance un débat récurrent depuis 25 ans sur le retour du loup en France, au grand dam de certains, et pour la plus grande joie des autres. Un conflit historique entre éleveurs, chasseurs et écologistes. Des négociations houleuses ont conduit à l’adoption d’un Plan loup en cours depuis l’année dernière. Une inquiétude prise au sérieux par les historiens aussi qui tentent d’apporter des réponses pour comprendre les relations entre le loup et l’homme. 

Des loups dévoreurs d'hommes, entre réalité et imaginaire

Si le bétail constitue la cible privilégiée des loups aujourd’hui, l’homme a également constitué une belle proie. Jean-Marc Moriceau dans son ouvrage Histoire du méchant loup l’a démontré en compulsant plus de 10 000 données qui l’attestent mais entre le XVe et le XVIIIe siècle on meurt d’épidémie et de malnutrition avant de faire une mauvaise rencontre aux crocs acérés et dans la catégorie des « morts accidentelles » on trouve d’avantage de noyades ou de simples chutes que d’attaque de loup. C’est la brutalité des conditions du décès qui fait événement et nourrit les imaginaires pour longtemps. Une transgression du rapport établi entre l’homme et l’animal, le premier n’étant plus maître du second. Cette peur contagieuse se transmet de génération en génération alors que les loups dévoreurs d’homme disparaissent progressivement jusqu’à fin du XIXe siècle. Il faut aussi signaler que les crises de loup restent très locales. Dans la très célèbre affaire de la bête du Gévaudan, sous Louis XV, c’est sa médiatisation qui lui donne son ampleur nationale, un fléau secondaire qui prend aussi le devant de la scène du fait de la décélération des famines, des épidémies et des guerres. Mais pour les témoins c’est toujours un événement sans précédent. 

L’identité des victimes, souvent des enfants, ne peut pas non plus laisser indifférent. A y regarder le plus près ce sont eux qui gardaient les troupeaux et constituaient des proies faciles, isolées et très exposées en pleine nature. Dans les régions surpeuplées, se faire croquer un enfant pouvait même paraître moins préoccupant que la disparition d’une brebis. La rage, apparue parmi les loups au XIIIe siècle perturbe aussi la perception du comportement de nos bêtes de conte, la violence des attaques est amplifiée par la furie et le traumatisme des populations en est d’autant plus durable. 

Une géopolitique fluctuante du loup

L’histoire des activités humaines influe directement sur la densité du tableau de chasse des loups : on meurt moins depuis que l’on ne se déplace plus sur de longues distances à pied, depuis la multiplication des routes et des voies ferrées et l’extension maximale de l’occupation humaine du territoire. Entre le loup et l’homme les relations sont conflictuelles, une mémoire noire réactivée depuis la réapparition du loup sur le sol national en 1993.

Si la question se fait brûlante en France, ce n’est pas le cas ailleurs, chez nos voisins européens, où les loups, parfois plus nombreux, cohabitent paisiblement avec les hommes, les femmes et même avec les enfants. Une géopolitique fluctuante du loup explorée par un collectif international de chercheurs en sciences humaines, menés par les historiens Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau sous le titre « Repenser le sauvage grâce au retour du loup ». A travers cet exemple les chercheurs s’interrogent sur les relations entre les hommes et les « nuisibles » ou les prédateurs, bref avec l’animal sauvage. Une relation à réinventer peut-être avec un peu d’aide, comme l’écrit le philosophe Jean-Baptiste Morizot : « on a besoin de diplomates entre hommes et loups, littéralement : de diplomates-garous, pour décoder ses mœurs exotiques. » 

par Anaïs Kien

Pour plus d'informations : Baptiste Morizot, « Rencontres animales.  Voir un loup d'homme à homme », Vacarme, vol.  70, no. 1, 2015, pp. 204-227.

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