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 Carte géographique de la Nouvelle Franse faicte / par le Sieur de Champlain Saint Tongeois Cappitaine ordinaire pour le Roy en la Marine, faict len 1612

Comment la violence vint au Nouveau Monde

5 min
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La série "Barkskins : le sang de la terre" nous replonge dans la conquête du Nouveau Monde et plus précisément la Nouvelle-France. L'occasion de revenir sur la rencontre entre colons français et autochtones et sur la lecture de histoire d'une cohabitation souvent idéalisée.

 Carte géographique de la Nouvelle Franse faicte / par le Sieur de Champlain Saint Tongeois Cappitaine ordinaire pour le Roy en la Marine, faict len 1612
Carte géographique de la Nouvelle Franse faicte / par le Sieur de Champlain Saint Tongeois Cappitaine ordinaire pour le Roy en la Marine, faict len 1612 Crédits : Pelletier, David et Champlain, Samuel /Source gallica.bnf.fr / BnF

Alors que les émeutes aux Etats-Unis sont toujours d’actualité, Joe Biden, candidat à la présidentielle, a attribué l’origine de cette violence à son adversaire Donald Trump lors d’un discours à Pittsburgh la semaine dernière. L’analyse simplificatrice appelle cependant une question politique et anthropologique essentielle dans l’histoire du Nouveau Monde et un thème entêtant qui questionne la colonisation du continent américain. Le premier coupable désigné, exportateur de violence, c’est l’Ancien Monde, le Vieux continent d’où venaient les premiers colons. Le Nouveau Monde devait être différent, on a surtout changé d’ennemi sans ménager les sociétés amérindiennes tout en important les rivalités coloniales préexistantes. C’est le thème de la nouvelle production d’envergure de National Geographic, Barkskins : le sang de la terre, qui propose une adaptation en série du roman éponyme d’Annie Proulx. Tous les nationalismes s’y bousculent, à travers le récit de deux populations concurrentes dans leur implantation sur le sol outre-Atlantique, l’inimitié historique en diable entre Français et Anglais. 

L’intrigue de Barkskins se situe dans les années 1690 alors qu’un massacre de colons français exaspère les relations difficiles entre les parties en présence. On croise dans cette colonie de Wobik en Nouvelle France, l’actuel Québec, des colons français et anglais en rupture de ban qui luttent pour leur survie dans un environnement où les coups partent vite et les mœurs se vivent relâchées. C’est un personnage secondaire, Claude Trépagny, à la fois fantasque et hérétique, qui porte dans sa trajectoire dramatique l’histoire de la formation de cette société québécoise : en concubinage avec une femme amérindienne métisse, il ne rêve que de se voir attribuer une « Fille du Roi », issue de ces contingents féminins envoyés par la monarchie française, celle de Louis XIV donc, pour contribuer à l’enracinement de ces colonies jusqu’ici très masculines. C’est d’ailleurs ce personnage qui explicite la philosophie de peuplement qui repose sur une pierre angulaire : le sang. Une fois épousée une bonne Française, il n’aura pas de scrupules à abandonner sa compagne indigène pour réintégrer un ordre social plus conforme à celui de l’Ancien Monde. Qui étaient les moins pires à défauts d’être les meilleurs ? C’est une question qui taraude les débats sur l’identité nationale québécoise et qui rebondit régulièrement dans l’actualité des fictions friandes de ces temps pionniers et conquérants.

En 2015, le film d’Alejandro Iñárritu avait fait polémique quand le très populaire acteur Roy Dupuis avait refusé de prendre part à son casting au motif que les coureurs de bois français apparaissaient sous de très vilains traits. Il est vrai que leur partition dans le scénario se bornait à une scène de viol tout à fait déplaisante. L’acteur avait accusé le réalisateur de réécrire l’histoire et d’ailleurs, la même année il avait aussi prêté sa voix et son physique à un documentaire plus conforme à sa vision de l’histoire, L’Empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc   

A la question : Comment survient la violence sur le sol canadien ? Le documentaire inculpait directement la colonisation britannique. Cette empreinte affirmée dans son titre, c’est celle d’une fraternité perdue et refoulée qui aurait lié les premiers colons français et les nations amérindiennes, et fondé une éphémère société métissée bien avant que la force de frappe anglaise n’écrase prestement ce paradis de la rencontre. Un regard idéalisé pour démontrer que malgré ce refoulement, la société québécoise s’est construite avec un inconscient amérindien. Un inconscient de la rencontre coloniale qui habite encore aujourd’hui les imaginaires historiques. Mais Barkskins choisit de renvoyer dos à dos les modèles européens de colonisation et pulvérise, de manière plus conforme à l’histoire, cet idéal de mixité qui se termine surtout par la relégation généralisée des Amérindiens sur le sol américain

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