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Statue de Robert E. Lee, Charlottesville, 12/08/2020.

Après les déboulonnages on débaptise massivement aux États-Unis

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La ville de San Francisco débaptise 44 de ses établissements scolaires pour leur donner de nouveaux noms “sans lien avec l’esclavage, l’oppression ou le racisme”.

Statue de Robert E. Lee, Charlottesville, 12/08/2020.
Statue de Robert E. Lee, Charlottesville, 12/08/2020. Crédits : AFP

La ville de San Francisco a décidé de changer le nom de 44 de ses établissements scolaires. Une commission avait été créée en 2017 après les manifestations de suprémacistes blancs à Charlottesville en Virginie contre le déboulonnage de la statue du général sudiste Robert Lee avant même les déboulonnages en série de l’année passée.  En ligne de mire de la commission : les grandes figures qui ont défendu l’esclavage apparaissent dans cette liste des établissements à rebaptiser mais aussi les présidents Washington et Jefferson, ainsi que Francis Scott Key, l’auteur de l’hymne national, pour avoir possédé des esclaves. Ce n’est pas parce qu’on se battait pour le Nord pendant la guerre de Sécession que l’on était farouchement opposé à l’esclavage.  

Plus surprenant le nom du très vénéré Abraham Lincoln, 16e président des États Unis qui a aboli l’esclavage, serait également effacé pour sa politique envers les Amérindiens et l’exécution par pendaison sous son mandat de 38 Sioux en 1862.  

Car au-delà de l’exploitation des Africains-Américains c’est toute l’histoire du racisme qui fait l’objet de cette opération : le missionnaire espagnol Junipero Serra est évincé pour avoir soutenu la persécution des Amérindiens, mais aussi James Denman pour s’être opposé à l’intégration des enfants d’origine chinoise dans le système scolaire au début du XXe siècle. Le groupe de travail composé de 12 membres, élèves, parents et enseignants, propose de supprimer les noms de toutes les personnalités ayant "pratiqué l’esclavage, opprimé les femmes, empêché le progrès social, mené des actions ayant conduit à un génocide". Une liste de suppression qui n’oublie pas non plus la maltraitance animale puisque Thomas Edison, pionnier du cinéma et de l’électricité, devra disparaitre des frontons des écoles coupable d’expériences d’électrocution cruelles, dont fut victime le très populaire éléphant de cirque Topsy en 1903.  

La commission scolaire a fait état de quelques hésitations notamment dans le cas du collège Roosevelt, de quel Roosevelt s’agissait-il ? Le panthéon américain en compte deux : un naturaliste et le président en poste pendant la Deuxième guerre mondiale. Tous deux ont finalement été supprimés, Théodore pour son opposition au vote des Noirs, et Franklin pour l’organisation des camps d’internement de ressortissants japonais en 1942 après l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés.    

Si les intentions de ces suppressions sont largement saluées , c’est la manière de faire, un arbitrage historique jugé parfois expéditif, qui fait l’objet de critiques. London Breed, maire de la ville a surtout rappelé que l’urgence était d’abord au retour des élèves en classe, toujours privés d’école par l’épidémie de Covid 19.  

Reste à trouver de nouveaux noms à ces établissements scolaires, un exercice  toujours risqué mais à accomplir avant la fin du mois d’avril. En attendant, les blagues vont bon train sur les noms d’écoles qui pourraient être choisis, de simple numéro « École 1 », « Collège 37 » ou « Jardin d’enfant 72 », aux héros de dessins animés, afin d’éviter les maladresses historiques à l’avenir.  

Liens : 

Caroline Lesnes, San Francisco va débaptiser un tiers de ses écoles, aux noms désormais controversés, Le Monde, 01/02/2021. 

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