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 Basilique du Sacré Coeur de Montmartre. Busà Photography.

Un monument historique controversé

4 min
À retrouver dans l'émission

La Basilique du Sacré Coeur de Montmartre a longtemps été le symbole de l'écrasement sanglant des Communards par les Versaillais. Mais à l'heure de son inscription aux Monuments historiques, nombre d'historiens discutent et affinent cette volonté mémorielle.

 Basilique du Sacré Coeur de Montmartre. Busà Photography.
Basilique du Sacré Coeur de Montmartre. Busà Photography. Crédits : Getty

Le Sacré Cœur, un des monuments incontournables du parcours touristique parisien a été inscrit aux Monuments historiques. Une distinction qui nourrit le retour d’une querelle sur la mémoire d’une expérience politique singulière : la Commune de Paris qui, de mars à mai 1871, a gouverné la capitale tout en livrant une guerre au gouvernement de Versailles. 

Parce que la construction de la basilique du Sacré Cœur est réputée avoir été décidée pour laver les errances barbares de la Commune une fois celle-ci écrasée au cours de la Semaine sanglante, ce classement constitue une provocation pour les défenseurs de la mémoire des Communards. Tandis que les défenseurs du classement, la Mairie de Paris et le Ministère de la Culture, ont répondu que l’opération permettrait la reconnaissance de son architecture hors norme et une « réconciliation » entre Versaillais et Communards, un siècle et demi après l’évènement.  

Une hostilité bien ancienne, entretenue par un folklore inventif et créateur de de nombreux sobriquets tout à fait dévalorisants pour désigner la monumentale église néo-byzantine qui domine la Butte Montmartre :  

cette « verrue versaillaise », cet « odieux pain de sucre » ou encore ce « chou à la crème criard » semblait avoir perdu de son aura subversive, son projet punitif et expiatoire n’intéressait plus vraiment les promeneurs et les promeneuses, englouti par le décor de carte postale du quartier, avec ses commerces et ses bistrots-terrasses.  

Dans les pages de L’Humanité l’historien Olivier Le Trocquer, interrogé par Aurélien Soucheyre, rappelle que la construction d’un édifice religieux était déjà dans les tuyaux bien avant 1871, avec un objectif antirévolutionnaire déjà affiché pour contribuer au redressement moral d’une France où la sécularisation des pratiques et des esprits grignotait progressivement l’autorité de l’Eglise catholique. La défaite de la Commune a donné d’autant plus de force au projet jusqu’à la pose de la première pierre du Sacré Cœur en 1875.  

L’historienne Mathilde Larrère rappelle, quant à elle, qu’il y a eu depuis des tentatives de corrections, d’équilibrage mémoriels, dans le voisinage, à l’ombre du gigantisme du bâtiment : son adresse officielle sise rue du Chevalier de La Barre, « victime et icône de l’anticléricalisme », et un square à proximité baptisé « Louise Michel », une des grandes figures de Communards.  

Pour Eric Fournier, spécialiste de la Commune, qui signe une tribune dans les pages de Libération, cette polémique n’est rien d’autre qu’un « combat d’arrière-garde » qui masquerait la vitalité bien plus actuelle et plus opérante de la mémoire de cet épisode de l’histoire : « (une) mémoire vive de la Commune s’exprime, depuis quelques années, dans les espaces des luttes sociales les plus déterminées, dans les ZAD, dans les cortèges de têtes, dans l’université de Tolbiac occupée (en 2018), et, parfois, au dos de gilets jaunes. Et là, il n’est ni patrimonialisation ni réconciliation possible ».  

Si l’actualité de la Commune ne s’exprime pas dans la célébration du Sacré Cœur, elle agit bien ailleurs.  

Liens :

Aurélien Soucheyre, Mémoire. Les sacrées polémiques du Sacré-Cœur, L'Humanité, 29/10/2020. 

Eric Fournier, La bataille du Sacré-Cœur, un combat d’arrière-garde, Libération, 04/10/2020. 

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