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"Keep calm and carry on" : slogan mobilisateur en 1940 et en 2020.

Les usages de l'Histoire face à la pandémie

3 min
À retrouver dans l'émission

Pour faire face à la récente crise sanitaire, les gouvernements occidentaux ont réactualisé un imaginaire historique hérité notamment de la Deuxième Guerre mondiale. Efficace pour mobiliser les citoyens, cet usage de l'Histoire à des fins politiques provoque également des dérives.

"Keep calm and carry on" : slogan mobilisateur en 1940 et en 2020.
"Keep calm and carry on" : slogan mobilisateur en 1940 et en 2020. Crédits : Getty

La Deuxième Guerre mondiale tient toujours le haut du pavé des évènements traumatiques auxquels on se réfère pour lire ce qui nous arrive. 

Alors qu’en France les comparaisons avec l’Occupation allemande ont marqué le premier confinement, pour décrire le spectacle étrange des files d’attente devant les magasins alimentaires. Récemment, l’usage du terme "couvre-feu" a fait rebondir cette rhétorique de l’anachronisme historique. 

Au Royaume-Uni, c’est "l’esprit du Blitz" qui a été convoqué pour stimuler l’union nationale face à l’épidémie, tandis que Boris Johnson aimait à comparer sa politique à celle de Winston Churchill. Une comparaison qui réactive un mythe, selon l’historien Bruno Cabanes, déjà actif dans la propagande des années 1940, pour peindre un peuple stoïque et uni dans l’adversité soumis à la campagne de bombardements des villes anglaises, avec un slogan auquel les autorités publiques avaient pourtant renoncé à l’époque sous les bombes : "Keep calm and carry on".  

Une guerre mondiale convoquée aussi aux États-Unis, où la propagation du virus a été baptisé "moment Pearl Harbor", en référence à l’attaque japonaise qui a justifié l’entrée en guerre du pays en 1941. Une analogie à double sens puisque l’invasion en provenance de l’étranger, qui plus est asiatique, correspondait à merveille avec les accusations xénophobes contre ce "virus chinois" lancés par le président en poste, en mal de coupable pour masquer la détresse populaire négligée par l’État.

En Allemagne, c’est la lutte contre le nazisme qui est convoquée pour protester contre les restrictions des libertés publiques justifiées par la crise sanitaire. 

Une référence analysée par Anne-Coralie Bonnaire sur le site The Conversation, qui appelle à la vigilance face à la "banalisation" du nazisme. Dans les manifestations récentes contre les masques et les restrictions sanitaires, un groupe en particulier, les Querdenker, s’y réfère directement. Fin novembre, l’émotion était forte lorsqu’une jeune manifestante a pris la parole pour dénoncer une dictature du gouvernement, une "Merkel-Diktatur", en se comparant dans un même mouvement à Sophie Scholl, qui animait avec son frère la Rose blanche, un groupe de résistants allemands exécutés par les nazis en 1943, à Munich.

Cette déclaration inappropriée succédait à celle d’une enfant cette fois, qui avait publiquement fait référence à Anne Franck pour décrire son confinement. 

Anne-Coralie Bonnaire commente avec ironie cette mobilisation du passé : "De nos  jours, la démocratie et la liberté d’expression prévalent : la preuve, on a le droit de faire des comparaisons historiques loufoques sans rien risquer, alors que Sophie Scholl, elle, savait ce qui l’attendait. Les transcriptions de ses interrogatoires par la Gestapo ne laissent aucun doute là-dessus. C’est comme si, demain, une anti-masque lambda se comparait à Jean Moulin. Or, Jean Moulin risquait la mort et le savait ; la manifestante lambda risque seulement de se couvrir de ridicule – et ne le sait pas". 

Liens :

  • Anne-Coralie Bonnaire, Allemagne : quand le covidoscepticisme entraîne la banalisation du nazisme, The Conversation, 10/12/2020.
  • Bruno Cabanes, Nous ne sommes pas en guerre !, L'Histoire, 01/09/2020.
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