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L'historien Dominique Kalifa

L’historien du crime et des bas-fonds Dominique Kalifa a écrit la fin de son histoire

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Dominique Kalifa nous a quitté ce week-end. Spécialiste des imaginaires sociaux, l'historien s'est penché sur l'étude des bagnes coloniaux, des bas-fonds mais aussi sur Fantômas et les chrononymes.

L'historien Dominique Kalifa
L'historien Dominique Kalifa Crédits : ©Francesca Mantovani-éditions Gallimard

Les petits et les grands criminels, le peuple dérangeant de la Cour des miracles, les relégués du Paris des Bas-fonds, les figures auxquelles se consacrait Dominique Kalifa, étaient sympathiques. Professeur à l’université Panthéon Sorbonne, au Centre d’histoire du XIXe siècle qu’il dirigeait, il a œuvré à les faire admettre au rang de l’histoire légitime tout en ne boudant pas le label « mauvais genre ». Une œuvre qui a participé au renouvellement des études sur cette période qui nous est si contemporaine, du XIXe siècle à la Première guerre mondiale, tant elle a inventé notre quotidien présent : Les brigands, les entourloupeurs, les mécréants, ceux qui n’avaient plus ni foi ni loi ou que l’on considérait comme tel, ceux qui ne respectaient rien et celles et ceux qui bousculaient les mœurs et l’ordre social en en soulignant les évolutions subtiles, les petits anonymes et grands criminels comme Vidal, le tueur de femmes, et leur passage dans les imaginaires collectifs, habitent ses ouvrages.

La construction de la criminalité était son pain quotidien pour déceler à quel point ces monstres étaient le produit d’une humanité et de son histoire bien loin d’être des interventions ex nihilo d’une barbarie inconnue de notre civilisation.  Dominique Kalifa débusquait les marginalités et le miroir qu’elles tendaient à la bonne société. En 2015, nous avions arpenté le quartier Montorgueil à la recherche de l'imaginaire de la Cour des Miracles, fixé pour longtemps par Victor Hugo dans Notre Dame de Paris, dans ces zones de misère sociale, aujourd’hui disparues, en tout cas à ces endroits là, tout en restant très actives dans l'imaginaire urbain et dont il avait fait un Atlas du crime :

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Dominique Kalifa : "On est dans un bas-fond qui caractérise l'envers du monde civilisé"

Historien et amateur de bonnes histoires 

Ces légendes urbaines qui puisent leur scénario dans les faits divers, Dominique Kalifa en traquait l’histoire sociale et les véhicules : la presse, la littérature et le cinéma. Historien et amateur de bonnes histoires, de celles qui nous racontent les larcins, les traquenards, les bizarreries, qui font le sel d’une civilisation qui se raconte,  le récit de la friction des époques qui ne s’arrêtent pas pour passer de l’une à l’autre. 

Parce que ces monstruosités sublimes disent beaucoup du moment où elles surgissent et c’est d’ailleurs aux noms d’époque, à notre manière de nommer le temps, le nôtre et celui des autres, qu’il s’était consacré récemment dans une chasse aux significations des chrononymes, de la Restauration aux années de plomb, de l’Ancien Régime à la Belle Epoque. Cette Belle Epoque qu’il parcourait sans relâche. Parce que dire le temps, découper des temporalités, c’est mettre en récit l’histoire que l’on vit que l’on a vécu et que l’on vivra. Et cette mise en récit c’est une part de l’histoire à part entière, qui l’a tenue pendant toute sa carrière. Dominique Kalifa a écrit sa propre fin, il nous reste à relire ou à découvrir son œuvre d’historien sur ces figures de l’anomie, des bagnards aux tueurs en série en passant par les ancêtres des paparazzis, les danseurs, les michetons et les aventures de Fantômas qu’il connaissait si bien.

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