LE DIRECT
La bataille navale, vers 1340. Collection de la Bibliothèque Nationale de France.

Comment sublimer une cuisante défaite ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui le récit de cette expédition calamiteuse dans l’Orient balkanique, qui devait être connue comme la « dernière croisade ».

La bataille navale, vers 1340. Collection de la Bibliothèque Nationale de France.
La bataille navale, vers 1340. Collection de la Bibliothèque Nationale de France. Crédits : Photo par Fine Art Images / Images du patrimoine - Getty

Comment sublimer une cuisante défaite ? 

C’est la mission que se donne Jehan de Wavrin dans La croisade sur le Danube dont le texte est traduit du moyen français et présenté par Joana Barreto. Jehan de Wavrin y raconte la guerre, celle de son neveu Waleran de Wavrin. C’est le récit de la dernière des croisades de 1442 à 1445 contre les Ottomans qui progressent dans les Balkans et particulièrement sur le territoire de l’empire byzantin réduit à la ville de Constantinople et à ses alentours. 

Qui sont les belligérants de cette croisade sur le Danube ? 

La ville de Venise vient en soutien logistique, histoire de prendre position face à Gêne, sa rivale en Mediterranée qui a une fâcheuse tendance à proposer ses services aux Turcs pour conserver ses places commerciales. Ensuite il y a le Duché de Bourgogne, dont Waleran de Wavrin est le capitaine.

Ces trois puissances : papale, vénitienne et bourguignonne doivent joindre leurs forces à celles de la Hongrie, de la Pologne de Ladislas Jagellon, surnommé « Lancelot » qui fera long feu à la bataille de Varna, et de la Valachie (une partie de la future Roumanie), de Vlad II Dracula, pas celui de Bram Stocker ! C’est son fils qui lui inspire son personnage un peu plus tard. On admettra que le surnom du rejeton était engageant : Vlad III l’Empaleur Dracula, également. Cette famille Dracula ne crache pas de feu mais appartiennent à l’ordre du Dragon, protecteur de la chrétienté et féru de croisades donc. 

Mais pas de gouttes de sang sur le menton après un bon gueuleton

Le décor est merveilleux mais n’empêche pas Jean de Wavrin de faire œuvre d’historien. La clé de voûte de cette expédition, c’est l’information. Dans une guerre à fronts multiples, sur terre et sur mer, communiquer s’avère cruciale. Avant le télégraphe et la 5G, le mensonge se fait arme de destruction et participe à la confusion générale d’autant plus grande en l’absence de partage clair entre les fronts, avec son lot de renversements d’alliance, d’espionnage, et de messages délivrés trop tard. 

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour vendre une bonne guerre !

Je vous révèle tout de suite la fin, c’est une belle défaite, une déculottée magnifique, et une hécatombe du côté des têtes couronnées qui s’était lancées dans l’aventure. Je citerai pour le plaisir ces quelques lignes de Frantz Olivié, l’éditeur du volume, et son talent pour en dépeindre le tableau le plus juste d’une bataille perdue :  

On distingue des grappes de cadavres turcs et chrétiens disséminés en tas de chiffons sur le sol labouré. Les entassements de corps les plus imposants se situent au pied d’une colline en pente douce, où la chevalerie française s’est fracassée sur les pieux disposés par les Turcs pour éventrer les chevaux. Les bêtes s’agglomèrent avec leurs cavaliers en monticules compacts. Les rescapés ont continué à pied. Plus haut sur la colline, à l’endroit où les Turcs ont contre-attaqué, les chevaliers, démontés dans leurs armures, ont été tués comme on découpe des écrevisses. Ils gisent dans leur carapace de fer. Ce sont ensuite, en sens inverse, des traînées de corps allongés face au sol qui témoignent de la débandade jusqu’au Danube, où se trouvaient les bateaux vénitiens. 

Pas de suspens donc ici mais l’intérêt de cette croisade sur la Danube est ailleurs : Un récit épique qui convoque toutes les forces surnaturelles et légendaires dignes d’accompagner les héros qui la conduisent, une défaite certes puisqu’on ne peut pas la taire mais la défaite se doit d’être magnifique sous la plume de Jehan de Wavrin qui convoque : la mémoire des Amazones, Hercule, Hyppolyte, Hera, et évidemment la Guerre de Troie, mère de toutes les guerres qui tentent de se sortir de la banalité du déchaînement de la violence.

Pour plus d'informations : La Croisade sur le Danube, aux éditions Anacharsis, dans l’épique collection Famagouste.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......