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Tea time ! Charlie Chaplin et Chester Conklin dans "Les temps modernes" en 1936

La lenteur, une arme de destruction massive ?

4 min
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Ce matin dans le Journal de l’Histoire, on change de rythme !

Tea time ! Charlie Chaplin et Chester Conklin dans "Les temps modernes" en 1936
Tea time ! Charlie Chaplin et Chester Conklin dans "Les temps modernes" en 1936 Crédits : Photo de Max Munn Autrey - Getty

A l’heure de la démultiplication des grèves, leur difficulté à impacter le gouvernement déchaîne l’imagination des protestataires : les flash-mobs dans l’espace public se multiplient, on a vu des avocats en tutu, une pluie de blouses blanches lors des vœux de la ministre de la Santé, ou encore des pères Noël distribuant généreusement des cacahuètes à la cantine de Radio France. L’heure est à la réinvention des formes de contestation pour les rendre attractives et créer une animation salutaire en attendant le dénouement du conflit. 

La grève, une affaire de temps

Laurent Vidal est historien du Brésil et des circulations dans l’espace atlantique et propose, dans un essai paru chez Flammarion, de s’attarder sur une catégorie de la population dont on ne parle jamais, ou en passant pour les réprouver, ceux qui remettent en question le rythme de vie prescrit. Dans Les hommes lents. Résister à la modernité, l’historien formule une hypothèse : et si notre rapport au temps nous empêchait de remettre en question notre mode de vie ? N’aurait-on pas quelque chose à gagner à observer une catégorie en creux, ces lents, réputés pour ne pas faire l’histoire, pour leur inadaptation à une forme de modernité apparemment inévitable. On commence bien sûr avec Les Temps modernes de Charlie Chaplin et les mésaventures de Charlot en proie à la cadence intenable des chaînes de montage mécaniques, un Charlot qui déjoue les rouages de la machine-usine en se jetant entre ses dents pour se soustraire à une tâche impossible.

Subversive, la rupture de rythme ?

Un rythme quotidien, une journée humaine établie par l’Eglise au XVe siècle en fixant les heures, et les activités adéquates, partagées entre travail et démonstration de foi publique. Quand le monopole des règles de vie a changé d’autorité, ces mêmes rythmes ont été naturalisés, comme inscrits dans une nature humaine qui s’accordait bien avec eux. Les paresseux stigmatisés, les improductifs, considérés comme des fardeaux, tous ceux qui semblaient ne pas avoir saisi le sens du rythme paraissaient hors de leur temps, étrangers à leur époque, une anomalie posée là, d’autant plus inutiles qu’on avait bien du mal à donner du sens à leur comportement. 

La lenteur, projet de résistance 

Repérer les temps forts de l’association entre lenteur et discrimination sociale et envisager cette rupture de rythme comme une subversion possible de la cadence imposée, donc un projet de résistance ou de « ré-existence », selon les mots de Laurent Vidal, où les lents se font explorateurs d’une autre manière d’être au monde. Une critique subtile, assignée au silence. 

Avec ces Hommes lents, Laurent Vidal ouvre une piste de travail singulière sur l’histoire du rythme de la vie humaine. Observer cette guerre déclarée aux lents depuis si longtemps, c’est peut-être aussi mettre en lumière l’insouciance du management contemporain face au projet de société humaine qu’il propose. 

par Anaïs Kien

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