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Lecture de la "Lettre aux instituteurs" de Jean Jaurès au lycée Honoré d' Estienne, Orves, Carquefou, 02/11/2020

Hommage à Samuel Paty : la lettre de jean Jaurès aux instituteurs était-elle bien choisie ?

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Pour honorer la mémoire de Samuel Paty, enseignant assassiné devant son collège, la Lettre de Jean Jaurès aux Instituteurs est lue à tous les élèves de France. Un choix qui fait débat.

Lecture de la "Lettre aux instituteurs" de Jean Jaurès au lycée Honoré d' Estienne, Orves, Carquefou, 02/11/2020
Lecture de la "Lettre aux instituteurs" de Jean Jaurès au lycée Honoré d' Estienne, Orves, Carquefou, 02/11/2020 Crédits : SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP - AFP

Le recours aux grands textes du passé peut parfois aider à vivre le présent, encore faut-il qu’il ne le complique pas sans objet. A la fin des vacances scolaires de la Toussaint, le contexte était tendu, les enseignants et les élèves avaient été éprouvés par l’assassinat, deux semaines plus tôt, de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie à la sortie de son collège à Conflans Saint Honorine. L’évènement, sa violence, ses images avaient sidéré mais il fallait dire et vite pour affirmer la force de l’école républicaine face à une attaque sans précédent.  

Avec inquiétude, les enseignants et les enseignantes, quand ils l’ont acceptée, se sont préparés à s’emparer de la solution fournie par le Ministère de l’Éducation nationale : une minute de silence collective suivie de la lecture de la lettre de Jean Jaurès aux Instituteurs publiée dans La Dépêche de Toulouse, le 15 janvier 1888. Cette lettre avait déjà été lue le 21 octobre lors de l’hommage national rendu à la Sorbonne à Samuel Paty, une lecture qui avait contribué à la portée d’une cérémonie poignante dont les images constituent sans doute une archive pour demain.  La lecture de cette lettre de Jaurès dans ce contexte, en présence de sa famille, de ses collègues, de représentants officiels de l’État, en présence du corps de Samuel Paty, faisait sens : on honorait la mémoire de l’enseignant et de son engagement professionnel indiscuté, les mots de Jaurès s’y prêtaient parfaitement.  

Troublée par le contexte d’alerte sécuritaire, de débrayages nombreux d’enseignants contre le manque de concertation sur le discours prodigué en cette rentrée blessée mais aussi par les actions lycéennes de protestation contre les insuffisances du protocole sanitaire, la lettre et la minute de silence ont été adoptées de manière très inégale sur le territoire.  

Mais ce texte lu en classe, un texte qui s’adresse donc aux enseignants, que pouvait-il dire aux élèves ? C’est le sujet de l’article d’Emmanuel Jousse publié par la revue en ligne Entretemps. L’historien et enseignant du secondaire, s’y interroge sur la pertinence du choix de répéter cette lecture devant un public bien différent, des élèves, auquel il ne s’adresse pas, et surtout, un texte qui ne dit « pas exactement ce qu’on voulait lui faire dire ». Si Jaurès a défendu avec force la laïcité, le principe placé au cœur de la réponse de l’institution scolaire face à l’irruption de la violence terroriste en 2020, il n’en est pas question dans cette lettre de 1888.  C’est un texte qui « pose frontalement la question du rôle de l’enseignant dans l’institution scolaire et dans la société, de ses moyens d’action ».  

S’ils travaillent ensemble, les enseignants et les élèves ne font pas le même métier. 

Liens : 

  • Emmanuel Jousse, Le choix des mots : à propos de la « lettre aux instituteurs » de Jean Jaurès, Entre Temps, 17/11/2020. 
  • Hommage à Samuel Paty : qu'est-ce que "La lettre aux instituteurs et institutrices" de Jean Jaurès ?, France Info, 01/11/2020. 
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