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Le mur des noms, Mémorial de la Shoah, Paris

Comment transmettre l’histoire de la Shoah sans ses témoins ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans le Journal de l’Histoire ce matin, une exposition et une question : comment faire après la disparition des témoins pour transmettre l’histoire de la Shoah ?

Le mur des noms, Mémorial de la Shoah, Paris
Le mur des noms, Mémorial de la Shoah, Paris Crédits : Godong/Universal Images Group - Getty

Les historiens sont là bien sûr pour exposer et diffuser leurs recherches, mais les témoins constituaient un des piliers pédagogiques du processus de transmission adopté depuis les années 1980. Les signes d’antisémitisme dans l’espace public posent de nombreuses questions sur notre époque parmi lesquelles : comment l’histoire de l’extermination des Juifs d’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale peut-elle contribuer à combattre les résurgences de l’antisémitisme de notre temps? 

L'acte de témoigner a une histoire

Pour soutenir cette réflexion, la nouvelle exposition du Mémorial de la Shoah « La voix des témoins » s’empare de l’histoire de ces témoignages de rescapés, de leur visibilité, de leur publicité, de leur collecte et de leur chronologie. Les survivants se sont fait témoins pendant l’évènement lui-même. A commencer par les documents enfouis par les Sonderkommandos de Birkenau et les collectes clandestines dans les ghettos polonais initiés par Emanuel Ringelblum et ses proches. Les témoignages écrits ensuite ont raconté les expériences des camps de la mort. Mais il a fallu deux événements pour que ces témoignages parviennent à se faire entendre. D’abord avec le procès Eichmann en 1961, largement retransmis par les médias occidentaux ensuite avec le détour par la fiction américaine qui l’emporte pour longtemps grâce à la série Holocauste en 1978. 

Les années 1980 : le temps des grandes collectes

Des collectes de grandes ampleurs sont organisées à partir de la fin des années 1970 par l’université de Yale qui invente avec des psychologues et des historiens, parmi lesquels Annette Wieviorka, un protocole de collecte de témoignages de rescapés apte à se confronter aux discours sidérant du négationnisme porté par Robert Faurisson à partir de la fin des années 1970. Un programme universitaire bientôt dépassé par la force de frappe médiatique d’une collecte massive et planétaire initiée par Steven Spielberg dans la queue de comète de son film La liste de Schindler, dans le cadre d'une fondation baptisée Survivors of the Shoah-Visual History Foundation. Cette collecte atteint aussi ceux que l’on n’avait pas pu entendre jusque-là : les rescapés des pays de l’Est, de l’autre côté du mur, de l’autre côté de la guerre froide. 

Comment continuer à transmettre cette histoire aujourd'hui ? 

L’enregistrement des témoignages des victimes survivantes de la Shoah a été massive, en tout cas ceux des victimes qui acceptaient d’en parler ou qui en étaient capables. Un archivage de grande ampleur qui pose la question de ses usages, une fois l’urgence de la collecte passée et les témoins disparus.

Aujourd’hui, la question se pose à une nouvelle génération qui s’empare de la tâche, de continuer à faire et transmettre cette histoire. La génération de ceux qui ont entendu directement ces témoignages, qui ont connu les témoins et se sentent aujourd’hui dépositaires et surtout passeurs de cette expérience. Des témoins d’une nouvelle nature, "les témoins du témoin", auxquels se pose la question de savoir que faire de ce massif de témoignages qui n’aura jamais eu plus de valeur que dans les années à venir. 

par Anaïs Kien 

Pour plus d'information : L'exposition La voix des témoins, au Mémorial de la Shoah jusqu'au 3 janvier 2021 

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