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Ecoliers faisant serment d'allégeance au drapeau (1899) - Bibliothèque du Congrès

L’imaginaire historique de Donald Trump

4 min
À retrouver dans l'émission

Donald Trump en guerre contre ses opposants, n'hésite pas à les qualifier d'antipatriotes. Une façon de s'approprier la "vraie" et "bonne" histoire des Etats-Unis et de bâillonner ses adversaires en les réduisant à de simples ennemis de la patrie.

Ecoliers faisant serment d'allégeance au drapeau (1899) - Bibliothèque du Congrès
Ecoliers faisant serment d'allégeance au drapeau (1899) - Bibliothèque du Congrès Crédits : Frances Benjamin Johnston (1864-1952)

L’histoire n’est pas la tasse de thé de Donald Trump, c’est le moins qu’on puisse dire. Alors peut-on parler de son imaginaire historique et qui sont les adversaires construits par le passé qui constituent ses ennemis? Parce que des ennemis il en a beaucoup. Un principe qu’il exacerbe en diffusant volontiers les théories du complot du moment et surtout en attisant un climat de guerre civile, actuel et à venir, puisqu’il a déclaré refuser a priori de rendre le pouvoir en cas de défaite de manière pacifique c’est-à-dire constitutionnelle. La guerre de Donald est une guerre culturelle contre la gauche, celle du parti démocrate et de tout ce qui se trouve encore plus à gauche, une gauche qui n’a pourtant jamais été au pouvoir aux États-Unis. Mais cette culture serait portée par les « radicaux d’extrême gauche », et écrirait une histoire antipatriote qui pousserait les « enfants à haïr leur pays ». Un ensemble mal identifié peuplé de pilleurs, d’émeutiers et d’anarchistes. 

Cette critique d’une vision du passé antipatriote par Donald Trump survient alors que les manifestations contre les violences policières se succèdent depuis le printemps, qui convoquent sans cesse l’histoire nord-américaine, de la ségrégation raciale aux répressions des mouvements pacifistes des années 1960 et 1970 contre la guerre du Vietnam en passant bien sûr par les suspects, souvent communistes, dont la liste était bien longue au cours de la guerre froide. C’est en réaction à ces manifestations que Derf Backderf a décidé de raconter dans un roman graphique un épisode de l’histoire oublié, Kent State, du nom de l’université du Midwest, dans la région industrielle de Cleveland, où 4 étudiants furent tués en 1970 lors de confrontations avec les forces de l’ordre. Le livre dessiné est élaboré à partir de récits de témoins oculaires et d’une enquête approfondie documentée par les nombreuses sources citées en fin d’ouvrage. Ce qui guide ce récit tient moins dans les évènements eux-mêmes que dans la compréhension des attitudes de chacun : les ultra-patriotes et les révolutionnaires en petit nombre prêts à en découdre mais surtout la majorité, les autres, acteurs souvent secondaires dans les rapports de justice et de police de cet évènement collectifs raconté sans manichéisme pour comprendre ce qui amène une démocratie à tuer ses enfants. Un scandale à l’époque, qui a inspiré cette chanson, Ohio, à Neil Young. 

Cette semaine, sort aussi une conversation avec Howard Zinn menée par le journaliste Ray Suarez, Le pouvoir des oubliés de l’histoire. Howard Zinn c’est l’auteur militant d’une Histoire populaire des Etats Unis sortie en 1980 et sans cesse rééditée depuis. L’historien  a ouvert l’histoire américaine à tous les relégués qui composent le peuple américain, des minorités si nombreuses qu’il serait bien difficile de vouloir écrire l’histoire de cette nation sans elles et sans la vider de son contenu. C’est la grande question qui se pose aux Etats-Unis et à son histoire aujourd’hui : comment produire des généralités sur elle-même à un moment où elle s’en trouve de moins en moins capable. Un état fragile, encore d’avantage secoué par son président, en campagne pour sa réélection.  

Stéphanie le Bars, dans Le Monde daté du 17 septembre, explique comment   la campagne présidentielle donne régulièrement l’occasion au candidat-président d’alimenter cette « guerre culturelle » et de préciser sa pensée en déclarant par exemple lors d’un meeting dans le Nevada: « Nous allons restaurer une éducation patriotique dans nos écoles. Nous allons enseigner à nos enfants l’amour de leur patrie, la fierté de leur histoire et le respect de notre drapeau ». La promesse d’une Amérique great again mais contre elle-même. 

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