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Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), 28/01/1924. Photo : Agence Rol. Fond BNF.

Le droit à la montagne

3 min
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Vous avez skié. Vous skiâtes parfois et vous skiiez aussi à l'occasion... Certes. Il s'en est fallu de peu que vous eussiez skié cet hiver. D'ailleurs, skierez-vous de nouveau ? Ah ! Montagne, quand tu nous gagnes ! Ah ! Covid, quand tu la vides !

Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), 28/01/1924. Photo : Agence Rol. Fond BNF.
Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), 28/01/1924. Photo : Agence Rol. Fond BNF.

Avec l’interdiction de skier et la fermeture des pentes du Népal pendant les vacances de fin d’année, un droit naturel à la montagne s’est formulé parmi ceux qui déjouaient les frontières pour se livrer, quoiqu’il en coûte, aux joies de ce sport en voie de disparition.  

Ce goût des hauteurs s’exprime dès le Moyen Age dans le témoignage de Pétrarque qui décrit les péripéties de son ascension au Mont Ventoux et son expérience introspective à cette occasion en 1336. L’extase des sommets était devenue un objet onirique et leur ascension se voyait anoblie par le poète. Grimper vers le ciel permettai de se livrer à une salutaire quête de soi-même.  

Le plaisir de la glisse n’est pas encore là, d’ailleurs Saussure qui parvient au sommet du Mont Blanc en 1786 se livre à cet exploit sous des prétextes de recherches scientifiques. La date inaugurale de l’invention de l’alpinisme ne se présente ni comme un sport ni comme un loisir mais constitue malgré tout un exploit dont on peut s’enorgueillir sans modération.  

On pourrait facilement réduire l’alpinisme et ses sports apparentés à un divertissement bourgeois et occidental, mais on se tromperait, le goût des sommets froids fait rapidement l’unanimité à l’échelle du monde. Delphine Froment, doctorante en histoire, raconte comment la haute montagne devient le terrain de jeu de l’Europe bourgeoise. Les savants amateurs de sensations fortes partent en expédition aux quatre coins du monde bardés de leurs instruments de mesures et avides de s’inscrire au registre des premières fois, embarquant avec eux les cultures autochtones de la montagne. L’alpinisme européen importé est enrichi est adapté par chaque population qui la côtoie. Mais avant l’épidémie qui nous cloître, les ébats humains sur les cimes étaient déjà menacés. Les hivers enneigés se faisant rares une lutte acharnée pour saupoudrer de manière artificielle les paysages de cette denrée rare a commencé à notre époque pour lutter contre la disparition des sports d’hiver goinfres en poudreuse.

Parce que l’alpinisme était devenu mondial au XIXe siècle, on ne pouvait pas y renoncer sans lutter contre un changement climatique qui annonçait sa fin. Dès le début du XXe siècle on monte toujours plus haut pour implanter des stations de ski dédiées au tourisme, avec comme seule limite le ciel et bientôt la puissance des canons à neige. Si l’enneigement grippe la machine touristique de la haute montagne dès les années 1960, la lutte continue depuis pour convoquer la neige malgré elle. Mais tous les experts de l’enneigement artificiel n’avaient pas prévu la fermeture sanitaire des remonte-pentes pour éviter les traditionnelles queues de skieurs et de skieuses en doudounes qui se pressent devant leurs portes automatiques dans un joyeux mélange d’haleines embuées.  

La montagne n’est cependant pas pour autant interdite, si l’on peut mettre les tirs fesses à l’arrêt, difficile de désarmer les chaussures de randonnée pour égayer les hivers incertains.

Liens :

  • Delphine Froment, Et l'alpinisme devint mondial, L'Histoire n° 479, janvier 2021.
  • Steve Hagimont et Vincent Vlès, Une histoire environnementale des sports d’hiver, Monde Sociaux, 13/05/2019.
  • Pétrarque, L'Ascension du mont Ventoux, Éditions de la République des Lettres.
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