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Image de l’univers raconté dans "Éon" de Greg Bear (source : Kromekat.com)

Mais dans quelle époque vivons-nous ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment choisir les mots pour nommer notre temps ? Comment caractériser notre moment contemporain et quels sont les motifs singuliers historiques, affectifs, ou encore technologiques qui l’emportent dans la manière de le désigner ?

Image de l’univers raconté dans "Éon" de Greg Bear (source : Kromekat.com)
Image de l’univers raconté dans "Éon" de Greg Bear (source : Kromekat.com)

Débat classique au sein de la discipline Histoire, la périodisation nous renseigne sur la perception qu’une époque a d’elle-même pour l’inscrire déjà dans le passé. La revue Tracés s’empare de la question pour en renouveler les hypothèses dans un dossier dirigé par Thomas Angeletti, Quentin Deluermoz et Juliette Galonnier intitulé : « Faire Epoque ». 

Périodiser avant l'apparition du terme "époque"

Francesca Canadé Sautman propose une réflexion sur les manières de périodiser dans le théâtre médiéval avant que le terme « époque » n’apparaisse. « Siècle » ne désigne pas alors un paquet de cent années mais le temps dit au présent, un temps profane, celui dans lequel vit celui qui parle. Les guerres sont des marqueurs de temps parmi d’autres avec leurs pillages et la fragilité qu’elles font peser sur l’ordre social au même titre que les famines. C’est l’inégalité ressentie à son paroxysme qui imprime le défilement du temps. Dans le théâtre du XVe et XVIe siècles les temporalités s’incarnent : sur scène, « Le  Monde » se montre trop insouciant du temps présent, tandis que « Bon Temps » exprime l’attente du retour d’un passé idéalisé qui ne reviendra jamais, un personnage malade ou agonisant. Mais le temps présent n’est jamais désirable et souvent destructeur.  

Il y a parfois urgence à tourner la page comme pour le personnage de Fanny Ardant dans La Belle Epoque de Nicolas Bedos, urgence à sortir d’une époque et à en faire disparaître les traces pour se soustraire à la sensation désagréable de revivre un temps révolu : 

- Tiens, ça s’appelle une chambre d’ami. Vu qu’on a plus d’amis, t’as qu’à dormir ici. Si tant est qu’on soit amis.        
- Tu veux plus qu’on dorme ensemble ?        
- Non, j’ai l’impression de vieillir plus vite quand je m’endors à côté de toi. 

La littérature de science-fiction pour défataliser l'histoire

Parmi les zappeurs d’époque, les auteurs de roman d’anticipation se distinguent. La littérature de science-fiction entretien une relation étroite avec la périodisation historienne pour établir en quelques phrases la sensation d’un temps passé ou présent. Pierre-Antoine Marti propose un article sur les usages de la périodisation dans cette littérature. Ces récits historiques fictionnels racontent un devenir possible, un territoire que Pierre-Antoine Marti décrit comme « habité par les époques ». 

La science-fiction caractérise le contemporain immédiat pour le transformer en passé afin de trouver le regard rétrospectif nécessaire à un récit du futur. Des ouvrages précieux  dont la lecture, lecture de ces futurs non advenus, aide à « défataliser l’histoire » et nous signale « à quel point le mouvement de l’histoire est sans cesse lourd de possibles ». 

L'événement comme marqueur de l'époque 

Circonscrire une époque c’est lui donner un début et une fin. L’événement peut en être le repère comme une crise, celle qui ne semble pas vouloir nous quitter, ou la date de naissance du capitalisme, qui pourrait marquer le début de notre époque. 

La crise financière mondiale de 2008 marquerait une fin, une clôture, avec la mise en terre de l’optimisme face aux capacités d’autorégulations des marchés. Pierre Pénet interroge les tensions autour de la façon de dire l’époque à l’occasion de cette crise et s’intéresse à une petite minorité d’experts et d’économistes tapis dans l’obscurité d’une époque qui s’achève, les « prophètes de la finance », qui avaient annoncé la crise. Légitimés après la réalisation de leurs pronostics, ils ne deviennent pas pour autant les prescripteurs de la nouvelle l’époque qui commence.

par Anaïs Kien

Pour plus d'informations : Le 36e numéro de la Revue Tracés et son dossier « Faire époque » sont disponibles chez vos libraires et en ligne. 

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