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"The security of people", peinture murale de Seymour Fogel. Washington DC, 1942. Photo : VCG Wilson/Corbis.

Le New Deal une référence de gauche, vraiment ?

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Joe Biden depuis son élection ne cesse d'être comparé à Franklin Delano Roosevelt et son action politique au New Deal des années 30...

"The security of people", peinture murale de Seymour Fogel. Washington DC, 1942. Photo : VCG Wilson/Corbis.
"The security of people", peinture murale de Seymour Fogel. Washington DC, 1942. Photo : VCG Wilson/Corbis. Crédits : Getty

Le plan de relance de Joe Biden pour sortir les Etats Unis de la crise sanitaire ne cesse de surprendre. « Onde de choc », « arrêt de mort du néolibéralisme à l’américaine », les manières de qualifier cette politique de générosité expriment l’étonnement et se réfèrent sans modération à un autre plan de relance historique : le New Deal. Joe Biden serait-il le Franklin Roosevelt du XXIe siècle ? Celui qui lance en 1934 cet ensemble de réformes pour lutter contre les effets dévastateurs de la crise de 1929 et de la Grande Dépression qui l’accompagne. Un programme déjà considéré comme progressiste. Le New Deal est devenu synonyme d’une ambition de partage économique et de performance sociale, le New Deal est devenu un mythe, un espoir, un vœu, pourtant très discuté et travaillé par les économistes, les historiennes et les historiens. C’est sur les relectures successives du New Deal que se penchent Jean-Christian Vinel et Romain Huret sur le site de la revue AOC. Ce New Deal façon 2021 surprend d’abord parce qu’il est proclamé depuis le pays de l‘anti-étatisme, une rupture portée par la volonté affichée de réconcilier deux notions qui paraissaient très étrangères, voire franchement exotiques, l’une à l’autre : le capitalisme et l’égalité. Mais ça n’est pas la seule nouveauté loin de là. D’abord le New Deal rend de la vitalité à un monument sacré : la constitution américaine. Pivot central de l’Etat, les réformes engagées par cette voie-là donnent la preuve qu’elle n’est pas qu’un texte figé pour l’éternité mais capable d’accompagner des réformes nécessaires à la poursuite du bonheur promis pour chacun si ce n’est pour chacune. Les premiers historiens du New deal vont même jusqu’à lui attribuer des vertus d’adaptation qui auraient sauvé les Etats-Unis du fascisme qui conquiert l’Europe dans les années 1930, avec la promesse pour tous d’accéder à une American way of life déjà légendaire.  

Entre-temps le mythe du New Deal a malgré tout connu quelques égratignures. Dans les années 1960, c’est son conservatisme qui est mis en avant. Pas si progressiste que ça, le New Deal ne partageait pas le gâteau essentiel : le pouvoir. Loin de transformer en profondeur le capitalisme, Roosevelt l’avait sauvé, et ses élites avec lui, pour lui donner une seconde vie sans plus de place aux minorités ou aux modèles politiques et économiques alternatifs. Un New Deal réduit à un jeu de dupes qui reprend quelques couleurs avec l’accès au pouvoir du très libéral Ronald Reagan à la présidence dans les années 1980 et avec lui une lutte acharnée contre les acquis du New Deal. Sa défense était désormais à l’ordre du jour jusqu’en 2008, où déjà lors de la crise des subprimes, le magazine Time publiait un portrait de Barack Obama avec en couverture une photo, connue et reconnue, de Roosevelt « dans une décapotable, porte-cigarettes en bouche et chapeau de feutre sur la tête, seul le visage d’Obama venant se superposer à la silhouette historique reconnaissable de Roosevelt ». Avec toutes les critiques dont il pouvait faire l’objet le New Deal était redevenu envers et contre tout un âge d’or. 

Romain Huret et Jean-Christian Vinel, Tous des New Dealers ?, AOC, 27/05/2021. 

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